Mercredi, sur les pistes de ski du Colorado, des skieurs dévalaient les pentes torse nu. Pas par provocation : le thermomètre dépassait les 30 °C à plus de 2 000 mètres d’altitude. À 2 500 km de là, à Palm Springs, en Californie, le mercure a franchi les 41,5 °C jeudi, un niveau jamais atteint en mars depuis les premiers relevés en 1893, selon l’agence météorologique américaine (NWS). Bienvenue dans une canicule que les scientifiques qualifient de « quasi impossible » sans le réchauffement climatique.

65 villes en surchauffe, de l’Oregon au Nouveau-Mexique

De l’Oregon au Nouveau-Mexique, en passant par la Californie, l’Arizona, le Nevada et le Colorado, au moins 65 villes américaines ont battu ou égalé leur record de chaleur pour un mois de mars, rapporte le Weather Channel. Six États sont touchés. À Phoenix, capitale de l’Arizona, le thermomètre a grimpé à 40,5 °C jeudi, sommet historique pour cette période de l’année. Les services météorologiques fédéraux prévoyaient une poursuite de la hausse au-delà des 41 °C pendant le week-end.

Le chiffre le plus vertigineux vient de Lake Martinez, près de la frontière mexicaine : 43 °C enregistrés jeudi après-midi. Si le NWS confirme cette mesure, il s’agirait du record absolu de chaleur en mars sur l’ensemble du territoire américain. Dans certaines zones, les températures dépassent les moyennes saisonnières de 17 °C, un écart colossal.

Quatre fois plus probable en dix ans

Le World Weather Attribution (WWA), réseau de scientifiques internationaux rattaché à l’Imperial College de Londres, a publié une analyse rapide de l’événement en croisant données météorologiques, prévisions et simulations de modèles climatiques. Leur conclusion ne laisse aucune place au doute : une telle vague de chaleur aurait été « quasi impossible à cette période de l’année dans un monde sans changement climatique ».

Le chiffre qui donne le vertige : « En l’espace d’une décennie seulement, ce phénomène est devenu environ quatre fois plus probable », évalue le rapport du WWA. Ce qui relevait de l’aberration statistique il y a dix ans est devenu un scénario réaliste. Friederike Otto, professeure en sciences du climat à l’Imperial College et co-autrice de l’analyse, tire une conclusion sans détour : « Le changement climatique pousse la météo vers des extrêmes qui auraient été impensables dans un monde préindustriel. La menace n’est pas lointaine, elle est là, elle s’aggrave. »

Premier tueur météo, dernier sur la liste des priorités

Derrière les chiffres spectaculaires se cache un danger bien concret. La chaleur extrême est la première cause de décès liée à la météo aux États-Unis, loin devant les ouragans et les tornades, souligne le rapport du WWA. Ces canicules hors saison sont particulièrement meurtrières, pour une raison simple : le corps humain n’a pas eu le temps de s’adapter aux températures élevées après l’hiver. Un coup de chaleur en mars surprend des organismes encore en mode hivernal.

Le NWS a émis des alertes pour « chaleur extrême » en Californie du Sud et en Arizona. « On est habitués à la chaleur, on vient du Texas, mais c’est trop tôt pour qu’il fasse une telle chaleur. On a décidé de ne pas rester dehors trop longtemps », confie Sharon Jones, venue à Los Angeles en famille, à l’AFP. Craig Boyle, professeur trentenaire à Los Angeles, résume le quotidien sous cette fournaise précoce : « Je fatigue beaucoup plus vite et je dois boire beaucoup plus d’eau. »

Du vortex polaire au dôme de chaleur en quinze jours

Le 14 mars, l’ouest américain subissait simultanément un vortex polaire et des tempêtes de neige, selon le NWS. Quinze jours plus tard, ces mêmes régions cuisent sous un dôme de chaleur. Ce basculement n’est pas un accident. Le courant-jet, ce flux atmosphérique d’altitude qui sépare les masses d’air froid et chaud au-dessus de l’hémisphère nord, se déforme de manière croissante sous l’effet du réchauffement accéléré de l’Arctique. Les oscillations deviennent plus amples, les transitions entre froid extrême et chaleur record plus brutales.

L’épisode de mars 2026 illustre cette nouvelle réalité météorologique avec une clarté saisissante : des températures dignes de juillet, au cœur d’un mois où la neige couvre encore les sommets des Rocheuses.

La chaleur précoce, un multiplicateur de risques

Au-delà du danger sanitaire immédiat, ces canicules de printemps déclenchent une cascade de conséquences. La fonte accélérée du manteau neigeux réduit les réserves d’eau disponibles pour l’été. Les sols s’assèchent plus tôt, augmentant le risque d’incendies. En Californie, la saison des feux démarre désormais de plus en plus tôt chaque année.

L’alerte en Arizona court jusqu’à dimanche soir. Celle de Californie du Sud a été levée vendredi, mais le NWS annonce de nouvelles poussées de chaleur dès la semaine prochaine. Pour les 50 millions d’habitants de l’ouest américain, l’été 2026 commence avec trois mois d’avance.