Pas d’isoloir, pas de bulletin, pas de vote. Pour 61 communes françaises, le 15 mars sera un dimanche ordinaire. Le ministère de l’Intérieur a publié samedi les chiffres officiels des candidatures : sur les 35 000 communes du pays, 61 n’ont reçu aucune liste. Personne ne s’est présenté. Les urnes resteront rangées.
C’est moins qu’en 2020, où 106 communes se retrouvaient dans cette situation. Mais le problème reste entier : dans ces villages, souvent perdus le long de la « diagonale du vide » qui traverse la France du Nord-Est au Sud-Ouest, la démocratie locale tourne à vide.
L’île sans maire
Sur l’île Molène, au large du Finistère, 176 habitants vivent sans candidat. Il en fallait neuf pour constituer une liste paritaire. Ça n’a pas marché. Le maire sortant, contraint de quitter l’île pour raisons familiales, n’a trouvé personne pour prendre la relève, rapporte Ouest-France.
Conséquence directe : trois fonctionnaires nommés par le préfet vont administrer l’île à partir de fin mars. Ils gèreront les affaires courantes pendant trois mois, renouvelables une fois. Une tutelle temporaire pour un caillou qui ne paie pas d’impôts locaux, un privilège hérité de Louis XIV que les Molénais voudraient bien conserver.
En Sarthe, même scénario à Cogners (170 habitants) et Mont-Saint-Jean (628 habitants). Dans la Manche, à Saussemesnil. Dans les Côtes-d’Armor, trois communes d’un coup : Cohiniac, Le Merzer et Pont-Melvez. La liste s’allonge dans le Doubs (cinq communes), la Haute-Saône (cinq), la Haute-Marne (quatre), la Loire (quatre), la Meuse (quatre).
La parité n’a pas tué les candidatures
Avant le scrutin, la grande inquiétude portait sur la généralisation du scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1 000 habitants. Ces petits villages, qui représentent 70 % des communes françaises, devaient désormais présenter des listes alternant femme et homme. Trouver des candidats y relevait déjà du défi. Exiger la parité risquait d’aggraver les choses.
Les chiffres disent le contraire. 61 communes sans candidat en 2026, contre 106 en 2020 et autant en 2014. La réforme n’a pas provoqué la vague de désertions redoutée. Le nombre total de candidatures reste stable par rapport au premier tour de 2020 : environ 900 000 personnes se présentent, selon le ministère de l’Intérieur, relayé par 20 Minutes.
La part des femmes en tête de liste progresse légèrement, passant de 23 % à 25 %. La parité est quasi parfaite pour l’ensemble des listes. Mais seulement deux maires sur dix en France sont des femmes, rappelle le ministère. Être en haut de la liste ne garantit pas le fauteuil.
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Quand le préfet prend les clés de la mairie
Pour ces 61 villages fantômes électoraux, la suite est codifiée. Le préfet nomme une délégation spéciale de trois à sept fonctionnaires, selon la taille de la commune. Cette délégation gère le quotidien : état civil, voirie, cantines, entretien du cimetière. Pas de grands projets, pas de budget d’investissement. Les affaires courantes, rien de plus.
Ce régime peut durer trois mois, renouvelables une fois. L’espoir, c’est qu’une liste finisse par se constituer pour une élection partielle. Sinon, c’est la fusion avec une commune voisine qui se profile, une perspective que beaucoup de villageois refusent.
Seules deux des 61 communes dépassent les 1 000 habitants : Rothau dans le Bas-Rhin et Fréland dans le Haut-Rhin. Les 59 autres comptent souvent moins de 300 âmes. Six villages supplémentaires, « morts pour la France » et entièrement détruits pendant la Première Guerre mondiale, s’ajoutent à cette comptabilité, précise 20 Minutes.
Le vrai problème derrière les chiffres
Dans plus de deux tiers des 35 000 communes, une seule liste a été enregistrée. Pas de concurrence, pas de débat, pas de choix. Le scrutin se résume à valider une équipe déjà constituée. La démocratie locale se joue souvent en coulisses, dans les réunions de village où l’on cherche désespérément le neuvième ou le onzième colistier.
Des assouplissements existent : les listes peuvent compter jusqu’à deux membres de moins que l’effectif légal du conseil municipal. Le nouveau statut de l’élu prévoit une revalorisation des indemnités dans les petites communes, le remboursement des frais liés au mandat et une bonification pour la retraite. Mais dans un village de 150 habitants, le maire gère la commune le soir après son travail, pour une indemnité mensuelle qui tourne autour de 700 euros.
La campagne officielle s’ouvre ce dimanche 2 mars. Le premier tour est fixé au 15 mars, le second au 22. Pour les communes où une seule liste se présente, le premier conseil municipal se réunira entre le 20 et le 22 mars pour élire le maire. Les 61 communes sans candidat, elles, attendront que des volontaires se manifestent. Ou que le préfet tranche.