Une masse sombre dérive au-dessus de l’Atlantique. Un renflement mou, hérissé de filaments qui pendent dans le vide. Les analystes militaires américains l’ont surnommée le « cerveau volant », et aucun d’eux n’est capable de dire ce que c’est.

Cette séquence, captée en 2020, fait partie du quatrième lot de documents sur les OVNI que le Pentagone a rendu public vendredi. Quarante fichiers en tout : dix-neuf vidéos, quatorze documents écrits, quatre enregistrements audio et trois images, puisés dans les archives de la CIA, du FBI, de la NASA, de l’armée et même du département de l’Énergie. Le tout versé dans une base de données que n’importe qui peut fouiller.

Une forme à six branches au-dessus de la mer Jaune

Le lot ressemble à une compilation des cas les plus déroutants jamais filmés par des militaires. Au-dessus de la mer Jaune, un objet à six branches évolue sans aile ni réacteur visible. Plus au sud, au large de la mer de Chine méridionale, une longue ligne lumineuse glisse dans le ciel. Sur l’Atlantique, cette forme rougeâtre que les opérateurs n’ont jamais réussi à nommer.

Aucune de ces images ne ressemble à un avion, un drone ou un ballon connu. C’est précisément pour cette raison qu’elles atterrissent là. Le gouvernement américain les range parmi les cas « non résolus », ceux pour lesquels il s’avoue incapable de trancher. NewsNation et NBC News, qui ont visionné l’ensemble, parlent de séquences plus étranges encore que celles des trois premières livraisons.

Additionnées, ces quatre fournées représentent déjà plusieurs dizaines de gigaoctets de vidéos et des centaines de pages numérisées. Une masse d’archives que le renseignement gardait sous clé depuis des décennies.

1949, des boules de feu vertes près de la bombe

Le document le plus troublant du lot n’est pas une vidéo, mais une note vieille de plus de soixante-dix ans. En 1949, une réunion secrète se tient autour d’un phénomène qui affole le désert du Nouveau-Mexique : des boules de feu vertes traversent le ciel au-dessus de Los Alamos, le laboratoire où l’Amérique venait de mettre au point sa bombe atomique. Autour de la table, plusieurs scientifiques ayant travaillé sur le projet Manhattan, rapporte The Epoch Times.

L’armée soupçonne d’abord un essai soviétique, puis un phénomène naturel. Personne ne conclut. Soixante-dix-sept ans plus tard, le dossier ressort intact, toujours sans réponse. C’est tout le paradoxe de ces archives : elles ne prouvent rien, elles prolongent le mystère.

« Non résolu » ne veut pas dire « petit homme vert »

Voilà le piège qu’il faut éviter. Sur son site, le Pentagone écrit noir sur blanc que ces cas restent ouverts faute de données suffisantes. Traduction : l’objet n’a pas pu être identifié, ce qui ne veut pas dire qu’il vient d’ailleurs. Un reflet, un drone étranger, un débris spatial, un capteur infrarouge capricieux, et voilà une image impossible à expliquer proprement.

Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre qui pilote l’opération, assume le geste sans détour. Ces fichiers « cachés derrière des classifications ont longtemps nourri des spéculations légitimes », plaide-t-il, et les Américains ont le droit de « les voir eux-mêmes ». Le mot d’ordre, c’est la transparence. Pas la preuve d’une vie extraterrestre, que ces documents ne contiennent toujours pas.

La France, elle, trie ses OVNI depuis 1977

Pendant que Washington transforme ses archives en spectacle, la France fait le même travail dans un silence presque total. Depuis 1977, un service rattaché au Centre national d’études spatiales, le GEIPAN, recueille et dissèque les signalements de phénomènes aérospatiaux non identifiés. Installé à Toulouse, il traite environ mille demandes par an et mène près de deux cents enquêtes de fond.

Ses chiffres racontent une tout autre histoire que les vidéos spectaculaires du Pentagone. En quarante ans, le GEIPAN a épluché près de 9 700 témoignages, soit environ 5 300 affaires distinctes. Chacune est rangée de la catégorie A à la catégorie D, selon son degré d’étrangeté et la solidité des informations disponibles. Le verdict tient en un chiffre : à peine 2 % des cas restent vraiment inexpliqués.

Tout le reste finit par trouver une origine banale. Une planète particulièrement brillante prise pour un vaisseau, une lanterne céleste lancée un soir de fête, un drone de loisir, la rentrée atmosphérique d’un étage de fusée. Le service publie d’ailleurs ses conclusions en ligne, dossier par dossier, sans esbroufe.

Détail qui compte : ce taux d’inexpliqués recule d’année en année. Les téléphones filment mieux, les registres du trafic aérien et des satellites sont plus complets, et une lueur qui aurait laissé perplexe en 1980 se résout aujourd’hui en quelques minutes.

Pourquoi Washington ouvre les vannes maintenant

La grande braderie américaine a une date de naissance : le 19 février 2026. Ce jour-là, Donald Trump annonce sur son réseau Truth Social qu’il va faire libérer les fichiers touchant aux OVNI et à « la vie extraterrestre », avant de signer d’un « GOD BLESS AMERICA » dont il a le secret. Le programme, baptisé PURSUE, charge le département de la Guerre de passer au crible des dizaines de millions de documents, dont beaucoup dorment encore sur papier.

Depuis, les livraisons s’enchaînent toutes les deux ou trois semaines : une première le 8 mai, une deuxième le 22 mai, une troisième le 12 juin, et donc ce quatrième acte en juillet. Fait rare, le gouvernement invite les chercheurs privés à analyser ses propres images. Une manière élégante d’avouer qu’il n’a pas les réponses.

La prochaine fournée est déjà promise pour les semaines à venir. D’ici là, le « cerveau volant » de l’Atlantique gardera son secret, et à Toulouse, le GEIPAN continuera de classer ses dossiers un par un, très loin des projecteurs.