Trois milliards de personnes vont pouvoir se parler sur WhatsApp sans jamais échanger leur numéro. Meta a ouvert lundi la réservation des pseudonymes, première étape d’un changement qui s’attaque à la donnée la plus intime de l’application : votre ligne téléphonique.

Un pseudo à la place du numéro

Jusqu’ici, ajouter un contact passait par une seule clé, son numéro. Pour discuter avec un vendeur sur une marketplace, un parent d’élève ou une personne croisée une fois, il fallait livrer ses dix chiffres. Le nouveau système casse ce passage obligé. Chaque utilisateur pourra choisir un identifiant unique, à la manière d’un arobase, et le donner à la place de son numéro. La personne en face tape ce pseudo, la conversation démarre, la ligne reste cachée. Selon l’annonce publiée par Meta le 29 juin, la fonction se déploiera progressivement dans les prochains mois, pays par pays, avec une notification dans l’application au moment où elle devient disponible.

Pourquoi votre numéro vous trahit

Un numéro de téléphone n’est pas un détail anodin. C’est une porte d’entrée. Il suit une personne pendant des années, sert d’identifiant sur des dizaines de services et fuite régulièrement dans des bases de données piratées. Une fois dans la nature, il ouvre la voie au démarchage, aux tentatives d’arnaque et au repérage. Donner son numéro à un inconnu sur un site de petites annonces ou une application de rencontre, c’est lui confier bien plus qu’un moyen de discuter. Le pseudo coupe ce fil. Il permet de parler à un acheteur, un client ou un correspondant de passage sans rien livrer de permanent. Si l’échange tourne mal, on bloque le contact sans avoir exposé sa ligne, là où un numéro, une fois donné, ne se reprend pas.

Marketplaces, groupes, rencontres : qui y gagne

Les premiers gagnants sont ceux qui parlent à des inconnus par obligation. Le particulier qui vend un canapé et veut éviter de voir son numéro recopié, revendu ou réutilisé pour du démarchage. Le membre d’un grand groupe de quartier ou de parents d’élèves, où des centaines de personnes voient aujourd’hui sa ligne sans qu’il l’ait choisi. Le professionnel qui cherche à séparer son canal de travail de sa vie privée. Sur les applications de rencontre, où basculer sur WhatsApp revient souvent à livrer son numéro dès les premiers messages, le pseudo offre un sas. L’usage justifie l’attente : 85 % des utilisateurs actifs ouvrent l’application chaque jour, et beaucoup y mêlent désormais achats, travail et conversations privées dans un même fil.

Réserver son nom dès maintenant

Là où Meta joue la montre, c’est sur la réservation. Depuis cette semaine, chacun peut bloquer son pseudo avant même que la fonction soit active, en passant par Réglages, puis Compte, puis Nom d’utilisateur. Premier arrivé, premier servi : les identifiants courts et les prénoms répandus risquent de partir vite, comme à chaque ouverture de ce type sur un réseau social. Les règles sont strictes. Entre trois et trente-cinq caractères, au moins une lettre, uniquement des minuscules, des chiffres, des points et des tirets bas. Impossible de commencer par « www. » ou de finir par une extension comme « .com », une barrière pensée pour bloquer les faux comptes qui imitent des sites connus. TechCrunch et TechRadar, qui ont détaillé la marche à suivre, précisent qu’il faut d’abord installer la dernière version de l’application.

La clé qui filtre les inconnus

Réserver un pseudo ne revient pas à ouvrir sa porte à tout le monde. WhatsApp a prévu deux garde-fous. D’abord, pas d’annuaire. Contrairement à Instagram, aucune recherche ne permet de tomber sur vous en tapant un nom au hasard, il faut connaître le pseudo exact pour lancer une première conversation. Ensuite, une option baptisée clé de nom d’utilisateur. Une fois activée, elle oblige tout nouveau contact à saisir un code avant de pouvoir écrire son premier message. La BBC résume le résultat comme un filtre : même si votre identifiant circule, personne ne vous écrit sans ce sésame. De quoi limiter le démarchage et les sollicitations que ce genre de système attire d’habitude, un reproche fait depuis longtemps à Telegram.

Telegram et Signal l’avaient déjà

WhatsApp arrive tard. Telegram propose les pseudos depuis des années et en a fait le cœur de son fonctionnement, avec un répertoire public où l’on peut chercher à peu près n’importe qui. Signal, l’application préférée des défenseurs de la vie privée, a ajouté les identifiants pour une raison précise : éviter que ses utilisateurs aient à donner leur numéro à des inconnus. Meta a repris la seconde approche, la plus protectrice, sans moteur de recherche, tout reposant sur le partage volontaire du pseudo. Pour une messagerie qui a longtemps fait du numéro son identifiant unique, le changement est de taille. Engadget y voit l’une des plus grosses évolutions de l’application depuis sa création. L’entreprise, elle, pousse depuis des mois ses outils de confidentialité, sur fond de méfiance grandissante envers la collecte de données.

Votre numéro reste la clé du compte

Il y a une limite, et elle compte. Le pseudo cache votre numéro aux autres utilisateurs, mais il ne le remplace pas. Pour créer un compte WhatsApp, un numéro valide reste obligatoire : c’est lui qui sert d’ancre, de moyen de récupération et de lien avec Meta. Vous masquez donc votre ligne aux inconnus, pas à l’entreprise. Les chiffres disent l’ampleur de l’enjeu. WhatsApp revendique 3,3 milliards d’utilisateurs actifs par mois début 2026, d’après les données compilées par le Blog du Modérateur, et 66 % des Français de plus de 16 ans l’ouvrent chaque mois. Plus de cent milliards de messages y transitent quotidiennement. Le moindre réglage de confidentialité touche donc des centaines de millions de conversations. Le déploiement complet est promis pour les prochains mois. D’ici là, la seule action possible reste de réserver son pseudo avant qu’un autre ne s’en empare.