Le kérosène a pris 84 % en quelques semaines. Les compagnies aériennes taillent dans leurs programmes de vols, les billets grimpent, et l’été 2026 s’annonce comme le plus cher depuis une décennie pour les voyageurs.
De 830 à 1 528 dollars la tonne en cinq semaines
Avant le 28 février 2026, la tonne de kérosène sur le marché européen coûtait 830 dollars. Cinq semaines plus tard, elle dépasse les 1 528 dollars. À Singapour, hub de référence pour le carburant aviation en Asie, le baril a culminé à 230 dollars, soit 135 % de hausse par rapport aux niveaux de février. L’Association internationale du transport aérien (IATA) évaluait la semaine dernière le prix moyen du kérosène à 195 dollars le baril, plus du double de la moyenne de 2025.
La cause tient en deux mots : détroit d’Ormuz. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran fin février, le trafic maritime dans ce goulet, par lequel transitent 20 % du pétrole mondial, a chuté de 70 à 94 % selon les estimations de Kpler et de l’IATA. Résultat : 30 % du kérosène européen, principalement raffiné au Koweït, reste bloqué de l’autre côté.
SAS supprime 1 000 vols, Air New Zealand 1 100
Face à l’envolée des coûts, les compagnies coupent dans le vif. La scandinave SAS a annoncé l’annulation d’au moins 1 000 vols sur le seul mois d’avril, après en avoir déjà rayé plusieurs centaines en mars. Air New Zealand a réduit ses services de 5 % et supprimé 1 100 vols entre le 16 mars et le 3 mai, laissant 44 000 passagers chercher des alternatives. United Airlines va retrancher environ 5 % de ses liaisons prévues au deuxième et troisième trimestres 2026. Korean Air est passée en « mode gestion de crise » dès le 1er avril.
Vietnam Airlines a suspendu 23 liaisons hebdomadaires depuis le 1er avril, sur des routes intérieures entre Hai Phong, Ho Chi Minh Ville et plusieurs villes secondaires. Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, prévient : si le détroit reste fermé cet été, la compagnie irlandaise pourrait annuler entre 5 et 10 % de ses vols. Chez Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, le scénario le plus sombre prévoit la mise au sol de 40 appareils en pleine saison estivale.
Paris-Barcelone : de 98 à 126 euros en une semaine
Pour les passagers, la facture gonfle. Selon les données compilées par Liligo et relayées par France Info, un aller simple Paris-Barcelone est passé de 98 à 126 euros en l’espace d’une semaine, soit 29 % de hausse. Sur le court-courrier européen, les surcharges oscillent entre 10 et 30 euros par billet. En moyen-courrier, la hausse atteint 15 à 20 %. Sur les liaisons transatlantiques, Air France-KLM a relevé sa surcharge carburant jusqu’à 319 euros par trajet.
Le carburant représente entre 25 et 35 % des coûts d’exploitation d’une compagnie. Quand ce poste double, les marges s’effondrent. Scott Kirby, patron de United Airlines, a posé les chiffres : si les prix du kérosène se maintiennent à ce niveau, la facture annuelle de United gonflerait de 11 milliards de dollars. La meilleure année de la compagnie n’avait généré que 5 milliards de bénéfices. American Airlines, plombée par 36,5 milliards de dollars de dette et aucune couverture de risque sur le carburant, voit ses coûts annuels grimper de 50 millions pour chaque centime de hausse du gallon de kérosène.
Ryanair et EasyJet protégées, Air France exposée
Toutes les compagnies ne subissent pas le choc de la même façon. Ryanair s’est couverte à 84 % au prix fixe de 77 dollars le baril pour le trimestre en cours, et à 80 % à 67 dollars pour les mois suivants. EasyJet affiche une couverture de 84 % au premier semestre 2026 à un coût moyen de 715 dollars la tonne, et de 62 % au second semestre à 688 dollars. Ces deux compagnies absorbent le choc sans relever significativement leurs tarifs, ce qui leur donne un avantage concurrentiel immédiat.
Air France-KLM, de son côté, a sécurisé environ 80 % de sa consommation estimée sur 24 mois, mais à des niveaux nettement moins favorables. Le groupe a tout de même relevé ses billets de 50 euros en moyenne en classe économique et jusqu’à 200 euros en classes affaires et première. Sur les vols vers l’Asie, le groupe français estime que jusqu’à 45 % de ses liaisons pourraient être menacées si la crise persiste, entre le coût du kérosène et les obligations européennes sur les carburants durables.
L’été 2026, saison la plus chère depuis 2008
Les analystes du secteur convergent vers un même pronostic. Dans un scénario intermédiaire, jugé le plus probable, les billets d’avion coûteront entre 20 et 40 % plus cher cet été par rapport à 2025. Les destinations lointaines seront les plus touchées, avec des surcharges qui peuvent dépasser 300 euros sur un aller-retour.
Rigas Doganis, du cabinet Airline Management Group, résume la situation : « Les compagnies font face à un défi existentiel. Elles devront baisser les prix pour stimuler une demande qui faiblit, alors que la hausse du carburant les pousse à augmenter. C’est la tempête parfaite. »
Pour les voyageurs qui cherchent des alternatives, la SNCF a ouvert la vente de ses billets d’été dès le 11 mars avec des prix à partir de 19 euros. Un Paris-Londres en Eurostar prend 2 h 15, un Paris-Bruxelles en Thalys 1 h 22. Reste que sur les liaisons où le train n’existe pas, l’addition risque d’être salée. Le sort du détroit d’Ormuz se joue ce mardi 8 avril : Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour rouvrir le passage. Si Téhéran refuse, les frappes promises pourraient aggraver la crise pétrolière et repousser encore le plafond des tarifs aériens.