Figurines élastiques, sable décoratif, kits créatifs : des dizaines de jouets vendus chez Action, Hema ou Gifi contiennent des traces d’amiante. La DGCCRF a ordonné jeudi 26 février la suspension de la vente de tous les jouets à base de sable en France. Un rappel d’ampleur qui touche des millions de produits déjà dans les foyers.
Des fibres cancérogènes dans le sable des jouets
Les premiers signaux sont venus d’Australie. À l’automne 2025, des dizaines d’écoles australiennes et néo-zélandaises avaient fermé temporairement après la découverte d’amiante dans des boîtes de sable coloré, présumées importées de Chine, selon les autorités néo-zélandaises. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a alors lancé ses propres analyses sur les produits vendus en France.
Le résultat a confirmé les craintes. Depuis le 20 février, le site gouvernemental Rappel Conso recense une dizaine de fiches de rappel concernant des jouets à base de sable. Parmi les produits visés : les figurines Stretch Squad vendues chez Action, les cartes et magnets création en sable de Hema, les sableurs vendus par lot de six, ou encore des figurines extensibles de marque G. Tous présentent le même défaut : leur garnissage ou leur sable décoratif contient des traces d’amiante, une fibre minérale interdite en France depuis 1997 en raison de son caractère cancérogène.
Une suspension totale, une première pour cette catégorie
Face à l’ampleur du phénomène, la DGCCRF a franchi un cap jeudi 26 février en demandant la suspension de la vente de tous les jouets à base de sable sur le territoire français, rapporte France Info. La mesure ne vise plus seulement les lots testés positifs, mais l’ensemble de la catégorie. Action, Hema, Gifi et d’autres enseignes de discount sont directement concernées.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), citée par la DGCCRF, tempère le risque immédiat. Selon elle, il n’y a « pas de risque aigu pour la santé des enfants ». L’amiante ne devient dangereux que lorsque ses fibres sont inhalées, ce qui suppose que le jouet soit endommagé et que le garnissage se répande. Le site Rappel Conso précise que le risque concerne les jouets « s’ils sont endommagés et que le garnissage se répand ».
La nuance est importante, mais elle rassure peu les parents. L’amiante est classé cancérogène certain par l’Organisation mondiale de la santé. L’exposition chronique provoque des pathologies graves, dont le mésothéliome pleural et des cancers du poumon. En France, l’amiante cause encore entre 3 000 et 4 000 décès par an, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Pourquoi l’amiante échappe aux contrôles
Comment une substance interdite depuis près de trente ans se retrouve-t-elle dans des jouets destinés aux enfants ? La réponse tient à la géologie. « La présence d’amiante dans ces jouets est vraisemblablement liée à la présence naturelle d’amiante dans certaines roches ou gisements de sables dont sont extraits les sables de ces jouets », explique la DGCCRF dans son communiqué, sans préciser l’origine géographique du sable.
Maxime Misseri, chercheur associé à l’université de technologie de Compiègne et spécialiste de l’amiante, confirme à France Info que cette découverte n’est pas une surprise. « Les méthodes d’analyse ne sont pas toujours les mêmes selon la technologie utilisée, et certaines ne sont pas assez précises pour détecter l’amiante », explique-t-il. Un produit peut ainsi obtenir un certificat de conformité tout en contenant des fibres d’amiante que les analyses n’ont pas repérées. « Si la France est à la pointe, d’autres pays sont moins regardants et peuvent appliquer des méthodes anciennes et pas assez précises », ajoute le chercheur.
Le problème dépasse les jouets. L’amiante est une fibre naturelle présente dans certaines formations rocheuses à travers le monde. Si son usage industriel est banni en Europe, il reste autorisé dans plusieurs pays exportateurs, dont la Russie et le Brésil. Les contrôles aux frontières portent sur les produits manufacturés contenant de l’amiante de manière intentionnelle, pas sur les traces naturelles présentes dans des matières premières comme le sable.
L’Australie avait tiré la sonnette d’alarme
Le précédent australien aurait pu servir d’alerte plus tôt. Dès octobre 2025, les autorités de Nouvelle-Zélande avaient identifié des traces d’amiante chrysotile dans des kits de sable coloré importés de Chine et distribués dans les écoles. Plusieurs établissements avaient dû fermer pour décontamination. L’Australie avait suivi avec des rappels similaires, touchant des chaînes de magasins comme Kmart et Big W.
En Europe, la réaction a pris plusieurs mois. Les premières analyses françaises ont débuté fin 2025, selon la DGCCRF, mais les rappels n’ont été publiés qu’à partir du 20 février 2026. Entre-temps, les produits sont restés en rayon et des millions d’exemplaires ont été vendus.
Jérôme Langrand, médecin toxicologue et chef du centre antipoison de Paris, rappelle à France Info que l’amiante se cache dans des objets plus courants qu’on ne le pense. « Longtemps, on a mis de l’amiante partout, et il y a donc des objets du quotidien qui en contiennent toujours. Il suffit de faire un tour dans une brocante pour en avoir. »
Que faire si vous possédez ces jouets
Les consommateurs qui détiennent les produits rappelés sont invités à ne plus les utiliser et à les rapporter en magasin pour un remboursement. La liste complète des références concernées est consultable sur le site Rappel Conso. La DGCCRF recommande de ne pas ouvrir ni endommager les jouets suspects, afin d’éviter toute dispersion de fibres.
Le prochain test portera sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. La Commission européenne doit se pencher en mars sur un renforcement des contrôles aux frontières pour les produits contenant des matières minérales brutes. Un chantier qui dépasse la question des jouets et pose celle de la traçabilité des matières premières dans les produits de grande consommation importés en Europe.