4 499. C’est le nombre de réfugiés que les États-Unis ont admis sur leur territoire entre le 1er octobre 2025 et le 31 mars 2026. Dans le même temps, l’administration Trump avait promis de fermer le pays aux étrangers jugés indésirables. Mais 4 496 de ces réfugiés viennent d’Afrique du Sud. Les trois autres sont afghans.

Un programme pensé pour une seule communauté

Dès son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a suspendu le programme américain d’admission de réfugiés (USRAP), invoquant des risques pour la sécurité nationale et des difficultés d’intégration. Le plafond annuel pour l’exercice fiscal 2026 a été fixé à 7 500 personnes, soit le niveau le plus bas jamais enregistré depuis la création du programme dans les années 1980. Son prédécesseur Joe Biden avait admis plus de 100 000 réfugiés sur son dernier exercice complet, un record sur trois décennies.

L’exception, Trump l’a prévue pour les Afrikaners : une minorité blanche d’Afrique du Sud, principalement descendante des colons néerlandais et français arrivés au XVIIe siècle. L’administration soutient que cette communauté subit une persécution raciale et des expropriation de terres, et qu’elle mérite à ce titre une protection internationale. Le premier groupe d’une cinquantaine de personnes a atterri aux États-Unis le 12 mai 2025 à bord d’un vol affrété. Depuis, les arrivées n’ont cessé d’accélérer : en février et mars 2026, plus de 1 300 Afrikaners entraient chaque mois aux États-Unis. Le Texas a accueilli la majorité d’entre eux, avec plus de 500 installations dans l’État, devant la Floride et la Californie.

Pour soutenir ce flux, le Département d’État a fait installer des préfabriqués supplémentaires à l’ambassade américaine de Pretoria, capable de traiter jusqu’à 4 500 dossiers de demande par mois.

49 meurtres sur 27 621 : ce que disent les chiffres

Le mot « génocide » revient dans plusieurs déclarations de responsables américains pour justifier le programme. Donald Trump lui-même l’a employé dans plusieurs tweets en 2025. La réalité statistique raconte une autre histoire.

Selon l’Institut for Security Studies (ISS), institution sud-africaine de référence sur les questions de criminalité, 49 meurtres impliquant des Afrikaners ont été recensés sur l’année 2023-2024. Sur la même période, l’Afrique du Sud a enregistré 27 621 homicides au total. Les 49 victimes afrikaners représentent donc 0,2% des meurtres du pays. L’ISS est catégorique : « L’idée d’un génocide blanc est complètement fausse. » L’organisation précise que les violences de ferme touchent toutes les communautés rurales du pays, sans distinction raciale, dans un contexte de criminalité élevée qui frappe d’abord les populations noires et métisses.

L’Afrique du Sud compte environ 60 millions d’habitants. Les Afrikaners représentent moins de 3 millions de personnes, soit environ 5% de la population. Plus de 90% des Sud-Africains sont noirs, métis ou d’origine indienne.

Pretoria conteste, l’Église protestante claque la porte

Le gouvernement sud-africain a rejeté formellement la qualification de persécution. Pretoria considère que le programme américain repose sur des affirmations politiques sans fondement juridique, et que l’Afrique du Sud est un État de droit qui protège l’ensemble de ses citoyens. En décembre 2025, les autorités sud-africaines ont organisé une descente dans un centre qui facilitait les demandes de réinstallation vers les États-Unis, soupçonné d’encourager une migration organisée sur critères raciaux.

La tension diplomatique entre Washington et Pretoria couvait depuis plusieurs mois. Elle s’est envenimée lorsque l’administration Trump a accusé le gouvernement sud-africain de redistribuer des terres agricoles au détriment des propriétaires blancs, une mesure liée à la politique de réforme agraire inscrite dans la Constitution de 1996. Pretoria a répondu que cette réforme, encore largement inachevée, visait à corriger les déséquilibres hérités de l’apartheid.

À l’intérieur des États-Unis, la contestation a pris une forme inattendue. L’Église épiscopale, l’une des principales organisations partenaires de l’État fédéral pour l’accueil des réfugiés depuis des décennies, a annoncé qu’elle mettait fin à sa collaboration avec le gouvernement. Elle a cité son attachement à la justice raciale et son refus de participer à un programme qu’elle juge discriminatoire dans son principe.

Les autres réfugiés du monde aux abonnés absents

La portée réelle de ces chiffres se mesure par contraste. Des millions de personnes fuient actuellement des conflits actifs, des persécutions documentées, des régimes autoritaires. Les candidats afghans ayant collaboré avec les forces américaines avant le retrait de 2021 attendent pour la plupart toujours une réponse à leurs dossiers, parfois depuis plusieurs années. Les réfugiés syriens, congolais, birmans, érythréens : trois Afghans seulement ont franchi la frontière américaine dans ce cadre depuis octobre.

Le Département d’État publie chaque trimestre les données de réinstallation. Celles du premier semestre 2026 sont sans équivoque : sur les 4 499 dossiers traités depuis la reprise partielle du programme, 4 496 sont sud-africains. Les trois exceptions sont arrivées en novembre dans le Colorado, sans que leur identité soit précisée dans les documents officiels.

Le plafond de 7 500 pour l’exercice 2026 n’est pas encore atteint au moment où ces lignes sont écrites. Si la cadence de mars (1 300 par mois) se maintient, il le sera d’ici l’été. La quasi-totalité des admissions restantes sera, selon toute vraisemblance, à nouveau sud-africaine.

Un précédent institutionnel aux conséquences durables

Des chercheurs en histoire de l’immigration soulignent que le lien entre race et politique migratoire américaine ne date pas de 2025. Les restrictions de 1924 avaient introduit des quotas nationaux explicitement conçus pour freiner l’immigration d’Europe du Sud et de l’Est, jugée moins « assimilable » que celle d’Europe du Nord. Des mécanismes similaires avaient été adoptés en Australie, au Canada et en Nouvelle-Zélande entre 1901 et 1910, selon une analyse publiée par The Conversation.

Ce qui est nouveau, selon plusieurs juristes, tient à la méthode : le programme Afrikaner s’appuie sur la catégorie légale du réfugié telle que définie par la Convention de Genève de 1951, qui protège les personnes persécutées en raison de leur race, religion ou appartenance à un groupe social. Utiliser ce cadre pour des citoyens d’un pays stable, démocratique et doté d’un système judiciaire fonctionnel constitue, selon ces experts, une extension juridiquement contestable du concept.

Le Congrès n’a jusqu’ici pas voté de texte modifiant les critères d’admission. L’administration agit par voie exécutive, en sélectionnant qui entre dans le champ d’application du programme existant. Lors de son prochain exercice fiscal (à partir d’octobre 2026), le Département d’État devra décider si ce plafond de 7 500 est reconduit, relevé ou abaissé. La composition des prochaines admissions dépendra entièrement de cette décision.