141 millions de dollars en un seul week-end. C’est ce qu’a engrangé Projet Dernière Chance, la nouvelle superproduction de Ryan Gosling, lors de son lancement mondial le 20 mars. Un chiffre qui en fait le démarrage le plus puissant de 2026, et le deuxième plus gros jamais enregistré pour un film qui n’appartient à aucune franchise. Le premier ? Oppenheimer, avec 82 millions en 2023. Hollywood vient de prouver qu’on peut encore remplir des salles sans cape ni super-pouvoirs.

200 millions de dollars misés sur un prof de sciences perdu dans l’espace

Le pari d’Amazon MGM Studios tenait du vertige. Budget de production : environ 200 millions de dollars selon AP, soit le double d’Oppenheimer. Pour un film tiré d’un roman de science-fiction d’Andy Weir, l’auteur de Seul sur Mars. Pas de suite, pas d’univers partagé, pas de personnage connu du grand public. Juste un professeur de sciences qui se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, sans le moindre souvenir de comment il est arrivé là, avec pour mission de sauver le Soleil d’une extinction imminente.

Les prévisions initiales tablaient sur 30 à 40 millions de dollars pour le week-end d’ouverture en Amérique du Nord, rapporte IndieWire. Le résultat a pulvérisé les attentes : 80,5 millions sur le sol américain, 60,4 millions à l’international, sur 82 marchés. Selon EntTelligence, cela représente environ 5 millions de spectateurs rien qu’aux Etats-Unis et au Canada sur trois jours.

Le précédent Seul sur Mars, en deux fois plus gros

La comparaison avec Seul sur Mars s’impose. Même auteur, même genre (un homme coincé dans l’espace qui doit survivre par la science), même studio à l’origine (MGM, racheté par Amazon en 2022 pour 8,45 milliards de dollars selon la BBC). Mais en 2015, le film de Ridley Scott avec Matt Damon avait démarré à 54,3 millions de dollars en Amérique du Nord. Projet Dernière Chance fait presque 50 % de mieux dès le premier week-end.

AP place le film dans un club très restreint : seuls trois longs-métrages non liés à une franchise ont dépassé les 70 millions de dollars d’ouverture domestique au cours de la dernière décennie. Oppenheimer, Us de Jordan Peele (2019), et désormais celui-ci. Pour Amazon MGM, c’est un record absolu : le précédent plafond était Creed III, avec 58 millions en 2023.

Deuxième semaine : la chute de 34 % qui rassure

Un gros démarrage ne garantit rien si le public ne revient pas. Variety a publié les chiffres du deuxième vendredi d’exploitation : 14,6 millions de dollars, soit une baisse de seulement 34 % par rapport au premier week-end. Le total domestique cumulé devrait atteindre 163 millions de dollars après deux semaines. A titre de comparaison, Oppenheimer avait perdu 45 % entre ses deux premiers week-ends. Seul sur Mars, lui, n’avait atteint les 163 millions qu’après cinq semaines.

D’après les sondages PostTrak relayés par AP, 83 % des spectateurs déclarent qu’ils recommanderaient « certainement » le film à leurs proches. La note CinemaScore est un A sur cinq. Le public est majoritairement masculin (57 %), mais 55 % des spectateurs ont moins de 35 ans, ce qui suggère un bouche-à-oreille viral sur les réseaux sociaux.

Le facteur Gosling, star system version 2026

Peut-on encore remplir des salles uniquement grâce à un nom d’acteur ? IndieWire pose la question frontalement : Ryan Gosling appartient-il au cercle ultra-restreint des vedettes capables d’ouvrir un film « à elles seules » ? Le site américain cite cinq noms dans cette catégorie : Timothée Chalamet, Tom Cruise, Denzel Washington, Scarlett Johansson et Brad Pitt. Gosling frappe à la porte.

Son parcours récent n’allait pourtant pas de soi. The Fall Guy, sorti en 2024, n’avait récolté que 181 millions de dollars au total mondial pour un budget de 130 millions, un échec commercial. The Gray Man sur Netflix et First Man, le biopic de Neil Armstrong, n’avaient pas convaincu non plus au box-office classique.

Ce qui a changé la donne selon Kevin Wilson, responsable de la distribution chez Amazon MGM, interrogé par AP : « Ça ne laisse aucun doute sur le fait que Ryan Gosling est une star singulière, dotée d’un charisme et d’un attrait mondial massifs pour porter une histoire comme celle-ci. » Gosling a aussi investi très tôt dans le projet, en tant que producteur, avant même que les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller (La Grande Aventure Lego, Spider-Man: New Generation) ne soient attachés au film.

L’IMAX, arme secrète des films-événements

Un chiffre saute aux yeux dans la ventilation des recettes : 56 % du box-office du premier week-end provient des formats premium (IMAX, Dolby Cinema, 4DX). Les seules salles IMAX ont généré 27,6 millions de dollars sur le total mondial. Le public accepte de payer plus cher quand le spectacle le justifie.

C’est devenu la norme pour les « films-événements », note AP. Et c’est un avantage considérable pour les productions à gros budget qui misent sur l’expérience sensorielle plutôt que sur la notoriété d’une marque. Oppenheimer avait suivi exactement la même trajectoire : un film d’auteur propulsé par l’IMAX vers des sommets commerciaux.

Originalité contre franchise : le vrai match d’Hollywood

Le triomphe de Projet Dernière Chance s’inscrit dans une tendance que l’industrie observe depuis les Oscars, deux semaines plus tôt. IndieWire souligne que les deux grands gagnants de la cérémonie, One Battle After Another et Sinners, ont trouvé leur public sans être des suites ni des adaptations de bandes dessinées. Projet Dernière Chance a démarré plus fort que ces deux films réunis.

Michael De Luca, le producteur qui a amené le projet chez Amazon MGM, a déclaré à IndieWire : « C’est inspirant de voir un pari aussi audacieux récompensé par un tel engouement en salles. Cela prouve que le public mondial se déplacera pour des films neufs portés par des conteurs exceptionnels. » Tom Rothman, patron de Sony Pictures, a renchéri : « Comme l’a dit Mark Twain, les rapports de leur mort étaient grandement exagérés. Il en va de même pour les films originaux. »

Paul Dergarabedian, analyste chez Comscore, résume l’enjeu : « La performance de Projet Dernière Chance est un catalyseur comme aucun autre. Elle revitalise tout le marché. Le cinéma est une industrie d’élan, et c’est exactement ce dont l’industrie avait besoin maintenant. » Le box-office total de 2026 est en hausse de 21 % par rapport à l’année précédente selon les données Comscore.

Le Super Mario Galaxy Movie arrive, l’horloge tourne

Le film profite d’un calendrier favorable. Aucune sortie majeure ne vient le concurrencer avant le 1er avril, date à laquelle Le Super Mario Galaxy Movie récupérera les salles IMAX. D’ici là, Projet Dernière Chance pourrait confortablement dépasser les 200 millions domestiques.

Phil Lord et Christopher Miller ont déjà annoncé au Hollywood Reporter avoir un scénario prêt pour adapter Artémis, un autre roman d’Andy Weir. Le projet stagne depuis des années chez New Regency, faute de solution technique pour simuler la gravité lunaire à l’écran. Les deux réalisateurs affirment avoir trouvé la clé. Si Projet Dernière Chance maintient son rythme, les feux verts ne devraient pas tarder.