31 pour suspicions de violences sexuelles. Sur les 78 animateurs du périscolaire suspendus à Paris depuis le 1er janvier 2026, près de la moitié le sont pour des faits présumés d’agressions sur des enfants. Un chiffre que le nouveau maire Emmanuel Grégoire a livré ce vendredi 3 avril, dix jours seulement après son investiture.

20 millions pour un système qui n’a jamais fonctionné

Le plan tient en trois volets. D’abord, une « chaîne de signalement simple, accessible et identifiée » dans chaque école parisienne. « Jusqu’ici, ce n’était pas toujours très clair de savoir s’il fallait informer le directeur d’école, le directeur du périscolaire ou bien saisir les élus », a justifié le successeur d’Anne Hidalgo au Monde. Ensuite, une commission indépendante chargée d’examiner les cas remontés par les familles. Enfin, l’installation de « boîtes papillon » dans chaque établissement, des urnes dans lesquelles les enfants peuvent déposer des messages, anonymes ou non, pour signaler des violences.

Coût total annoncé : 20 millions d’euros. Le budget comprend aussi le renforcement des équipes d’animateurs remplaçants, puisqu’un animateur ne pourra plus se retrouver seul avec un groupe d’enfants. Florence Gatineau, administratrice de la FCPE Paris et responsable de la commission « Agir contre les violences », a salué l’initiative sur Franceinfo : « Les choses sont prises au sérieux. » Avant de tempérer : « Ce qu’on veut, ce sont des éléments concrets sur le terrain et le plus rapidement possible. »

De Paris à Nantes, un problème que personne ne veut nationaliser

Le scandale parisien a éclaté fin janvier avec une enquête de Cash Investigation sur l’école Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement. Baisers forcés, violences verbales : les images avaient provoqué une onde de choc. Depuis, les signalements se sont multipliés. Pas uniquement dans la capitale. Des cas similaires ont émergé à Nantes, Bordeaux et dans les Landes, où un animateur a été écarté à Parentis-en-Born après plusieurs plaintes.

Le problème est structurel. Les animateurs périscolaires sont recrutés et gérés par les communes. Les contrôles varient d’une ville à l’autre, d’un maire à l’autre. « Un enfant à Paris, à Roubaix ou en zone rurale doit bénéficier des mêmes garanties de sécurité, des mêmes protocoles, des mêmes contrôles », a martelé Barka, membre du collectif #MeTooEcole, sur Franceinfo. Elisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire, dénonce quant à elle « des interférences dans des villages où tout le monde se connaît » et un manque de volonté politique de certains maires.

Le ministre reconnaît la faille, mais la loi reste au placard

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a fini par bouger. Le 1er avril, il a nommé Cristelle Gillard au poste de déléguée à la protection des enfants à l’école, selon un communiqué du ministère. Elle interviendra « en recours » lorsque des familles estiment qu’un signalement n’a pas été correctement traité. Le ministre a aussi annoncé la création d’une « liste noire » d’animateurs aux comportements problématiques qui ne pourront plus retravailler dans l’Éducation nationale, même sans condamnation pénale.

Sur RTL, Geffray a reconnu que « le niveau de contrôle a été manifestement insuffisant pour certains animateurs ». Un aveu tardif pour beaucoup de parents. Car en parallèle de ces mesures administratives, une proposition de loi contre les violences en milieu scolaire, portée par Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Renaissance), a été rejetée par la conférence des présidents de l’Assemblée nationale fin février. Le texte, né du scandale de Notre-Dame de Bétharram, n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour.

242 lettres à Macron, zéro réponse

Parmi les parents mobilisés, Maude (prénom modifié) a porté plainte pour viol et agression sexuelle sur sa fille contre deux animateurs de l’école Saint-Dominique. Elle fait partie des 242 parents qui ont adressé un courrier au président de la République pour exiger une réforme nationale du périscolaire. La nomination de Cristelle Gillard ? « Du pipeau, du droit mou », tranche-t-elle sur Franceinfo. « Le seul moyen de prévenir les actes, c’est de mettre des caméras dans les lieux qui accueillent des mineurs. Et cela doit passer par une loi nationale. »

Les associations de parents d’élèves, elles, marchent sur une ligne de crête. La FCPE refuse de voir les communes dépossédées de leur compétence sur le périscolaire. « On reste attachés au fait que la gestion reste locale, car c’est quand même la réponse la plus adaptée aux besoins des enfants », explique Grégoire Ensel, président national de la fédération. Tout en réclamant un « cadre national contraignant ».

Le précédent de 9 suspensions en mars qui en annonçait 78

En mars, la Ville de Paris avait déjà communiqué sur 9 animateurs suspendus et 73 familles concernées. Trois semaines plus tard, le chiffre a été multiplié par huit. Cette accélération interroge. Soit les signalements étaient déjà là et personne ne les comptabilisait, soit le système de détection s’est brusquement amélioré. Dans les deux cas, le constat est accablant.

Le taux d’encadrement minimum dans le périscolaire est fixé par décret : un animateur pour dix enfants en maternelle, un pour quatorze en élémentaire, selon le Code de l’action sociale et des familles. Mais ces ratios ne disent rien sur la qualité du recrutement ni sur le suivi des antécédents. Aujourd’hui, la consultation du fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS) n’est pas systématiquement imposée pour les animateurs embauchés par les communes.

Un Conseil de Paris exceptionnel sera consacré au périscolaire mi-avril. Grégoire a aussi annoncé le lancement d’une convention citoyenne dès ce mois-ci pour repenser l’organisation de la journée et de la semaine scolaire, « sans aucun tabou » sur le retour à la semaine de 4,5 jours. Les premiers résultats de ce chantier ne sont pas attendus avant l’automne. Les parents, eux, attendent depuis janvier.