Treize fichiers. Treize documents volatilisés du site du ministère américain de la Justice, sans explication, en plein week-end. Parmi eux, une photo où l’on voit Donald Trump aux côtés de Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell. Les démocrates ont bondi. Et la question qui brûle reste la même : qui protège qui dans cette affaire tentaculaire ?

Des documents qui disparaissent, puis réapparaissent

Quand le Congrès a voté une loi obligeant le ministère de la Justice (DOJ) à publier l’intégralité des fichiers Epstein, personne ne s’attendait à ce que certains soient retirés discrètement après leur mise en ligne. C’est pourtant ce qui s’est passé fin décembre 2025, rapporte la BBC : au moins treize fichiers ont disparu du site gouvernemental sans la moindre justification officielle.

Le procureur général adjoint Todd Blanche a fini par réagir, qualifiant de « risible » l’idée que le retrait visait à protéger le président. La photo montrant Trump a été remise en ligne après le tollé. Mais les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre ne lâchent pas le morceau. « Qu’est-ce qu’on nous cache d’autre ? », ont-ils lancé sur les réseaux sociaux, selon le Guardian.

Les victimes prises en étau

Le DOJ a invoqué la protection des victimes pour justifier ces retraits. Et sur ce point, le dossier est accablant. Lors de la publication massive de trois millions de documents début février, des noms et des photos non expurgés de victimes se sont retrouvés en ligne, selon la BBC et CBS News. Des adresses e-mail, des images intimes. « La violation la plus grave de la vie privée des victimes en une seule journée dans l’histoire des États-Unis », ont écrit les avocats des plaignantes au juge fédéral Richard Berman.

Le juge a ordonné un réexamen des documents. Le DOJ a retiré les fichiers signalés, promis de corriger ses erreurs « techniques ou humaines ». Mais le mal était fait. Une survivante a confié à la BBC avoir reçu des menaces de mort après la publication de ses coordonnées bancaires.

Les noms qui tombent, un par un

Pendant que Washington se déchire sur la transparence, les fichiers Epstein continuent de faire des victimes collatérales dans les cercles du pouvoir. Howard Lutnick, secrétaire au Commerce de Trump, a dû admettre devant le Congrès avoir déjeuné sur l’île privée d’Epstein en 2012 avec sa famille. Lui qui jurait avoir coupé les ponts en 2005, rapporte la BBC. Sultan Ahmed bin Sulayem, patron du géant portuaire DP World basé à Dubaï, a quitté ses fonctions après la révélation de centaines d’e-mails échangés avec Epstein sur une décennie, toujours selon la BBC.

Et ce jeudi 26 février, c’est Borge Brende, le patron du Forum économique mondial de Davos, qui a annoncé sa démission. L’ancien ministre norvégien des Affaires étrangères avait reconnu trois dîners avec Epstein en 2018 et 2019, révélés par Le Monde début février. Une enquête interne avait été ouverte. Brende assure qu’il ignorait tout du passé criminel d’Epstein. « Je suis convaincu que le Forum peut désormais poursuivre son important travail sans distraction », a-t-il déclaré, selon France Info.

Et maintenant ?

Les Clinton doivent témoigner devant la commission de surveillance de la Chambre. Larry Summers quitte Harvard. Bill Gates s’excuse auprès de sa fondation. La liste s’allonge, semaine après semaine.

Reste une question que posent désormais plusieurs élus américains, républicains comme démocrates : pourquoi, malgré des millions de documents publiés, personne n’a encore été poursuivi pour les crimes révélés dans ces fichiers ?