Mille postes de moins chez Disney. Pas dans six mois, pas à la fin de l’année : dans les prochaines semaines. Et le plus ironique dans l’affaire, c’est que Josh D’Amaro, le tout nouveau PDG qui va devoir gérer la tempête, n’a même pas signé ce plan.

Trois semaines au pouvoir, et déjà un plan social à exécuter

Josh D’Amaro a pris les rênes de The Walt Disney Company le 18 mars 2026. Moins d’un mois plus tard, Deadline révèle que jusqu’à 1 000 salariés vont perdre leur emploi dans les semaines qui viennent. La précision mérite d’être soulignée : selon Deadline et Variety, les coupes ont été planifiées avant même que D’Amaro prenne son bureau. L’ancien responsable de la division des expériences (parcs à thèmes, croisières, produits dérivés) hérite d’une restructuration déjà ficelée, conçue sous l’ère de son prédécesseur Bob Iger.

C’est la signature d’un passage de flambeau en plein chantier. Iger, revenu aux commandes en 2022 après un premier départ chaotique, avait lancé une vaste réorganisation de l’empire Disney. Il part officiellement le 31 décembre 2026, mais les effets de sa politique de coupe draconnienne continuent d’opérer. D’Amaro, lui, arrive avec un mandat de croissance : parcs, streaming, univers connectés. La réalité du quotidien, elle, commence par annoncer des suppressions de postes.

Le marketing d’abord, tout le reste après

Les 1 000 suppressions de postes ne vont pas toucher les parcs à thèmes ni les équipes de production de films. Elles vont frapper le marketing, et plus précisément la structure réorganisée il y a quelques mois à peine. Disney a fusionné en janvier 2026 les services marketing de ses trois grandes divisions : l’entertainment (cinéma, séries, Disney+), ESPN et la branche expériences. Un seul directeur marketing désormais, Asad Ayaz, pour piloter l’ensemble. Une réforme interne baptisée « Project Imagine » par le cabinet Bain & Co., mandaté par Disney pour piloter sa stratégie de rationalisation.

La logique est froide et prévisible : quand on fusionne trois départements en un seul, les doublons apparaissent. Les équipes qui géraient séparément la communication pour Disney+, pour ESPN et pour les parcs se retrouvent désormais dans le même organigramme. Certains postes sont redondants. D’autres n’ont plus de sens dans une structure unifiée. BusinessToday rapporte que la majorité des 1 000 postes concernés viennent de ces zones de recouvrement.

Le streaming grignote les marges sans les remplacer

Au fond, ces licenciements racontent une histoire plus large sur Disney. Pendant des décennies, la chaîne câblée ABC et les réseaux ESPN ont produit des revenus stables et prévisibles, année après année. Puis le streaming est arrivé, et Disney a couru derrière Netflix en lançant Disney+ en 2019. Résultat : des milliards investis, des abonnés gagnés, mais des marges réduites à la portion congrue. Amazon Prime Video et YouTube ont encore compliqué la donne en attirant des audiences sans avoir à supporter les mêmes coûts de production historiques.

Disney+ et Hulu sont en train d’être fusionnés en une seule application. L’objectif affiché est d’améliorer l’expérience utilisateur. L’objectif non dit est d’éviter de maintenir deux infrastructures techniques et deux équipes séparées. Au total, sur les 231 000 salariés que comptait Disney à la fin de son exercice fiscal 2025 selon ses propres rapports financiers, 80 % travaillent dans la division des expériences : parcs, croisières, produits dérivés. Ce sont eux qui font tourner la caisse. Les divisions cinéma, streaming et sports sont, elles, en pleine compression.

8 000 départs depuis 2022 : la facture du retour d’Iger

Ces 1 000 suppressions ne sortent pas de nulle part. Depuis que Bob Iger est revenu en novembre 2022, Disney a supprimé plus de 8 000 postes et revendique 7,5 milliards de dollars d’économies réalisées. Un bilan comptable présenté comme un succès par l’entreprise, mais qui a profondément modifié la culture interne du groupe.

Disney n’est pas seul dans cette situation. Sony Pictures, Paramount et Warner Bros. Discovery ont toutes réduit leurs effectifs ces deux dernières années. L’industrie du divertissement traverse une mutation structurelle : la télévision linéaire perd son public, le streaming peine à compenser, les budgets publicitaires migrent vers les plateformes numériques. Chaque grand studio cherche à réduire ses coûts fixes pour survivre à la transition.

D’Amaro hérite d’une machine qui coupe pour survivre

Josh D’Amaro a 55 ans et travaille chez Disney depuis 1998. Son parcours se résume en grande partie à la gestion des parcs à thèmes, un secteur où il a bâti sa réputation. À Disneyland California, à Walt Disney World en Floride, il a piloté des expansions majeures et redressé des opérations en difficulté. C’est ce profil, centré sur les expériences physiques et la rentabilité terrain, qui lui a valu d’être choisi par le conseil d’administration pour succéder à Iger.

Selon Hollywood Reporter, Disney aurait également entamé des discussions avec plusieurs fonds d’investissement pour explorer une éventuelle cession partielle d’ESPN, la chaîne sportive phare du groupe. Rien de confirmé à ce stade, mais le signal est là : même les actifs historiquement les plus rentables font l’objet d’une remise en question.

La question est désormais de savoir comment D’Amaro va gérer la partie créative de l’empire. Disney est une machine à produire des univers culturels : Marvel, Star Wars, Pixar, les classiques animés. Ces franchises vivent ou meurent par leur capacité à attirer du public au cinéma et à fidéliser des abonnés sur les plateformes. Un PDG qui vient du monde des parcs devra rapidement démontrer qu’il comprend aussi la logique créative, pas seulement opérationnelle.

Les 1 000 licenciements de « Project Imagine » ne sont qu’un premier chapitre. Le prochain rapport trimestriel de Disney, attendu début mai 2026, sera l’occasion pour D’Amaro de présenter ses premières orientations devant les actionnaires. Ces derniers attendent des résultats concrets sur le streaming, une stratégie claire pour ESPN et des annonces sur l’expansion des parcs en Asie du Sud-Est, où la concurrence locale est de plus en plus vive.