Des flammes de plusieurs mètres, un bus jaune transformé en brasier sur la rue principale d’une petite ville de 5 000 habitants. Mardi 10 mars en fin de journée, un car postal a pris feu à Chiètres, dans le canton de Fribourg en Suisse, tuant au moins six personnes et en blessant cinq autres. La police cantonale a rapidement écarté la piste accidentelle : des témoins décrivent une personne ayant utilisé un engin incendiaire à l’intérieur du véhicule.

18h25, la Murtenstrasse devient un piège

Le car postal effectuait la liaison entre Chiètres et Guin lorsque l’incendie s’est déclaré vers 18h25 sur la Murtenstrasse, l’artère principale de la commune. En quelques minutes, le véhicule était totalement embrasé, selon le communiqué officiel de la police cantonale fribourgeoise publié dans la soirée. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des colonnes de flammes s’élevant du milieu du car, rapporte 20 Minutes.

Neuf ambulances, les pompiers de Chiètres et de Morat, ainsi qu’un hélicoptère de la Rega ont été déployés sur place. Trois blessés graves ont été évacués vers des hôpitaux, dont un par voie aérienne. Deux autres personnes, examinées sur les lieux, n’ont pas eu besoin d’être hospitalisées. Parmi les cinq blessés figure un secouriste, selon la RTS.

Des témoins décrivent un acte délibéré

Lors d’une conférence de presse organisée tard dans la soirée à Chiètres, le porte-parole de la police cantonale Frédéric Papaux a confirmé que les enquêteurs privilégiaient « une cause humaine à l’origine de l’incendie, et même un acte volontaire ». Plus précisément, « des témoignages ont parlé d’une personne qui a agi sciemment avec un engin incendiaire », a-t-il déclaré, cité par la RTS.

La police n’a pas souhaité se prononcer sur l’hypothèse d’un acte terroriste ni sur celle d’une immolation. Elle compte sur l’audition des passagers et des blessés pour reconstituer le déroulement exact des faits. Le nombre de victimes lui-même reste incertain : après avoir annoncé six décès en conférence de presse, la police a nuancé dans un communiqué ultérieur en indiquant que « plusieurs personnes ont été retrouvées décédées, le nombre n’est pas confirmé ». Des bâches blanches ont été posées sur la carcasse du véhicule pour la nuit.

Le Ministère public du canton de Fribourg a immédiatement ouvert une instruction pénale. Un appel à témoins a été lancé et une ligne d’assistance mise en place au 0800 261 700.

Le CarPostal, un symbole national frappé en pleine rue

Le car postal n’est pas un simple bus en Suisse. Exploité par CarPostal, filiale de La Poste suisse, ce réseau de cars jaunes dessert depuis plus de 170 ans les régions que le train ne peut pas atteindre. Avec environ 160 millions de passagers par an et plus de 900 lignes, il constitue l’un des piliers du transport public helvétique, en particulier dans les zones rurales et les petites villes comme Chiètres.

Frapper un car postal en pleine heure de pointe sur la rue principale d’une commune, c’est frapper la vie quotidienne suisse dans ce qu’elle a de plus banal. CarPostal a réagi dans la soirée : « Cette nouvelle tragique nous touche tous profondément. Nos pensées accompagnent les blessés ainsi que les proches des personnes décédées. » La compagnie a annoncé la mise en place d’une équipe de soutien psychologique pour ses employés dès le lendemain.

La Suisse secouée par un deuxième drame en trois mois

Le président de la Confédération Guy Parmelin s’est dit « bouleversé et attristé que des personnes aient à nouveau perdu la vie dans un grave incendie en Suisse », dans un message publié sur X. Le mot « à nouveau » fait écho à l’incendie meurtrier d’un bar à Crans-Montana le 1er janvier dernier, qui avait coûté la vie à plusieurs personnes dans le canton du Valais.

Le Conseil d’État fribourgeois a exprimé « sa profonde solidarité avec les familles et les proches des victimes » et salué « l’engagement et le professionnalisme des services de secours ». Le gouvernement cantonal a convoqué une conférence de presse pour mercredi à 14 heures, en présence du président du Conseil d’État Philippe Demierre, du ministre de la sécurité Romain Collaud, du procureur général Raphaël Bourquin et du commandant de la police cantonale Philippe Allain.

Des questions sans réponse

Qui se trouvait dans ce car au moment des faits ? La police a admis ignorer le nombre exact de passagers présents au départ du feu. Sur une ligne reliant deux petites communes fribourgeoises en fin de journée, le car transportait vraisemblablement des habitants rentrant du travail ou des courses. L’identité des victimes n’a pas été communiquée. Aucun autre véhicule n’a été impliqué dans l’incident, a précisé l’adjudant Papaux lors de la conférence de presse, avant de lancer un appel à toute personne ayant été témoin de la scène.

La Suisse, régulièrement classée parmi les pays les plus sûrs au monde par le Global Peace Index, n’est pas habituée à ce type de violence dans ses transports publics. Le pays affiche l’un des taux de criminalité violente les plus bas d’Europe, avec environ 0,5 homicide pour 100 000 habitants selon les données fédérales. Un incendie criminel dans un bus de passagers reste un acte extrêmement rare sur le continent. Les attaques visant les transports collectifs européens ces dernières années ont presque exclusivement impliqué des armes blanches ou des explosifs, jamais un engin incendiaire dans un bus de ligne.

La conférence de presse de mercredi après-midi devrait apporter des précisions sur le bilan définitif, le profil de l’auteur présumé et les circonstances exactes de l’attaque. La Murtenstrasse, elle, restera fermée à la circulation jusqu’à la fin des investigations sur le terrain.