Mardi soir, 18 heures, heure de Washington. Donald Trump promet que « toute une civilisation va mourir ce soir ». Deux heures plus tard, il annonce un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran. Entre les deux, le Pakistan a joué une carte diplomatique que personne n’avait vue venir.
De la menace d’annihilation au deal en 120 minutes
Le président américain avait fixé un ultimatum à 20 heures (heure de l’Est) ce mardi 7 avril. Objectif : forcer Téhéran à rouvrir le détroit d’Ormuz, verrouillé depuis le début du conflit fin février. En cas de refus, Trump menaçait de frapper tous les ponts et toutes les centrales électriques du pays. Sur Truth Social, le ton était sans équivoque : « Une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne plus jamais revenir. »
Pendant ce temps, à Téhéran, les médias d’État relayaient un appel aux « jeunes, athlètes, artistes, étudiants et professeurs » pour former des chaînes humaines autour des centrales. L’agence Fars a diffusé des images de dizaines de civils encerclant la centrale de Kazéroun, dans le sud-ouest du pays. Une scène rappelant les chaînes formées autour des sites nucléaires lors des tensions précédentes avec l’Occident.
Le Pakistan, médiateur surprise d’un conflit entre géants
C’est Islamabad qui a débloqué la situation. Le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir ont contacté la Maison Blanche pour proposer une trêve de deux semaines, assortie de négociations directes. Le vice-président JD Vance, accompagné de l’envoyé spécial Steve Witkoff, a appuyé l’idée auprès de Trump : prendre le deal si un accord se présentait.
Le résultat tient en quelques lignes. Washington suspend ses frappes pour quinze jours. En échange, Téhéran s’engage à rouvrir le détroit d’Ormuz, le couloir maritime par lequel transite un cinquième du pétrole mondial en temps normal. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, a précisé que « le passage sûr par le détroit d’Ormuz sera possible en coordination avec les forces armées iraniennes, compte tenu des limitations techniques ». En clair : le détroit rouvre, mais sous contrôle militaire iranien.
Dix points sur la table, et presque rien de résolu
L’Iran a présenté un plan en dix points que Trump a qualifié de « base de travail exploitable ». Le document inclut la levée des sanctions américaines, le retrait des forces de combat américaines des bases régionales, des arrangements pour la reconstruction du pays et des garanties sur le passage par Ormuz. Téhéran revendique au passage un « statut économique et géopolitique unique », conféré par son contrôle du détroit.
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a accepté le cessez-le-feu, mais le communiqué ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « Nos mains restent sur la gâchette. La moindre erreur de l’ennemi sera accueillie avec toute notre force. » Accepter une trêve ne signifie pas mettre fin à la guerre, a martelé Téhéran.
Les négociations doivent débuter vendredi à Islamabad. JD Vance devrait conduire la délégation américaine. Côté iranien, les interlocuteurs n’ont pas encore été confirmés.
Le baril perd 14 % en quelques heures
Les marchés n’ont pas attendu les détails pour réagir. Le brut américain (WTI) a chuté de 14,7 %, tombant à environ 92,60 dollars le baril. Le Brent, référence internationale, a reculé de 14,4 % pour s’établir autour de 93,48 dollars. C’est la plus forte chute en une journée depuis la guerre du Golfe en 1991.
Le pétrole reste toutefois bien au-dessus des 73 dollars enregistrés avant le début du conflit, fin février. Les contrats à terme sur le S&P 500 ont bondi de 2,4 % dans la foulée de l’annonce. Pour les automobilistes et les industriels, la question reste ouverte : un baril à 93 dollars, c’est toujours 27 % de plus qu’il y a six semaines.
Guterres recadre, Israël reste en alerte
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avait averti Washington avant l’accord. « Aucun objectif militaire ne justifie la destruction en masse des infrastructures d’une société ni l’infliction délibérée de souffrances aux populations civiles », a-t-il déclaré. Une mise en garde restée sans réponse officielle de la Maison Blanche.
Malgré l’annonce du cessez-le-feu, Israël et les Émirats arabes unis ont activé des alertes missiles tôt mercredi matin. Un signe que les deux alliés régionaux ne partagent pas l’optimisme affiché par Washington. Benjamin Netanyahou a d’ailleurs précisé que cet accord « n’inclut pas le Liban », rappelant que le conflit dépasse largement le face-à-face américano-iranien.
Quinze jours pour éviter le pire
La dernière fois que les États-Unis et l’Iran se sont assis à une table de négociation, c’était pour l’accord sur le nucléaire en 2015. Il avait fallu deux ans de pourparlers secrets avant d’aboutir. Cette fois, le calendrier est compressé à l’extrême : quinze jours pour transformer un cessez-le-feu fragile en accord durable, sur fond de méfiance réciproque et de destructions déjà considérables.
Selon CBS News, les frappes américaines ont déjà touché plusieurs sites industriels et militaires depuis le début du conflit. L’Iran, de son côté, maintient le blocus partiel du détroit depuis des semaines, perturbant le trafic pétrolier mondial. Le plan en dix points pose des exigences que Washington n’a jamais acceptées par le passé, à commencer par le retrait de ses bases régionales.
Les premières négociations à Islamabad, vendredi, donneront le ton. Si elles échouent, l’ultimatum de Trump pourrait revenir sur la table avant le 22 avril. Le secrétaire à la Défense américain n’a pas exclu de « reprendre les opérations à tout moment si les conditions ne sont pas respectées ». Pour les 90 millions d’Iraniens qui ont formé des chaînes humaines autour de leurs centrales, ces deux semaines ne sont pas une pause : c’est un sursis.