Cinq jours. C’est le temps qu’il aura fallu pour transformer le golfe Persique en zone de guerre ouverte, paralyser les routes pétrolières mondiales et provoquer une onde de choc diplomatique jusqu’en Europe. Depuis le lancement des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février 2026, le bilan humain grimpe, le conflit s’étend au Liban et la communauté internationale se fracture entre alliés contraints et voix dissidentes.

L’agence de presse officielle iranienne IRNA a communiqué un bilan provisoire de 1 045 morts, civils et militaires confondus, depuis le début de l’offensive. Côté israélien, au moins 11 personnes ont perdu la vie. Six soldats américains figurent parmi les victimes, auxquels s’ajoutent neuf morts dans les pays du Golfe, selon un décompte d’Al Jazeera. Ces chiffres évoluent d’heure en heure.

L’école de Minab, symbole des victimes civiles

Parmi les épisodes les plus marquants de cette première semaine, le bombardement de l’école Shajareh-Tayebeh, à Minab dans le sud de l’Iran, cristallise la question des victimes civiles. Une enquête publiée le 4 mars par Le Monde, fondée sur des dizaines de photos et vidéos authentifiées malgré la coupure quasi totale d’Internet dans le pays, a établi que l’établissement accueillait bien des enfants au moment de la frappe.

Les images montrent 76 petites filles et jeunes femmes agenouillées dans la salle de prière de l’école avant le conflit. Après le bombardement survenu le 28 février, les deux tiers du bâtiment se sont effondrés. Des corps d’enfants ont été extraits des décombres, le tapis vert de la salle de prière encore visible sous les gravats. Washington et Tel-Aviv n’ont pas commenté ce bombardement spécifique à ce stade.

Une torpille qui réveille les fantômes de 1945

Le 4 mars, le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth a annoncé qu’un sous-marin américain avait coulé la frégate iranienne Dena dans l’océan Indien, à 40 kilomètres au sud du port sri-lankais de Galle. Le bilan est lourd : 87 marins tués, 61 portés disparus, 32 rescapés grièvement blessés secourus par la marine sri-lankaise.

Le général Dan Caine, chef d’état-major américain, a précisé qu’il s’agissait de la première destruction d’un navire ennemi par torpille depuis la Seconde Guerre mondiale. « Comme lors de cette guerre, nous nous battons pour gagner », a déclaré Hegseth lors d’une conférence de presse au Pentagone, rapporte Le Monde. La frégate rentrait d’un exercice militaire au port indien de Visakhapatnam lorsqu’elle a été frappée par une torpille Mark 48. Quand les secours sri-lankais sont arrivés moins d’une heure après l’appel de détresse, il ne restait qu’une nappe de pétrole en surface.

Le détroit d’Ormuz, artère vitale sous contrôle iranien

Les Gardiens de la Révolution ont affirmé mercredi exercer un « contrôle total » sur le détroit d’Ormuz, passage obligé d’un cinquième du pétrole mondial. Le trafic maritime dans le golfe Persique reste à l’arrêt depuis le début des hostilités, d’après les données analysées par Le Monde.

Le prix du baril de WTI a bondi d’environ 2 % à l’ouverture des échanges asiatiques le 5 mars. Les analystes restent sceptiques quant au plan de Donald Trump consistant à déployer des navires de guerre pour escorter les pétroliers dans le détroit. « Les cours témoignent d’un certain scepticisme quant au plan du président Trump, tandis que les Gardiens de la Révolution affirment contrôler totalement le passage », observe Kathleen Brooks, analyste chez XTB, citée par l’AFP. Les perturbations commerciales pourraient provoquer une congestion en chaîne des ports asiatiques, selon Le Monde.

Le Liban replonge dans la guerre

Le conflit a débordé les frontières iraniennes. Israël a lancé des frappes « à grande échelle » sur le Liban depuis le 3 mars, ciblant des positions du Hezbollah au sud du fleuve Litani, à Beyrouth et jusqu’à Tyr, ville côtière du sud. Des forces israéliennes ont pénétré dans plusieurs localités frontalières relevant de la juridiction des Casques bleus, selon la FINUL citée par BFM TV.

La banlieue sud de Beyrouth, Dahieh, bastion du Hezbollah, a subi des frappes répétées après des ordres d’évacuation diffusés par l’armée israélienne sur les réseaux sociaux. Trois personnes ont été tuées dans deux frappes visant des véhicules sur la route de l’aéroport. Le gouvernement libanais recense déjà plus de 58 000 déplacés, rapporte Le Monde. Une centrale solaire et une installation électrique ont été détruites à Tyr.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a pris la parole pour affirmer que la milice pro-iranienne se trouvait « dans son droit légitime de riposter à l’agression israélo-américaine » et qu’elle « ne se rendra pas », d’après BFM TV.

