80,6 millions de dollars en trois jours. Pas de suite, pas de super-héros, pas d’univers cinématographique partagé. Project Hail Mary, le film d’Amazon MGM Studios porté par Ryan Gosling, vient de réaliser ce qu’Hollywood considérait comme quasiment impossible : rivaliser avec les plus grosses franchises en s’appuyant sur une seule chose, une bonne histoire.
Des records en cascade
Les chiffres du premier week-end donnent le vertige. Avec 80,6 millions de dollars de recettes aux États-Unis, Project Hail Mary s’installe comme le deuxième meilleur démarrage de l’histoire pour un film sans franchise, juste derrière Oppenheimer (82,4 millions en juillet 2023), selon les données compilées par Deadline. C’est aussi le meilleur lancement d’un film original au mois de mars, dépassant Us de Jordan Peele, qui avait récolté 71 millions en 2019.
Pour Amazon MGM Studios, c’est un baptême du feu. Jamais le studio n’avait connu une ouverture aussi massive. Pour le duo de réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller, c’est un nouveau sommet : leur précédent record, La Grande Aventure Lego, avait démarré à 69 millions en 2014. Quant à Ryan Gosling, il signe son deuxième meilleur démarrage après Barbie (162 millions), mais dans un registre radicalement différent.
L’homme qui a déjà sauvé Matt Damon sur Mars
Derrière Project Hail Mary, il y a un nom que les amateurs de science-fiction connaissent bien : Andy Weir. L’informaticien américain avait auto-publié Seul sur Mars sur son blog en 2011, chapitre par chapitre, avant qu’un éditeur ne le repère. Le roman a ensuite été adapté par Ridley Scott avec Matt Damon dans le rôle principal, récoltant 630 millions de dollars au box-office mondial en 2015.
Weir a appliqué la même recette pour Project Hail Mary, publié en 2021 : un scientifique seul face à une mission impossible, de la science dure rendue accessible par l’humour, et un suspense qui tient le lecteur en haleine. Le roman s’est vendu à des millions d’exemplaires avant même que le tournage ne commence. Gosling s’est attaché au projet très tôt, à la fois comme acteur principal et producteur, sous la houlette de la productrice Amy Pascal.
Le public a voté avec son portefeuille
Ce qui rend ce week-end encore plus parlant, c’est le contraste avec le reste de l’affiche. Ready or Not 2, la suite d’un film d’horreur culte, n’a engrangé que 9 millions de dollars, se faisant même dépasser par Dhurandhar, une production de Bollywood, rapporte Deadline. Dans le même créneau l’an dernier, Blanche-Neige de Disney avait été un fiasco retentissant. Le week-end affiche une hausse de 91 % par rapport à la même période en 2025.
Les données PostTrak révèlent un enthousiasme rare. 84 % des hommes de plus de 25 ans recommandent « fortement » le film, un score rejoint à 83 % par les femmes de tous âges. 47 % des spectateurs ont déclaré être venus « parce que ça avait l’air fun », 41 % pour Gosling, et 41 % parce que c’est un film de science-fiction. Ce ne sont pas des fans de franchise qui cochent une case : ce sont des spectateurs qui ont choisi activement ce film.
Le grand écran, mais pour les bonnes raisons
Un chiffre saute aux yeux : 56 % des billets vendus concernent des séances IMAX ou en format premium. Le format IMAX seul représente 24 % des recettes du week-end. Les spectateurs ne se sont pas contentés d’aller voir le film, ils ont choisi l’expérience la plus immersive possible. Quand le contenu justifie le déplacement, le public ne regarde pas à la dépense.
Détail révélateur : parmi les spectateurs interrogés, 55 % se déclarent abonnés à Amazon Prime Video. Ils auraient pu attendre que le film arrive sur la plateforme. Ils ont préféré la salle. C’est peut-être la statistique la plus significative de tout le week-end, celle qui prouve que le cinéma en salle n’est pas mort, à condition qu’on lui donne une raison d’exister.
Ce que Hollywood devrait en retenir
Depuis plusieurs années, l’industrie du cinéma vit sous la dictature des franchises. Les suites, les reboots, les prequels et les spin-off représentent une majorité écrasante des budgets des grands studios. La logique est simple : un titre connu réduit le risque. Mais les échecs se sont accumulés. The Marvels, Ant-Man 3, Indiana Jones 5, Blanche-Neige : la reconnaissance de marque ne suffit plus quand le public sent qu’on lui recycle la même formule.
Project Hail Mary prouve l’inverse. Un réalisateur qui prend des risques, un acteur qui s’investit, un scénario tiré d’un roman que les gens ont aimé, et surtout une histoire qu’on ne connaît pas d’avance. La fusion Paramount-Warner Bros, actée en début d’année pour 110 milliards de dollars, visait à créer un géant capable de rivaliser avec les plateformes de streaming. Project Hail Mary suggère qu’une autre voie existe : miser sur la qualité plutôt que sur la taille du catalogue.
Le film n’a pas encore entamé sa carrière internationale. Les sorties en Europe, en Asie et en Amérique latine s’échelonneront dans les prochaines semaines. Si le bouche-à-oreille tient ses promesses, et les taux de recommandation supérieurs à 80 % laissent peu de doute, Project Hail Mary pourrait devenir le plus gros succès original en science-fiction depuis Interstellar. La preuve, une fois de plus, que les spectateurs ne fuient pas les salles : ils fuient l’ennui.