35 corps entassés dans un funérarium, dont quatre foetus. Plus de 100 urnes contenant les cendres d’inconnus, remises à des familles endeuillées. Douze associations caritatives spoliées de leurs dons. Robert Bush, 48 ans, directeur de pompes funèbres à Hull, dans le nord de l’Angleterre, a plaidé coupable de 67 chefs d’accusation ce jeudi 2 avril devant la cour de la Couronne.

L’affaire a éclaté en mars 2024, quand la police du Humberside a reçu un signalement pour « inquiétude concernant le soin des défunts ». Ce qu’elle a découvert dans les locaux de Legacy Independent Funeral Directors, sur Hessle Road, a choqué une ville entière.

Des corps laissés des mois sans sépulture

Trente des 35 corps retrouvés sur place auraient dû être incinérés depuis longtemps. L’un d’entre eux se trouvait dans le funérarium depuis un an. Les familles avaient pourtant payé pour une crémation, reçu une urne et fait leur deuil. Sauf que les cendres récupérées n’étaient pas celles de leurs proches.

Michaela Baldwin, dont le beau-père Danny Middleton est décédé en novembre 2023, a appris que son corps faisait partie de ceux retrouvés sur place en mars 2024. « Bush est un monstre, un vrai. C’est comme vivre dans un film d’horreur », a-t-elle déclaré à la BBC à la sortie du tribunal. La famille avait reçu des cendres qu’elle croyait être celles de Danny. Il pourrissait à quelques mètres de l’accueil.

Des cendres tatouées sur la peau, mais pas celles du bon mort

Karen Dry a confié les obsèques de ses deux parents à Robert Bush, en 2016 puis en 2018. Elle n’a toujours aucune certitude que les cendres qu’on lui a remises soient bien les leurs. « J’ai eu des gens au téléphone qui m’ont dit : « J’ai fait un tatouage avec les cendres de ma grand-mère »… et il s’avère que ces cendres ne sont pas les siennes », a-t-elle raconté à la Press Association. « Comment on fait pour vivre avec ça ? »

Tristan Essex a vécu la même chose. Sa grand-mère Jessie Stockdale, identifiée par ADN parmi les corps retrouvés, était censée avoir été incinérée. La famille était revenue plusieurs fois au funérarium après la cérémonie, ignorant que le corps de Jessie se décomposait dans l’arrière-boutique.

67 chefs d’accusation, 12 ans de fraude

Selon le Crown Prosecution Service (CPS), l’organe de poursuites pénales britannique, les faits s’étalent de mai 2012 à mars 2024. Bush a reconnu 30 infractions pour avoir empêché une inhumation légale et décente, 30 fraudes par fausse déclaration concernant les mêmes défunts, 4 fraudes liées à des foetus (il présentait de fausses cendres à des femmes ayant perdu leur enfant à naître), une fraude couvrant les cendres de 57 personnes entre 2017 et 2024, un chef de commerce frauduleux lié aux plans funéraires, et un vol de dons destinés à 12 associations, dont l’Armée du Salut, Macmillan Cancer Support, la RNLI (sauvetage en mer) et le Dogs Trust.

« Ces charges représentent certaines des violations de confiance les plus graves possibles dans le secteur funéraire », a déclaré Laura Tams, procureure adjointe du CPS. La ligne téléphonique ouverte par la police a reçu plus de 2 000 appels de familles inquiètes. Entre 200 et 240 témoignages de victimes seront présentés lors du prononcé de la peine, prévu le 27 juillet.

Un secteur sans la moindre régulation

Le plus troublant dans cette affaire n’est pas l’homme, mais le système qui lui a permis d’agir pendant douze ans. En Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, le métier de directeur de pompes funèbres ne fait l’objet d’aucune régulation spécifique. Pas de licence obligatoire, pas d’inspections, pas d’organisme de contrôle. N’importe qui peut ouvrir un funérarium et manipuler des dépouilles sans formation ni supervision.

L’Ecosse a pris les devants : un système d’inspection des services funéraires y existe depuis 2024. Le Parlement de Westminster, lui, n’a toujours pas légiféré. Karen Dry, qui organise des veillées mensuelles devant l’ancien funérarium depuis deux ans, réclame une enquête publique. « S’il y a un Frankenstein sur Hessle Road, il y en a probablement un dans chaque ville », a-t-elle lancé au Guardian.

Un coupable libre jusqu’en juillet

Malgré la gravité des faits, le juge Hilliard a accordé la liberté sous caution à Robert Bush jusqu’au prononcé de la peine. « Tout le monde convient qu’une peine de prison est inévitable dans cette affaire », a-t-il précisé. La décision a provoqué la colère des familles présentes dans la galerie publique. A la sortie du tribunal, certaines l’ont poursuivi dans Chapel Lane en criant : « Tu dois te sentir l’homme le plus chanceux du monde. Pas d’excuses aux familles. Pas de « pardon », pas de tristesse. »

Bush n’a formulé aucune excuse. Il avait initialement plaidé non coupable en octobre 2025 pour les 30 chefs de violation de sépulture, forçant les familles à passer les fêtes de fin d’année dans l’incertitude d’un procès. Il a finalement changé de position ce jeudi, juste avant le début du procès prévu pour octobre 2026.

La peine encourue n’a pas été précisée par le tribunal. Le prononcé, fixé au 27 juillet, devrait durer au moins deux jours compte tenu du nombre de victimes. L’affaire relance un débat qui dépasse les frontières du Royaume-Uni : en France, le secteur funéraire est encadré depuis 1993, mais les contrôles restent rares et les manquements, quand ils existent, difficiles à détecter.