Quatre jours. Depuis vendredi 20 mars, une mère de 40 ans, son fils Elio et deux autres personnes ont disparu de Vailhourles, un village de 650 habitants niché dans les collines de l’Aveyron. Aucune trace, aucun signe de vie, aucun appel. Le parquet de Rodez a ouvert une enquête pour enlèvement et séquestration, et le principal suspect est le père de l’adolescent : un ancien policier déjà condamné pour violences conjugales, qui avait fui en Espagne avec son fils en 2021.
Saint-Grat, vendredi matin : le silence s’installe
C’est un proche de la mère qui donne l’alerte le 20 mars. Au lieu-dit Saint-Grat, sur la commune de Vailhourles, près de Villefranche-de-Rouergue, la maison est vide. Audrey et son fils Elio, 12 ans, ont disparu. Personne dans le village ne les a vus quitter les lieux, rapporte La Dépêche du Midi. L’absence est d’autant plus troublante que l’ex-compagnon de la mère est lui aussi introuvable, tout comme sa compagne actuelle et leur enfant de deux ans.
Quatre personnes volatilisées d’un coup. La gendarmerie prend immédiatement l’affaire au sérieux. Le procureur de Rodez, Nicolas Rigot-Muller, confirme à La Dépêche l’ouverture d’une information judiciaire pour enlèvement et séquestration de plusieurs personnes. L’enquête est confiée à la section de recherches de Toulouse.
Le suspect : ancien flic, ancien rugbyman, déjà condamné
Selon Centre Presse Aveyron, le principal suspect se nomme Cédric Prizzon, 41 ans. Ancien policier et ancien joueur de rugby à XIII à Villefranche-de-Rouergue, l’homme n’est pas un inconnu de la justice aveyronnaise.
Retour en septembre 2020. Un matin, au domicile du couple à Vailhourles, une violente dispute éclate. Lui affirme avoir reçu deux coups de couteau dans l’abdomen, puis avoir blessé sa compagne à la gorge en tentant de la désarmer. Le tribunal retient des violences réciproques : en juin 2021, les deux sont condamnés à six mois de prison avec sursis, selon La Dépêche. Le couteau, pièce à conviction centrale, a été détruit avant le jugement.
La garde d’Elio est d’abord partagée en alternance. Puis tout dérape. À l’été 2021, Cédric Prizzon emmène son fils en Espagne. Ils y restent deux mois. Cette non-représentation d’enfant lui coûte la garde. Condamné aussi pour harcèlement sur ex-conjoint, il n’obtient plus que trois heures de visite tous les quinze jours, sous surveillance.
Grèves de la faim et signaux ignorés
En 2023, Centre Presse Aveyron consacre un article à Cédric Prizzon. L’homme manifeste alors devant l’hôtel de ville de Villefranche-de-Rouergue aux côtés de deux autres pères déchus de leur droit de garde. Il mène une grève de la faim devant le tribunal de Rodez. Sur le groupe Facebook « Papa en colère », il publie régulièrement, dénonce ce qu’il qualifie de « 50 faux dépôts de plainte » de son ex-compagne et affirme que « la corruption du tribunal de Rodez » protège la mère de son fils.
« J’irai jusqu’au bout, et s’il le faut, je m’attacherai devant la Cour européenne des Droits de l’Homme pour obtenir justice », déclarait-il à Centre Presse en 2023. Il dit vivre « dans l’inquiétude » pour son fils et estime que le confier à sa mère constitue « une grave erreur de la part du juge et des services sociaux ».
Ancien surveillant en lycée, il a perdu son emploi dans la foulée des procédures. Le profil type d’un homme que le système judiciaire connaît, surveille de loin, mais ne parvient pas à empêcher de récidiver.
60 gendarmes, un hélicoptère et quatre jours de néant
Les moyens déployés sont considérables pour un département rural. Selon TF1 Info, soixante gendarmes, un hélicoptère, des drones thermiques, deux chiens pisteurs de l’Aveyron et un saint-hubert venu de Dordogne ont été mobilisés. Des plongeurs sont aussi sur le terrain. Les recherches couvrent l’Aveyron et le Tarn-et-Garonne voisin, avec des contrôles routiers déployés sur les axes principaux.
La Dépêche précise que trente enquêteurs de la section de recherches de Toulouse travaillent sur l’affaire, épaulés par l’unité de police judiciaire nationale et le pôle cyber de la gendarmerie. Des techniciens en investigation criminelle ont été dépêchés au domicile de la mère comme à celui du suspect.
Le général François Daoust, ancien directeur de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, rappelait à TF1 que « les premières heures sont capitales parce que les témoignages sont encore vifs ». À ce stade, aucune interpellation n’a eu lieu. Le procureur indique seulement que « les investigations se poursuivent activement ».
Le rôle de la compagne actuelle reste flou
Autre inconnue : la compagne actuelle de Cédric Prizzon et leur enfant de deux ans sont eux aussi introuvables. Complice, victime, ou partie prenante ? « Nous ignorons la participation éventuelle de sa compagne actuelle dans les faits reprochés », a reconnu le procureur auprès de TF1 Info. Leur disparition simultanée suggère un départ coordonné, mais les enquêteurs n’écartent pour l’instant aucune hypothèse.
Le Parisien rapporte les mots d’un proche de la mère disparue : « J’ai peur pour ma fille, qu’il l’ait enfermée ou attachée quelque part. » Un témoignage qui donne la mesure de l’angoisse dans l’entourage, quatre jours après la disparition.
Un schéma déjà vu dans les violences post-séparation
L’affaire de Vailhourles fait écho à un constat documenté par le ministère de l’Intérieur. Selon les chiffres publiés en 2025, la France enregistre chaque année environ 240 000 victimes de violences commises par un partenaire ou ex-partenaire, et les situations les plus dangereuses surviennent dans les mois qui suivent une séparation. Le rapport annuel sur les morts violentes au sein du couple, produit par la Direction générale de la police nationale, pointe régulièrement les défaillances du suivi des auteurs déjà condamnés.
Dans le cas de Cédric Prizzon, le parcours est documenté : condamnation pour violences, enlèvement parental en Espagne pendant deux mois, perte de garde, condamnation pour harcèlement. Malgré ce cumul d’alertes, le suspect semble avoir conservé suffisamment de liberté de mouvement pour, selon l’hypothèse du parquet, récidiver.
La Cour des comptes, dans un rapport de 2023 sur la politique de lutte contre les violences faites aux femmes, relevait déjà que « le suivi des auteurs de violences conjugales après condamnation reste très insuffisant dans les juridictions françaises ». Un constat qui prend une résonance particulière à Vailhourles.
Un village figé dans l’attente
À Vailhourles, les 650 habitants vivent au rythme des hélicoptères et des barrages de gendarmerie. Personne ne comprend comment quatre personnes ont pu disparaître sans que quiconque ne remarque quoi que ce soit. L’enquête est désormais classée en « disparition inquiétante », un qualificatif qui, en droit français, autorise des moyens de recherche renforcés.
Le procureur de Rodez a annoncé que de nouvelles auditions de proches étaient en cours. Les prochaines heures seront déterminantes pour comprendre si les quatre disparus se trouvent toujours en France, ou si le suspect a tenté, comme en 2021, de franchir une frontière.