Soixante-douzième minute au Santiago Bernabéu. Vinicius Jr récupère le ballon au milieu de terrain, élimine un défenseur, puis un second, et frappe en force. Le ballon file dans le filet adverse. C’est son deuxième but du match. Le Real Madrid mène 3-2. Et le derby le plus délirant de la saison bascule une dernière fois.
Un match à cinq virages
Real Madrid contre Atlético de Madrid, dimanche soir en Liga. Le genre de confrontation qui ne déçoit presque jamais. Celle de ce 22 mars a tenu toutes ses promesses, et au-delà.
C’est Ademola Lookman qui a frappé le premier pour les visiteurs, à la 33e minute. Une contre-attaque millimétrée impliquant Matteo Ruggeri et une talonnade de Giuliano Simeone — le fils de l’entraîneur de l’Atlético, Diego Simeone. Le Nigérian a conclu sans laisser la moindre chance au gardien madrilène. Au Bernabéu, le silence s’est installé.
Il a duré vingt minutes. À la 52e, David Hancko a accroché maladroitement Brahim Diaz dans la surface. Penalty. Vinicius Jr a pris ses responsabilités et transformé sans trembler. 1-1.
Trois minutes plus tard, Federico Valverde a profité d’une erreur de relance de José María Giménez pour donner l’avantage au Real d’une frappe du plat du pied. 2-1. Le stade s’est embrasé.
Mais l’Atlético n’est pas une équipe qui meurt facilement. À la 66e minute, Nahuel Molina a déclenché une frappe surpuissante depuis près de 30 mètres, le genre de tir qu’un gardien ne peut que regarder passer. 2-2. Silence au Bernabéu, à nouveau.
C’est là que Vinicius Jr est entré en scène pour la seconde fois. À la 72e, son raid solitaire, ballon au pied, a traversé toute la défense de l’Atlético avant de finir au fond des filets. 3-2, Real Madrid. Un but que les commentateurs d’ESPN ont qualifié de « décisif dans une soirée de folie ».
À dix contre onze, le Real ne plie pas
La suite aurait pu tout changer. Six minutes après le troisième but, Federico Valverde, auteur du 2-1 madrilène, s’est rendu coupable d’un tacle aussi violent qu’inexplicable sur Álex Baena. Carton rouge direct. Le Real a dû terminer le match à dix joueurs.
L’Atlético a senti l’ouverture. Diego Simeone a lancé toutes ses forces vers l’avant. Julián Álvarez, l’attaquant argentin, s’est infiltré dans la surface et a frappé le poteau. Le ballon a rebondi du bon côté pour les locaux. Sur un autre tir, le gardien du Real a repoussé in extremis.
Le Real a souffert, reculé, défendu chaque centimètre de terrain pendant les vingt dernières minutes. Le score n’a plus bougé. « On a montré une force mentale et une solidité dignes de l’écusson de ce club », a déclaré Álvaro Arbeloa, entraîneur du Real Madrid, selon The Guardian. « Ça nous a rendu la vie très difficile et on a dû beaucoup souffrir. »
Le premier derby d’Arbeloa, le cinquantième de Simeone
Ce match avait une dimension particulière pour les deux entraîneurs. Pour Arbeloa, ancien latéral droit du Real Madrid, c’était un baptême du feu. Nommé sur le banc madrilène cette saison, il découvrait pour la première fois le derby de Madrid depuis la zone technique, face à un monument du football espagnol.
Ce monument, c’est Diego Simeone. Dimanche soir, l’Argentin disputait son 50e derby de Madrid en tant que coach de l’Atlético, un record absolu. Cinquante confrontations, plus d’une décennie passée à ériger l’Atlético en rival crédible du Real. Et une ironie du sort : c’est son propre fils, Giuliano, titulaire dans son équipe, qui a délivré la passe décisive sur le premier but.
Mais les derbies de Simeone finissent souvent de la même façon. « On aurait pu mieux défendre sur leurs buts et faire davantage en attaque », a-t-il reconnu, cité par Al Jazeera. « On affronte des équipes qui jouent bien, et si vous leur donnez quoi que ce soit, elles vous font mal. On méritait plus. »
Le titre se joue à quatre points
Au classement de la Liga, la victoire maintient le Real Madrid à quatre points du FC Barcelone, leader. Plus tôt dans la journée, le Barça s’était imposé 1-0 contre le Rayo Vallecano grâce à une tête de Ronald Araújo à la 24e minute, rapporte The Guardian. Le gardien Joan García, convoqué pour la première fois en sélection espagnole vendredi, avait par ailleurs réalisé plusieurs arrêts décisifs pour préserver l’avantage catalan.
Si le Real avait perdu dimanche soir, l’écart avec le Barça serait passé à dix points. La défaite aurait probablement signifié la fin de la course au titre. Au lieu de quoi, le championnat reste ouvert.
Arbeloa a résumé l’enjeu sans détour. « On est dans un bon moment. Ce n’était pas un match facile du tout », a-t-il déclaré à ESPN. « Ils ont égalisé de manière féroce, et on a dû relancer la machine. C’est ce qui m’a le plus plu : la mentalité de cette équipe. »
Et pendant ce temps, Alavés écrivait l’histoire
Comme si la journée de Liga n’avait pas été assez folle, un autre match a produit un scénario encore plus improbable. À Vigo, Alavés était mené 3-0 par le Celta. Le match semblait joué. L’équipe basque a pourtant inscrit quatre buts pour s’imposer 4-3, signant l’une des remontées les plus spectaculaires de l’histoire récente du championnat espagnol.
Cette victoire a permis à Alavés de sortir de la zone de relégation, rapporte Al Jazeera. Dans la même soirée, Athletic Bilbao battait le Betis Séville 2-1, avec un Ernesto Valverde sur le banc pour la première fois depuis l’annonce de son départ en fin de saison.
Un dimanche en Liga où il ne s’est pas passé un seul match sans histoire. Le genre de journée qui rappelle pourquoi ce championnat reste l’un des plus imprévisibles d’Europe.