90 points inscrits, 13 essais plantés, et un rêve qui s’écroule en 80 minutes. Samedi après-midi, le XV de France s’est effondré sur la pelouse de Murrayfield face à une Écosse déchaînée (50-40). Jamais les Bleus n’avaient encaissé autant de points depuis l’arrivée de Fabien Galthié à la tête de la sélection en 2020. Après trois victoires solides contre l’Irlande, le pays de Galles et l’Italie, le Grand Chelem s’est envolé à Édimbourg dans un après-midi de folie.

Un trou noir de trente minutes

Les Bleus avaient pourtant bien entamé la rencontre. Louis Bielle-Biarrey, dangereux sur son aile gauche, a ouvert le bal en première période avant de servir Théo Attissogbe d’un coup de pied rasant quatre minutes plus tard. La France menait, Murrayfield retenait son souffle.

Puis tout a basculé. Entre la 32e et la 64e minute, selon le live du Monde, l’Écosse a infligé un 35-0 dévastateur aux visiteurs. Sept essais au total pour le XV du Chardon en 80 minutes, portés par une conquête dominante, un jeu au pied chirurgical et une agressivité collective que les Français n’ont jamais su contenir. Carton jaune pour Matthieu Jalibert après un hors-jeu dans ses 22 mètres, mêlées poussées en travers par Jean-Baptiste Gros, plaquages manqués en cascade dans le rideau défensif : la liste des ratés s’allongeait à chaque séquence.

Charles Ollivon, troisième ligne et cadre du groupe, a résumé le problème au micro de TF1 : « On est passé à côté. Il y a eu beaucoup d’indiscipline et un manque d’engagement. »

Dupont à 3 sur 10, Russell en chef d’orchestre

Antoine Dupont, capitaine et meilleur joueur du monde en titre, a traversé l’après-midi comme un fantôme. Une passe interceptée par Kyle Steyn, une hésitation fatale dans son propre en-but qui offre une mêlée décisive aux Écossais, et à peine 35 mètres parcourus balle en main. RMC Sport lui a attribué la note de 3 sur 10, la plus basse de sa carrière internationale sous Galthié. La charnière Dupont-Jalibert, pilier du jeu tricolore depuis des mois, n’a pesé à aucun moment.

Le contraste avec le camp d’en face rendait la gifle encore plus douloureuse. Finn Russell, demi d’ouverture de Bath, a orchestré le jeu écossais avec une facilité déconcertante. Tantôt percutant, tantôt passeur inspiré, il a constamment mis la défense française en retard, exactement ce que Galthié craignait en conférence de presse deux jours plus tôt, rapporte RMC Sport. Kyle Steyn, ailier auteur de deux essais et désigné homme du match, a exploité chaque brèche. Denis Charvet, consultant sur TF1, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, c’est « une humiliation », selon RMC Sport.

Six essais pour sauver les meubles

Le dernier quart d’heure a offert un tout autre visage. Galthié a fait tourner son banc, et les entrants ont injecté une rage qui manquait cruellement depuis une demi-heure. Oscar Jegou, meilleur plaqueur du match avec 25 plaquages comptabilisés par les statistiques officielles, a aplati dans les dernières minutes. Thomas Ramos a suivi, portant le total tricolore à six essais et permettant de décrocher le bonus offensif.

Ce point-là pourrait valoir de l’or. Avec 16 points chacun, la France et l’Écosse se partagent la tête du classement, mais les Bleus conservent l’avantage au goal average grâce à ce sursaut tardif. Sans ces essais en toute fin de match, la situation serait nettement plus critique.

« On avait deux objectifs à partir du moment où on avait perdu le match : aller chercher le bonus offensif et réduire l’écart au goal average », a détaillé Galthié sur TF1, relayé par le Monde et RMC Sport. Le sélectionneur a reconnu sans détour la supériorité adverse : « C’est normal, l’équipe qui méritait de gagner, c’est l’Écosse. »

Le Crunch pour tout sauver

Direction le Stade de France, samedi 14 mars à 21h10, pour le Crunch face à l’Angleterre. Une victoire, si possible bonifiée, devrait suffire aux Bleus pour conserver leur titre. Tout dépendra aussi du résultat d’Irlande-Écosse, programmé le même jour. Le XV de la Rose, éliminé de la course au trophée, n’a plus que l’honneur et la tête de son sélectionneur Steve Borthwick à défendre.

Pour l’Écosse, cette victoire dépasse le simple exploit d’un soir. L’équipe de Gregor Townsend n’a plus soulevé le trophée depuis 1999, dernière édition du Tournoi des Cinq Nations avant l’entrée de l’Italie. Vingt-sept ans d’attente, et soudain un titre à portée de main.

« Il faut avaler la déception et la digérer. C’est ce qu’on va faire », a conclu Galthié. Les Bleus ont sept jours pour recoudre une défense qui a pris l’eau comme rarement, retrouver un capitaine capable de peser sur le jeu et prouver que Murrayfield n’était qu’un accident de parcours. Rendez-vous le 14 mars, avec un trophée en jeu et zéro marge d’erreur.