89 morts en une journée. Pendant que Washington et Téhéran célébraient leur trêve historique, l’armée israélienne lançait son offensive la plus massive au Liban depuis le début du conflit : 100 frappes coordonnées sur autant de cibles en moins de dix minutes, dont plusieurs quartiers du centre de Beyrouth frappés sans avertissement préalable.

Cent cibles en dix minutes, hôpitaux débordés

Mercredi après-midi, quelques heures seulement après l’annonce du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, l’armée israélienne a déclenché ce qu’elle appelle elle-même « la plus grande vague de frappes coordonnées » depuis le début de l’opération baptisée « Rugissement du Lion ». En dix minutes, 100 sites du Hezbollah ont été visés simultanément à Beyrouth, dans le sud du pays et dans la vallée de la Bekaa.

Les quartiers commerciaux et résidentiels du centre de la capitale libanaise ont été touchés sans aucun préavis. Le ministère de la Santé libanais a recensé 89 morts et plus de 700 blessés dans ces seules attaques de la journée, selon Al Jazeera. Les hôpitaux, déjà sous pression depuis six semaines de conflit, ont été rapidement débordés.

Le ministre libanais des Affaires sociales a dénoncé un « tournant très dangereux », soulignant que plusieurs des zones visées abritaient des populations déplacées fuyant d’autres régions du pays. PBS NewsHour rapporte qu’au moins cinq quartiers distincts de Beyrouth ont subi des frappes dans un intervalle de quelques minutes.

Netanyahu tranche : le Liban n’est pas dans l’accord

La position israélienne est nette. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé que la trêve de deux semaines négociée entre Washington et Téhéran « ne s’applique pas au Liban ». De son côté, Donald Trump a balayé toute ambiguïté : « Tout le monde sait que le Liban n’est pas inclus dans le cessez-le-feu. »

Cette distinction crée un paradoxe géopolitique rare. L’Iran avait pourtant présenté l’accord différemment, affirmant que la trêve couvrait « la cessation de la guerre sur tous les fronts, y compris contre la résistance islamique au Liban ». Téhéran et Washington revendiquaient ainsi deux interprétations contradictoires du même texte, et c’est la version israélienne qui s’est imposée dans les faits, selon The National.

Le ministère des Affaires économiques libanais a demandé des « clarifications sur ces signaux contradictoires », selon The National. Beyrouth se retrouve exclue de la seule négociation régionale susceptible d’interrompre les bombardements sur son territoire.

37 jours de guerre depuis l’assassinat de Khamenei

Pour comprendre l’ampleur de la situation, il faut remonter au 28 février 2026. Ce jour-là, des frappes américano-israéliennes ont tué le Guide suprême iranien Ali Khamenei. Deux jours plus tard, le 2 mars, le Hezbollah relançait les hostilités depuis le sud du Liban, tirant plusieurs projectiles vers le nord d’Israël. C’était la première attaque depuis le cessez-le-feu de 2024, et le signal d’un nouvel embrasement.

Le 16 mars, Israël engageait des opérations terrestres dans le sud du Liban. Depuis, le conflit s’est étendu à l’ensemble du territoire libanais. Wikipedia recense aujourd’hui plus de 1 400 combattants et civils tués au Liban depuis le début du conflit, tandis que PBS NewsHour porte le bilan à plus de 1 530 morts, dont au moins 100 femmes et 130 enfants.

Le parallèle avec le conflit de l’automne 2024 est difficile à ignorer. À l’époque, deux mois de frappes intensives avaient tué plus de 3 500 personnes au Liban avant qu’un cessez-le-feu ne soit arraché. Ce nouveau cycle a atteint en 37 jours un bilan qui dépasse déjà le tiers de ce chiffre.

Un cinquième de la population libanaise déplacée

Le chiffre qui illustre le mieux l’ampleur de la crise humanitaire : environ un million de personnes ont fui leurs foyers au Liban depuis le début de ce nouveau conflit. Cela représente 20% de la population totale du pays, selon les données compilées par Wikipedia à partir de sources onusiennes.

Le Liban comptait déjà plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées depuis les précédents épisodes de guerre. Cette nouvelle vague de déplacés internes fragilise un pays dont l’économie ne s’est jamais véritablement remise de la crise financière de 2019 et de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Les organisations humanitaires présentes sur place alertent depuis plusieurs semaines sur leurs capacités d’accueil saturées.

Les zones frappées mercredi incluaient des quartiers où s’étaient réfugiées des familles déplacées du sud du pays. Le ministre libanais des Affaires sociales a décrit les frappes comme particulièrement dévastatrices pour ces populations fragiles.

La trêve de deux semaines et ses limites

L’accord américano-iranien prévoit une suspension des hostilités pour deux semaines, le temps de négocier sur un plan en dix points proposé par Téhéran. La réouverture du détroit d’Ormuz figurait parmi les premières mesures attendues, une perspective saluée par les marchés pétroliers et les dirigeants occidentaux.

Mais cette trêve ne concerne que le front direct entre les États-Unis et l’Iran. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a estimé que « beaucoup de travail reste à faire pour que ce cessez-le-feu tienne », selon la BBC. Israël, qui n’est pas signataire de cet accord, a préservé toute latitude pour poursuivre ses opérations contre le Hezbollah au Liban.

Lors de la précédente séquence d’escalade en 2024, les médiateurs qataris et américains avaient pu obtenir un cessez-le-feu Israël-Liban distinct. Pour l’heure, aucune médiation similaire n’est en cours pour ce front-là. Le Pakistan, qui a joué un rôle central dans les négociations américano-iraniennes de cette semaine selon Al Jazeera, n’a pas indiqué être impliqué sur le dossier libanais.

Beyrouth dans l’attente

Les deux semaines de trêve américano-iranienne fixent une échéance concrète. Si les négociations aboutissent à un accord plus durable avec Téhéran, la question du Liban devra inévitablement être traitée : le Hezbollah, soutenu par l’Iran, reste au coeur du conflit. Si elles échouent, le retour à une escalade régionale généralisée est le scénario que redoutent les chancelleries européennes.

En attendant, les habitants de Beyrouth vivent sous la menace d’une répétition de la journée de mercredi. Cent frappes en dix minutes ont pulvérisé plusieurs quartiers d’une capitale déjà meurtrie. La guerre continue, sans cessez-le-feu, sans date de fin annoncée.