Elle Woods n’a pas encore mis les pieds à Harvard, ni enfilé le tailleur rose de la future avocate. Nous sommes en 1995, elle est lycéenne, elle débarque à Seattle sous la pluie, et personne autour d’elle ne la prend au sérieux. Vingt-cinq ans après le film culte, La revanche d’une blonde renaît en série. Sans Reese Witherspoon à l’écran, mais avec sa bénédiction.
Depuis ce 1er juillet, les huit épisodes de la première saison sont disponibles d’un coup sur Prime Video, en France comme ailleurs. La série s’appelle sobrement « Elle », du prénom de son héroïne, et se présente comme une préquelle : elle remonte six ans avant le film de 2001 pour raconter l’adolescence d’une future icône. Derrière le projet, on trouve la scénariste Laura Kittrell et, au générique des productrices, une certaine Reese Witherspoon.
Rappelons ce que représente l’objet d’origine. Sorti en 2001, La revanche d’une blonde a transformé une étudiante obsédée par la mode et sous-estimée par tous en héroïne pop, capable d’entrer à Harvard et de gagner un procès en talons roses. Le film a engrangé plus de 140 millions de dollars dans le monde pour un budget d’à peine 18 millions, lancé une suite en 2003, inspiré une comédie musicale à Broadway et fait d’Elle Woods un symbole : celui de la fille qu’on n’attend pas et qui déjoue tous les pronostics. Vingt-cinq ans plus tard, cette image reste vendeuse.
La série, elle, prend Elle avant la métamorphose. En 1995, l’adolescente quitte la Californie pour Seattle, ville de la pluie et du grunge, à mille lieues de son univers ensoleillé. Elle y débarque en rose au milieu des chemises à carreaux, cherche sa place dans un lycée qui ne l’attendait pas, et commence à comprendre que la sous-estimation peut devenir une arme. Tout le sel du personnage est là, en germe.
Une inconnue dans le tailleur rose
Reprendre un rôle aussi collé à une actrice tenait du pari. La production a misé sur une quasi-débutante, Lexi Minetree, dont la ressemblance avec la jeune Reese Witherspoon a fait le tour des réseaux : mêmes mimiques, même sourire, même énergie solaire. La vidéo où Witherspoon lui annonce en personne qu’elle décroche le rôle a été diffusée par la plateforme, histoire d’afficher une passation de flambeau assumée. La star, elle, ne rejoue pas Elle Woods. Elle produit, supervise, adoube.
Autour de la jeune première, la série aligne un casting fourni, de June Diane Raphael à Tom Everett Scott, en passant par James Van Der Beek, visage familier des séries américaines des années 2000. Bruiser, le minuscule chihuahua inséparable d’Elle dans le film, a lui aussi droit à sa version adolescente. Tout est pensé pour parler à ceux qui connaissent le long-métrage par cœur.
55 % sur Rotten Tomatoes, deux camps
Le résultat ne fait pas l’unanimité. Sur l’agrégateur Rotten Tomatoes, la série plafonne à 55 % d’avis favorables pour vingt-deux critiques recensées, avec une note moyenne de 5,6 sur 10. Une pièce coupée en deux, littéralement.
D’un côté, les enthousiastes. Le NME salue un régal rose bonbon, vif et bon enfant. ScreenRant y voit une série douce, généreuse en clins d’œil pour les fans, à dévorer sans culpabilité. De l’autre, les déçus. Le Hollywood Reporter juge que « Elle » tourne déjà en rond. Collider estime qu’elle rate le charme du film original. TheWrap parle d’une mécanique forcée, qui rejoue les mêmes ressorts sans jamais les dépasser. Le site Just Jared, lui, a résumé la bataille d’une formule : la critique est divisée.
Cette prudence des plateformes porte un nom : la nostalgie rassure. Entre nouvelles versions, préquelles et suites tardives, les catalogues misent sur des marques déjà installées plutôt que sur des idées neuves, jugées plus risquées. « Elle » s’inscrit dans cette vague, aux côtés d’autres classiques ressortis du placard ces derniers mois.
Le passé que le film n’avait pas prévu
Le reproche qui revient le plus souvent touche à la cohérence. Dans le long-métrage de 2001, Elle Woods est une pure Californienne, biberonnée au soleil de Los Angeles. Or la série lui invente une adolescence pluvieuse à Seattle, six ans plus tôt. Plusieurs critiques y voient une contradiction difficile à avaler : pour que ce passé colle au personnage qu’on connaît, il faudrait qu’Elle ait presque tout oublié en chemin.
C’est le piège classique de la préquelle. Elle doit nourrir la nostalgie sans trahir la légende, et « Elle » choisit sans hésiter le premier camp. La série avance à coups de références, de couleurs acidulées et de tubes des années 1990, quitte à répéter ce que le film avait déjà raconté. Les nostalgiques y retrouveront leurs marques. Les autres attendront de voir si l’histoire finit par exister pour elle-même, au lieu de faire l’inventaire du film.
Une saison 2 déjà commandée
Malgré des notes tièdes, Prime Video a tranché avant même le verdict du public : une deuxième saison est commandée. Le calcul n’a rien d’absurde. La revanche d’une blonde reste une marque puissante, portée par un film devenu culte, une suite sortie en 2003 et un troisième volet promis depuis des années. Ramener Elle Woods à l’écran, même adolescente, même sans Witherspoon dans le rôle-titre, c’est s’offrir un capital sympathie immédiat auprès de deux générations.
Reste le test grandeur nature, celui que chaque abonné va mener chez lui, télécommande en main. Les huit épisodes sont déjà en ligne, la saison 2 est lancée, et la marque au rose flashy repart pour un tour. Le film, en 2001, avait mis des mois à devenir un phénomène. La série, elle, joue sa réputation dès ce premier week-end de juillet.