Jeudi soir, sur la pelouse du Gillette Stadium près de Boston, plusieurs joueurs nés en France porteront le maillot rouge et vert du Maroc face aux Bleus. Le tableau de la Coupe du monde a livré son affiche la plus électrique dès les quarts de finale, trois ans et demi après la demi-finale du Qatar.
Le quart que redoutaient les deux camps
Aucune des deux équipes ne voulait tomber sur l’autre si tôt. La France a écarté le Paraguay samedi à Philadelphie, sur un but unique de Kylian Mbappé, transformé sur penalty à la 70e minute après un slalom de Désiré Doué dans la surface. C’était le septième but de l’attaquant parisien dans cette édition, selon France 24. Le même jour, à Houston, le Maroc a balayé le Canada, pourtant pays coorganisateur, sur le score de 3-0. Un doublé d’Azzedine Ounahi et une réalisation de Soufiane Rahimi ont offert aux Lions de l’Atlas le tout premier billet pour les quarts.
Le sort a ensuite placé ces deux favoris sur la même ligne. Rendez-vous jeudi 9 juillet à 22 heures, heure de Paris, dans une enceinte de 66 000 places que la forte communauté marocaine des États-Unis promet de faire vibrer. Le vainqueur rejoint le dernier carré, le perdant rentre à la maison.
Trois ans après la blessure du Qatar
Le 14 décembre 2022, au stade Al Bayt, la France avait brisé le rêve marocain en demi-finale du Mondial. Deux buts, signés Théo Hernandez dès la cinquième minute et Randal Kolo Muani à la 79e, avaient suffi. Ce soir-là, le Maroc devenait la première nation africaine et arabe à atteindre le dernier carré d’une Coupe du monde, un exploit salué bien au-delà de ses frontières et fêté jusque dans les rues de Paris, Bruxelles et Casablanca. Les Marocains termineront quatrièmes du tournoi, battus par la Croatie dans la petite finale, mais la déception d’être passés si près restait vive.
La Fédération française de football parle déjà d’un « acte 2 ». Sauf que le décor a changé. En 2022, le Maroc jouait sa demi-finale historique en outsider magnifique. En 2026, il arrive en quart avec le statut de sérieux prétendant, et une revanche en tête.
Des joueurs formés en France face aux Bleus
Voilà ce qui rend ce match différent de tous les autres. Une grande partie de la sélection marocaine a grandi en Europe, et plusieurs de ses internationaux sont nés en France. Le Lillois Ayyoub Bouaddi a officialisé son choix pour les Lions de l’Atlas le 15 mai dernier, une bascule validée par la FIFA. Avec Neil El Aynaoui, lui aussi passé par la formation française, il devrait débuter jeudi face au pays qui l’a vu naître.
Cette politique n’a rien d’un hasard. Depuis plusieurs années, la fédération marocaine cible activement les talents de sa diaspora, en Europe surtout, pour étoffer sa sélection. Le pari a déjà payé au Qatar ; il pourrait cette fois se retourner contre les Bleus, qui ont vu partir des joueurs qu’ils suivaient depuis les catégories de jeunes.
Le règlement autorise ces changements de sélection tant qu’un joueur n’a pas disputé de match officiel majeur avec une équipe première. Rien d’illégal, donc, mais une charge symbolique évidente. Le sélectionneur marocain lui-même, Mohamed Ouahbi, incarne cette double culture : né en Belgique, formé entre la France et le plat pays, il a pris les commandes de la sélection en mars 2026 après le départ de Walid Regragui, l’artisan de l’épopée qatarie.
Le Maroc n’a plus rien d’une surprise
Ceux qui attendent la même équipe qu’en 2022 se trompent. Ouahbi a rajeuni son effectif en intégrant des talents comme Brahim Díaz, Eliesse Ben Seghir ou le défenseur Chadi Riad, tout en conservant l’ossature des cadres. Le résultat impressionne : la BBC recense trente-quatre rencontres sans défaite pour les Lions de l’Atlas, une série que peu de sélections peuvent afficher à ce niveau.
Les chiffres de la compétition confirment la montée en puissance. Avec dix buts inscrits depuis le coup d’envoi, le Maroc affiche l’une des attaques les plus prolifiques du tournoi, et il vient d’éliminer un hôte du Mondial pour rejoindre le top 8. Selon le profil publié par la FIFA, il dispute ici son septième Mondial et sa troisième phase finale consécutive, un record national. L’objectif affiché n’a plus rien de timide : atteindre le dernier carré pour la deuxième fois de suite, et cette fois aller plus loin.
Mbappé lancé, un public partagé
En face, la France avance avec sérénité. Portée par un Mbappé déjà à sept buts, la sélection de Didier Deschamps n’a pas encore tremblé, même si le Paraguay lui a opposé une résistance rugueuse que la presse britannique a jugée limite. Les Bleus partent favoris, forts de leur profondeur de banc et de l’habitude des grands rendez-vous : ils restent sur deux finales mondiales d’affilée, gagnée en 2018, perdue en 2022 face à l’Argentine.
Reste une inconnue qui ne se lit sur aucune feuille de match : l’état d’esprit d’une partie du public français. Entre l’attachement aux Bleus et l’admiration pour un Maroc devenu porte-drapeau du football africain, beaucoup regarderont ce quart le cœur partagé. Dans les cafés comme dans les salons, la question reviendra sans doute la même : pour qui vibrer quand les deux camps nous ressemblent ?
Un match, deux histoires en jeu
Pour la France, il s’agit de confirmer un rang et de viser une troisième finale mondiale en trois éditions. Pour le Maroc, c’est l’occasion d’effacer le souvenir du Qatar et de prouver que 2022 n’était pas un accident. Coup d’envoi jeudi 9 juillet à 22 heures. Quatre-vingt-dix minutes, peut-être plus, pour décider laquelle de ces deux ambitions continuera de vivre.