129 morts. C’est le nombre de journalistes et travailleurs des médias tués dans le monde en 2025, selon le rapport annuel du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), publié ce mercredi 25 février. Un record absolu depuis que l’organisation a commencé à compiler ces données, il y a plus de trente ans.
Deux années de record d’affilée
Le chiffre dépasse celui de 2024, qui était déjà le plus élevé jamais enregistré. Deux années consécutives de record, ça n’était jamais arrivé. Et ce n’est pas un hasard : plus des trois quarts des décès de journalistes en 2025 sont survenus dans des zones de conflit armé.
Le rapport du CPJ pointe la responsabilité des forces israéliennes dans 86 de ces morts, soit les deux tiers du total mondial. La grande majorité des victimes étaient des journalistes palestiniens qui couvraient le conflit à Gaza, rapporte l’AFP. Le CPJ qualifie ces chiffres de plus grand nombre de meurtres ciblés de la presse par l’armée d’un seul pays dans ses archives. L’armée israélienne a toujours nié viser délibérément les journalistes.
Les drones, nouvelle arme contre la presse
Un constat glaçant ressort du rapport : les drones tuent de plus en plus de reporters. Le CPJ a documenté 39 cas en 2025. Vingt-huit sont attribués à Israël à Gaza, cinq aux Forces de soutien rapide (paramilitaires) au Soudan, et quatre aux drones militaires russes en Ukraine, selon Deutsche Welle. En Ukraine, c’est le bilan annuel le plus lourd depuis les 15 journalistes tués en 2022, première année de la guerre.
Au total, le CPJ a recensé 47 assassinats ciblés de journalistes en 2025, tués spécifiquement pour leur travail. C’est le chiffre le plus élevé de la décennie. Et pour l’instant, aucun de ces 47 cas n’a donné lieu à une condamnation.
Du Mexique à l’Arabie saoudite, la presse dans le viseur
Les conflits ne sont pas les seuls coupables. Au Mexique, six journalistes ont été tués en 2025. Les enquêtes n’ont abouti nulle part. Le mécanisme fédéral de protection des reporters, créé pour endiguer les assassinats, s’est montré « largement inefficace », note le CPJ. Aux Philippines, trois reporters ont été abattus par balle, et un seul suspect a été arrêté.
En Arabie saoudite, le chroniqueur Turki al-Jasser a été exécuté par l’État. C’est le premier journaliste tué par Riyad depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi en 2018, rappelle le CPJ. Les charges retenues ressemblaient à des « allégations fallacieuses de sécurité nationale », selon l’organisation.
329 journalistes toujours derrière les barreaux
Au-delà des morts, le rapport recense 329 journalistes emprisonnés dans le monde au 1er décembre 2025, et 84 autres portés disparus. « Les journalistes sont tués en nombre record à un moment où l’accès à l’information n’a jamais été aussi important », a déclaré Jodie Ginsberg, directrice du CPJ. L’organisation réclame la création d’une force d’enquête internationale et des sanctions ciblées contre les responsables de ces meurtres.
Reste une question qui traverse tout le rapport : combien de morts faudra-t-il encore avant qu’un gouvernement soit tenu responsable ?