Foxborough, banlieue de Boston, jeudi soir. Quand l’arbitre siffle la fin du match, les Bleus sont à dix. Dayot Upamecano a pris le chemin des vestiaires depuis plus d’une demi-heure, exclu pour un tacle jugé dangereux après intervention de la vidéo. Le Brésil a poussé, Bremer a réduit l’écart. Et la France a tenu. 2-1, victoire. Premier test de la préparation au Mondial 2026, et premier message envoyé au reste du monde.

Le résultat, à lui seul, ne dit pas tout. Un amical contre le Brésil, même au Gillette Stadium devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, reste un match sans enjeu officiel. Mais le scénario, lui, raconte quelque chose de plus intéressant : la capacité de cette équipe de France à dominer, encaisser l’adversité et résister sous pression. Exactement ce qu’exige une Coupe du monde.

Mbappé retrouvé, Ekitike révélé

La première période a donné raison aux optimistes. Kylian Mbappé, dont la saison au Real Madrid a connu des passages à vide, a ouvert le score avec l’assurance des grands soirs. Sur son côté, Michael Olise a distribué le jeu avec une aisance remarquable, au point de rendre Vinicius Jr. quasi invisible pendant 90 minutes. Selon Le Monde, l’ailier de Crystal Palace a été « le meilleur joueur » de cette rencontre.

Et puis il y a eu Hugo Ekitike. L’attaquant de l’Eintracht Francfort, 23 ans, a inscrit le deuxième but français dans une action qui résumait sa soirée : percussion, placement, finition. A l’heure où Didier Deschamps cherche le profil capable de peser aux côtés de Mbappé en pointe, Ekitike vient de déposer sa candidature devant le public américain.

Le joueur passé par le PSG sans jamais vraiment s’y imposer connaît une saison remarquable en Bundesliga. Auteur de 14 buts toutes compétitions confondues cette saison avec Francfort, selon les données compilées par Transfermarkt, il incarne cette nouvelle génération offensive que Deschamps cherche à intégrer depuis des mois. Rayan Cherki, entré en jeu jeudi soir, fait partie du même vivier.

Le rouge qui a changé le scénario

Le scénario a basculé peu avant l’heure de jeu. Upamecano, en difficulté sur un duel, a commis la faute de trop. Carton rouge direct après consultation de la VAR. Du jour au lendemain, les Bleus se sont retrouvés dans la configuration la plus ingrate du football : défendre un avantage en infériorité numérique, face à une équipe qui, malgré ses difficultés récentes, reste le Brésil.

La Seleção a logiquement poussé. Luiz Henrique a multiplié les débordements sur le côté droit. A la 79e minute, Bremer, le défenseur de la Juventus, a réduit l’écart d’une reprise au second poteau, sur un centre mal négocié par l’arrière-garde tricolore. Score : 2-1. Trente minutes encore à tenir, à un joueur de moins.

C’est là que le collectif a répondu. Ibrahima Konaté, impérial dans les duels aériens, a colmaté chaque brèche. Mike Maignan a fait parler ses réflexes sur une tête de Casemiro dans les dernières minutes. Comme le rapportait 20 Minutes dans son suivi en direct, Bremer a failli égaliser dans le temps additionnel sur une frappe détournée de justesse. Les Bleus ont tenu, dans la douleur.

Boston, répétition générale avant l’été

Le choix du lieu n’avait rien d’anodin. Le Mondial 2026, co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, débutera le 11 juin prochain. Coup d’envoi à Mexico, finale prévue le 19 juillet au MetLife Stadium du New Jersey. En programmant cette tournée américaine, la Fédération française de football a voulu plonger les joueurs dans les conditions réelles du tournoi : décalage horaire, longs trajets, pelouses synthétiques ou hybrides des stades de NFL, et ambiance nord-américaine.

« Ce n’était pas un match amical », a corrigé Mbappé au micro de TF1, balayant l’étiquette collée à cette rencontre. « Jouer contre le Brésil, c’était une opportunité de voir où on en était. On est sur une bonne dynamique. Tous les enfants aimeraient jouer un France-Brésil, j’essaie de ne jamais banaliser le fait d’être sur le terrain. »

La dynamique, justement, c’est ce qui distingue la France du Brésil dans cette phase de préparation. La Seleção, placée dans le groupe G avec le Maroc, l’Écosse et Haïti selon le tirage effectué par la FIFA en décembre dernier, traverse une période de turbulences. L’élimination en quarts de finale de la Copa America 2024, couplée à un jeu trop dépendant de Vinicius Jr., questionne depuis des mois les observateurs brésiliens. Le joueur du Real Madrid n’a guère pesé jeudi soir, comme le soulignait Franceinfo dans son compte-rendu.

Le dernier Mondial de Deschamps

C’est l’autre enjeu de cette tournée, moins visible mais tout aussi pesant. Didier Deschamps disputera en juin son dernier tournoi majeur comme sélectionneur de l’équipe de France. Arrivé en 2012, l’ancien capitaine de 1998 a mené les Bleus en finale de l’Euro 2016, au titre mondial en Russie en 2018, puis en finale de la Coupe du monde 2022, perdue aux tirs au but contre l’Argentine de Lionel Messi.

En quatorze ans à la tête de la sélection, Deschamps est devenu le sélectionneur le plus capé de l’histoire des Bleus, avec plus de 160 matchs dirigés. Son bilan en phases finales reste exceptionnel : deux finales de Coupe du monde, un titre, une finale d’Euro. Mais la pression reste intacte. Après l’élimination en demi-finale de l’Euro 2024, la critique s’est cristallisée autour d’un jeu jugé trop défensif, trop pragmatique. Ce Mondial représente l’occasion de partir par la grande porte.

« On se met en condition pour la Coupe du monde, ça commence dès maintenant », a déclaré Ibrahima Konaté sur TF1 après la rencontre. « C’est une très belle victoire, dans la manière. On a fait une très bonne première mi-temps, et on arrive à la victoire à 10 contre 11. Je suis là pour gagner des points et mettre une migraine au coach. »

Rassurés sur le mental, en attente sur le jeu

La victoire de Foxborough rassure sur plusieurs points. La capacité à réagir sous pression, d’abord. L’émergence d’options offensives au-delà de Mbappé, ensuite, avec Ekitike et Olise en premières lignes. La solidité du duo Konaté-Maignan en défense, enfin, qui rappelle que l’ossature défensive existe bel et bien.

Mais elle soulève aussi des interrogations que les prochaines semaines devront trancher. L’expulsion d’Upamecano, déjà coutumier des excès en club comme en sélection, relance le débat sur la fiabilité du défenseur du Bayern Munich en phase finale. Le remplacement de Raphaël Varane dans l’axe central, depuis sa retraite en 2024, reste un chantier partiellement ouvert. Et le jeu offensif en seconde période, trop passif même avant le carton rouge selon l’analyse du Monde, devra gagner en maîtrise pour espérer aller au bout du tournoi.

La rivalité France-Brésil, qui a produit certaines des plus belles pages de l’histoire du football (la finale de 1998, le quart de finale de 2006), a offert un nouveau chapitre jeudi soir. Moins grandiose, certes, mais riche d’enseignements pour un groupe qui se cherche encore, à moins de trois mois du coup d’envoi.

La France retrouve la Colombie dimanche à Orlando, deuxième étape de cette tournée américaine. La liste définitive pour le Mondial 2026 sera communiquée fin mai, et les performances des prochaines semaines pèseront lourd dans les choix de Deschamps. Akliouche et Kalulu, entrés en fin de match contre le Brésil, auront leur chance de convaincre.