Un tweet, sept jours, une garde à vue. L’eurodéputée La France insoumise Rima Hassan est interrogée depuis ce jeudi 2 avril dans les locaux de la police judiciaire parisienne. Le motif : apologie du terrorisme. Le déclencheur : un message publié le 26 mars sur le réseau social X, dans lequel elle citait Kōzō Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise responsable de la mort de 26 personnes à l’aéroport de Lod, en Israël, en 1972.
Mais la procédure a pris un tour inattendu. Lors de la fouille de ses affaires, les enquêteurs ont découvert « quelques grammes de drogue de synthèse » dans le sac de la parlementaire, selon une source proche du dossier citée par l’AFP. La garde à vue a été étendue à quatre chefs supplémentaires : transport, détention et usage de stupéfiants, ainsi que refus de se soumettre aux relevés signalétiques.
Un tweet supprimé, une plainte déposée le jour même
Le 26 mars, Rima Hassan avait publié sur X un message évoquant Kōzō Okamoto, dans lequel elle lui attribuait ces mots : « J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. » Le message a depuis été effacé. L’Observatoire juif européen a confirmé à France Télévisions avoir déposé plainte contre l’eurodéputée le jour même de la publication.
Le député RN Matthias Renault avait de son côté effectué un signalement auprès de la procureure de la République de Paris. L’enquête a été confiée au pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), une juridiction spécialisée créée en 2020.
Kōzō Okamoto, né en 1948, est l’un des trois membres de l’Armée rouge japonaise qui ont ouvert le feu à l’aéroport de Lod (aujourd’hui Ben-Gourion) le 30 mai 1972. L’attentat avait fait 26 morts et 80 blessés parmi les passagers, pour la plupart des pèlerins portoricains. Okamoto, seul survivant du commando, avait été condamné à la prison à perpétuité par la justice israélienne avant d’être libéré en 1985 dans un échange de prisonniers. Il vit depuis au Liban.
L’immunité européenne, une protection à géométrie variable
L’entourage de Rima Hassan dénonce « un nouveau cap franchi dans le harcèlement judiciaire visant à faire taire les voix qui défendent les droits du peuple palestinien ». Il pointe aussi « de sérieuses irrégularités » dans la procédure, affirmant que la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, « a elle-même pris contact avec les autorités françaises pour demander des explications sur ce contournement manifeste et irrégulier de l’immunité parlementaire ».
Le Parlement européen s’est montré plus prudent, indiquant être « en contact avec les autorités nationales, la députée et son groupe politique », sans commenter « les procédures en cours ». L’immunité des eurodéputés, régie par le protocole n° 7 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, protège les parlementaires contre les arrestations et poursuites sur le territoire de leur État membre, sauf en cas de flagrant délit. La convocation sous le régime de la garde à vue, plutôt qu’en audition libre, pose la question de savoir si cette qualification a été respectée.
Mélenchon dénonce une « police politique »
Jean-Luc Mélenchon a vivement réagi sur X. « La police politique a convoqué une fois de plus Rima Hassan en garde à vue à propos d’un retweet du mois de mars. Il n’y a donc plus d’immunité parlementaire en France. Insupportable », a-t-il écrit. Manon Aubry, également eurodéputée LFI, a fustigé un « harcèlement judiciaire ».
Côté gouvernement, le silence prévaut. Aucune réaction officielle n’a été communiquée dans les heures suivant l’annonce de la garde à vue.
Troisième procédure en deux ans
Ce n’est pas la première fois que la juriste franco-palestinienne de 33 ans se retrouve dans le viseur de la justice. Depuis fin 2023, une enquête est en cours pour apologie du terrorisme, après des propos considérés comme un soutien au Hamas dans la foulée de l’attaque du 7 octobre. En mars 2026, le tribunal correctionnel de Strasbourg l’avait relaxée dans une affaire d’injure publique sur les réseaux sociaux, à la suite de la plainte d’une élue PS.
En décembre 2024, l’Observatoire juif de France avait déposé une autre plainte contre elle pour des publications évoquant « la résistance armée palestinienne ». Au Sénat, 94 sénateurs avaient demandé la levée de son immunité parlementaire en mars 2025. Plus récemment, le Canada avait révoqué son autorisation de voyage électronique, l’empêchant de se rendre à deux conférences à Montréal.
La drogue, rebondissement imprévu
L’affaire de stupéfiants ajoute une dimension inattendue à la procédure. Rima Hassan a expliqué aux enquêteurs avoir acheté du CBD à Bruxelles et que la drogue de synthèse avait été placée dans son sac « à son insu », selon Franceinfo. Elle a refusé de donner ses empreintes digitales, ce qui constitue un délit supplémentaire inscrit dans sa garde à vue.
La découverte de stupéfiants sur une parlementaire en exercice est rarissime en France. Si les quantités semblent faibles (« quelques grammes », selon l’AFP), le contexte politique transforme ce fait divers en bombe médiatique.
Ce qui se joue maintenant
À l’issue de sa garde à vue, trois scénarios se dessinent pour Rima Hassan : un défèrement devant la justice avec mise en examen, une prolongation de la garde à vue (possible jusqu’à 48 heures dans ce type d’infractions), ou une remise en liberté. L’eurodéputée reste présumée innocente à ce stade.
Le dossier dépasse le cas individuel. En deux ans, les poursuites pour apologie du terrorisme en lien avec le conflit israélo-palestinien se sont multipliées. Selon le ministère de la Justice, les saisines du PNLH ont bondi de 40 % entre 2023 et 2025. La confrontation entre liberté d’expression politique, immunité européenne et lutte contre l’apologie du terrorisme risque de s’inviter dans le débat parlementaire bien au-delà de cette seule affaire.