Deux victoires en deux courses, la pole position deux fois de suite, et un record vieux de dix-neuf ans pulvérisé. À 19 ans, 6 mois et 28 jours, Kimi Antonelli vient de prendre la tête du championnat du monde de Formule 1 après sa victoire au Grand Prix du Japon, ce dimanche à Suzuka. Le précédent détenteur du record ? Lewis Hamilton, en 2007, qui roule désormais dans la Ferrari qu’Antonelli relègue à la sixième place.

Un départ raté, un crash à 50G, et un renversement total

La course semblait mal engagée pour le pilote Mercedes. En pole position pour la deuxième fois consécutive, l’Italien s’est fait surprendre au départ, chutant immédiatement au sixième rang tandis qu’Oscar Piastri (McLaren) s’engouffrait en tête. George Russell, coéquipier d’Antonelli, remontait rapidement au deuxième rang, tentant même de déborder l’Australien au tour 8 avant d’être contre-attaqué dans la foulée.

Le tournant s’est joué au 22e tour. Oliver Bearman (Haas) a percuté les barrières à pleine vitesse dans la courbe de Spoon après avoir dévié sur l’herbe pour éviter une Alpine plus lente, selon The Guardian. L’impact a été mesuré à 50G par l’équipe Haas. Le Britannique de 20 ans a pu sortir de sa monoplace en boitant, avec une contusion au genou droit mais sans fracture, d’après les radiographies communiquées par son écurie.

La voiture de sécurité déployée a offert à Antonelli un arrêt gratuit. Le pilote bolonais, qui n’avait pas encore chaussé de pneus durs, s’est engouffré dans les stands et en est ressorti en tête. « Incroyable », a lâché Russell sur la radio, voyant son avantage stratégique s’évaporer, rapporte PlanetF1.

13,7 secondes d’avance, et le record d’Hamilton balayé

Au redémarrage, Antonelli n’a plus été inquiété. L’écart avec Piastri a grimpé régulièrement : quatre secondes au 35e tour, dix secondes à dix tours de l’arrivée, 13,7 secondes sous le drapeau à damier. « Le rythme était incroyable aujourd’hui », a déclaré le pilote à son équipe en franchissant la ligne, selon Al Jazeera.

Avec 72 points en trois Grands Prix, Antonelli devance Russell (63 points) de neuf unités et Leclerc (49 points) de vingt-trois. Hamilton, septuple champion du monde, pointe à la quatrième place avec 41 points, selon le classement officiel publié par formula1.com.

Le record qu’Antonelli vient d’effacer appartenait à Hamilton depuis la saison 2007, quand le Britannique avait pris la tête du classement à 22 ans lors de sa première saison en F1. Trois ans de moins au compteur pour l’Italien, qui n’en est qu’à sa deuxième saison dans la catégorie reine.

Verstappen huitième, Red Bull dans le brouillard

Pendant qu’Antonelli collectionne les victoires, Max Verstappen traverse la pire série de sa carrière. Le quadruple champion du monde, éliminé dès la Q2 des qualifications samedi, n’a terminé que huitième à Suzuka, à plus de 32 secondes du vainqueur. Lui qui avait remporté le Grand Prix du Japon quatre années consécutives se retrouve neuvième au classement général avec 12 points, selon le classement rapporté par The Guardian.

La Red Bull RB22 peine à s’adapter aux nouveaux règlements techniques entrés en vigueur cette saison. La refonte de 2026, la plus importante depuis plus d’une décennie selon formula1.com, bouleverse la conception des monoplaces : nouvelles unités de puissance hybrides, aérodynamique active, pneus modifiés. L’équipe autrichienne, dominatrice entre 2021 et 2025, semble avoir perdu ses repères. Verstappen lui-même avait comparé la F1 2026 à de la « Formula E sous stéroïdes » lors des essais hivernaux, rapporte L’Équipe.

Fils de pilote, repéré par Mercedes à 13 ans

Andrea Kimi Antonelli n’est pas un inconnu dans le paddock. Né à Bologne en 2006, fils du pilote de voitures de sport Marco Antonelli, il a été recruté par le programme junior Mercedes en avril 2019, à seulement 13 ans, selon le site officiel de l’écurie. Deux titres consécutifs au championnat européen de karting (2020 et 2021), puis une ascension fulgurante en Formule 4 italienne et ADAC, en Formule régionale, et enfin en Formule 2, ont précédé son arrivée en F1 en 2025 pour remplacer Hamilton, parti chez Ferrari.

Sa première saison avait été celle de l’apprentissage, avec quelques éclats mais aucune victoire. La deuxième raconte une histoire radicalement différente. Comme le souligne Le Monde, sa victoire en Chine deux semaines plus tôt avait déjà constitué un séisme. À Suzuka, ce n’est plus une surprise ponctuelle : c’est une domination qui s’installe.

Une saison amputée par la guerre au Moyen-Orient

L’ascension d’Antonelli se déroule dans un contexte inédit. Les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite, initialement prévus en avril, ont été annulés en raison du conflit au Moyen-Orient, a confirmé la Formule 1 le 17 mars, rapporte ESPN. Le calendrier 2026 est réduit à 22 courses au lieu de 24, avec un trou béant entre Suzuka et le Grand Prix de Miami, programmé le 3 mai.

Cette pause forcée de cinq semaines offre un avantage paradoxal aux écuries en difficulté : du temps pour développer leurs monoplaces. Red Bull, Aston Martin et Williams, qui ont souffert à Suzuka, pourraient tenter de combler leur retard. Mais pour Antonelli et Mercedes, le message envoyé en trois courses est limpide : la W17 est la voiture à battre, et son pilote de 19 ans ne compte pas ralentir.

Le prochain rendez-vous est fixé au 3 mai à Miami, où Carlos Sainz (Williams), 15e dimanche, a vivement critiqué les nouveaux règlements, les jugeant « pas suffisants pour la F1 », selon PlanetF1. Le débat sur la nouvelle réglementation ne fait que commencer. Celui sur le talent d’Antonelli, en revanche, semble déjà tranché.