Macron entre médiation et fermeté

Emmanuel Macron s’est entretenu le 4 mars avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président libanais Joseph Aoun, demandant à « éviter une offensive terrestre » au Liban, selon Le Monde. Le président français a aussi exprimé, aux côtés de l’Union européenne, son soutien au premier ministre espagnol Pedro Sanchez, menacé par Trump après le refus de Madrid d’ouvrir ses bases militaires d’Andalousie aux opérations américaines.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a ordonné un renforcement de la vigilance sur le territoire français. Dans un télégramme adressé aux préfets le 4 mars, il a demandé une protection accrue des « oppositions iraniennes » et des « intérêts américains et israéliens » en France. L’opération Sentinelle a été renforcée et le plan Vigipirate élargi aux transports, lieux de culte, centres commerciaux et établissements scolaires, rapporte l’AFP.

L’Espagne dit non, Washington menace

Pedro Sanchez a refusé catégoriquement l’accès des forces américaines aux bases militaires espagnoles. « Non à la guerre », a lancé le premier ministre espagnol, provoquant la colère de Donald Trump qui a averti qu’il pourrait « cesser » les relations commerciales avec la quatrième économie de l’Union européenne. Le ministre des Affaires étrangères espagnol a démenti « catégoriquement » les affirmations de la Maison Blanche selon lesquelles Madrid aurait accepté de coopérer, relaye BFM TV.

Téhéran a salué « une conduite responsable » de la part de l’Espagne. De l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni se retrouve sous pression : Trump a reproché au premier ministre Keir Starmer d’avoir tardé à autoriser l’utilisation des bases britanniques, selon Le Monde.

Le Sénat américain refuse de freiner Trump

Le 4 mars, le Sénat a rejeté par 53 voix contre 47 une résolution du sénateur démocrate Tim Kaine visant à limiter les pouvoirs de guerre du président en Iran. Le texte demandait le retrait des forces américaines des hostilités non autorisées par le Congrès. Le démocrate John Fetterman, favorable à l’intervention, a voté avec la majorité républicaine. Seul le républicain Rand Paul a franchi la ligne partisane pour soutenir la résolution, rapporte Al Jazeera.

À la Chambre des représentants, un vote similaire était prévu le 5 mars, sans grande chance de succès non plus. Trump a affirmé que l’Iran « aurait pu atteindre l’arme nucléaire » sans cette intervention et que les « dirigeants iraniens sont en train d’être éliminés ». Il a évalué le succès de la guerre à « 15 sur 10 », une déclaration jugée « décalée » par plusieurs analystes au regard du bilan humain.

Répercussions en chaîne dans la région

L’Arabie saoudite a intercepté trois missiles de croisière près de la ville d’Al-Kharj, dans le centre du pays. Un missile d’origine indéterminée s’est écrasé le 4 mars près de Qamishli, au nord-est de la Syrie, à proximité de la frontière turque. Aucun blessé n’a été signalé, selon BFM TV.

L’aéroport de Téhéran a été ciblé par une nouvelle vague de frappes israéliennes dans la nuit du 4 au 5 mars. L’Iran a de son côté tiré de nouveaux missiles vers Israël, déclenchant les défenses aériennes et plaçant le centre du pays en alerte.

L’Ukraine s’est invitée dans le dossier de manière inattendue : Volodymyr Zelensky a annoncé le 4 mars avoir chargé ses responsables militaires de « présenter des options pour aider les pays concernés » par le conflit au Moyen-Orient, sans compromettre sa propre défense. « Notre armée possède les capacités nécessaires », a-t-il déclaré sur Telegram.

Un conflit sans horizon de sortie visible

Au cinquième jour, aucune initiative diplomatique crédible ne se dessine. Le Conseil de sécurité de l’ONU reste paralysé. Les marchés pétroliers vivent au rythme des communiqués militaires. Les analystes d’Al Jazeera pointent le caractère sans précédent de la situation : une campagne aérienne massive contre un pays de 90 millions d’habitants, sans objectif territorial affiché ni plan de sortie communiqué.

Le prochain rendez-vous politique se situe à la Chambre des représentants américaine, où le vote sur les pouvoirs de guerre devait intervenir le 5 mars. En France, un conseil de défense et de sécurité nationale se tenait mercredi soir à l’Élysée, le deuxième depuis le début du conflit.