L’encre de la trêve irano-américaine n’était pas encore sèche que les déflagrations secouaient Beyrouth. Mercredi 8 avril, l’armée israélienne a frappé plus de 100 positions du Hezbollah en dix minutes à peine, faisant au moins 254 morts et 1 165 blessés au Liban. La justification d’Israël tient en quelques mots : cette trêve ne les concerne pas.

100 cibles, dix minutes, des quartiers résidentiels en flammes

Les frappes ont touché simultanément Beyrouth-centre, la banlieue sud de la capitale, la plaine de la Bekaa et le sud du pays, dont la ville côtière de Tyr. Selon la Défense civile libanaise, 254 personnes ont péri et 1 165 autres ont été blessées dans cette seule journée du 8 avril. Le bilan cumulé depuis le début de l’opération israélienne, lancée le 2 mars 2026, dépasse désormais 1 530 morts. Plus de 1,2 million de Libanais ont fui leur foyer depuis.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, n’a pas minimisé l’ampleur de l’offensive. Il s’agit, selon lui, « du coup concentré le plus important que le Hezbollah ait subi depuis l’Opération Beepers », en référence aux attentats à la poire qui avaient ciblé les réseaux de communication du mouvement islamiste en 2024. L’armée israélienne affirme avoir neutralisé une quarantaine de militants du Hezbollah et frappé des infrastructures de commandement réparties dans des zones civiles.

La trêve signée à Washington, le Liban exclu par décret

Le jour même, les États-Unis et l’Iran annonçaient un cessez-le-feu de deux semaines censé ouvrir des négociations directes. Israël a immédiatement précisé que cet accord ne s’étendait pas au théâtre libanais. Donald Trump a confirmé cette lecture depuis Washington, déclarant à PBS News que le Liban n’était « pas inclus dans l’accord à cause du Hezbollah », tout en ajoutant que la situation « finirait par se régler ».

Le médiateur Pakistan avait pourtant affirmé le contraire, soutenant que le Liban était couvert par le cessez-le-feu. Le Hezbollah a, de son côté, suspendu ses tirs après l’annonce de la trêve, tout en réservant sa position : « Nous n’avons pas déclaré adhérer au cessez-le-feu, puisque les Israéliens n’y adhèrent pas », a indiqué un responsable du mouvement à l’Associated Press. Une ambiguïté savamment entretenue, qui laisse la situation au bord du précipice.

Beyrouth-centre frappée sans avertissement

Les frappes sur le centre-ville de Beyrouth ont particulièrement frappé les observateurs par leur brutalité. Des quartiers denses, commerciaux et résidentiels, touchés sans notice d’évacuation préalable. « Ce ne sont pas des attaques ciblées », a déclaré le Dr Tania Baban, de l’organisation médicale internationale MedGlobal, présente sur le terrain. « Des dizaines de frappes se succèdent dans toute la ville, sans aucun avertissement. »

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dénoncé des attaques visant « des centaines de civils innocents et sans défense » et décrété une journée de deuil national le lendemain. Le président du Parlement, Nabih Berri, a qualifié les frappes de « crime de guerre à part entière ». La coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le Liban, Jeanine Hennis, a réagi depuis Genève : « Aucun camp ne peut s’en sortir par les frappes ou les tirs. »

Le Détroit d’Ormuz, nouvelle carte de pression iranienne

L’Iran a répondu à la poursuite des frappes israéliennes au Liban en fermant à nouveau le Détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite environ 20% du pétrole mondial selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. Le prix du baril Brent a bondi de 4% en quelques heures à cette annonce. Les États-Unis ont exigé une réouverture immédiate du détroit, soulignant que sa fermeture fragilise non seulement les marchés pétroliers mais aussi les termes du cessez-le-feu tout juste conclu.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré qu’il « reste beaucoup de travail » pour que la trêve tienne, et qu’une réouverture du détroit serait « décisive pour stabiliser les prix intérieurs ». L’Union européenne, qui avait déjà appelé Israël à « cesser » ses opérations au Liban le 18 mars en jugeant la situation humanitaire « catastrophique », a convoqué une réunion d’urgence de ses ministres des Affaires étrangères pour le week-end.

1,2 million de déplacés et un pays à l’arrêt

Sur le terrain libanais, la réalité dépasse les communiqués diplomatiques. Plus de 100 000 personnes supplémentaires ont fui en moins de 24 heures après les frappes de mercredi, selon des chiffres publiés par l’OCHA, le bureau des affaires humanitaires des Nations Unies. Le total de déplacés depuis le 2 mars atteint désormais 1,2 million, dont environ 350 000 enfants selon l’Unicef.

« Le Liban ne peut plus tenir », résume Ahmed Harm, déplacé de la banlieue sud de Beyrouth. « Le pays s’effondre économiquement, tout s’effondre. » Un effondrement que la guerre aggrave sur un territoire qui n’avait jamais véritablement fini de se relever de la double explosion du port de Beyrouth en 2020 et de la crise financière qui a réduit la valeur de la livre libanaise de plus de 90%.

Les négociations, seule issue avant la riposte

Le Hezbollah n’a pas riposté massivement depuis les frappes du 8 avril, préférant laisser du temps aux médiateurs pour tenter d’étendre le cessez-le-feu au Liban. L’organisation a déclaré être « au seuil d’une grande victoire historique », une formulation qui laisse entendre qu’elle considère la situation comme un test diplomatique autant que militaire. Si les négociations achoppent, le mouvement pourrait reprendre ses tirs vers le nord d’Israël, relançant une spirale que même la trêve irano-américaine ne pourrait plus contenir.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence jeudi pour examiner la situation. Pour les 1,2 million de déplacés libanais, les résolutions tardent. Le prochain cycle de frappes ou de négociations s’annonce dans les 48 heures.