Lundi 23 février 2026, des officiers en civil de Scotland Yard ont embarqué Lord Mandelson depuis son domicile de Camden, au nord de Londres. 72 ans, ex-ministre, ex-ambassadeur. Direction le poste de police. À 02h00 du matin (heure de Paris), la BBC le filmait rentrer chez lui, libéré sous caution.
La police métropolitaine a confirmé qu’un homme de 72 ans était placé en liberté provisoire, l’enquête se poursuivant. L’intéressé est soupçonné de misconduct in public office, littéralement manquement grave à ses obligations de fonctionnaire.
Des informations qui valent de l’or
Le reproche qui lui est fait remonte à son passage au gouvernement, sous Gordon Brown. Selon des documents publiés le mois dernier par le département américain de la Justice, Lord Mandelson aurait transmis à Jeffrey Epstein des informations sensibles sur des décisions gouvernementales, avant même qu’elles soient annoncées publiquement.
Un email de 2009, rendu public par le DOJ, semble montrer qu’il a communiqué à Epstein une évaluation d’un conseiller du Premier ministre sur des mesures économiques, dont un plan de cessions d’actifs publics. En 2010, il aurait aussi discuté par écrit d’une taxe sur les bonus des banquiers et, détail frappant, confirmé un plan de renflouement de la zone euro la veille de son annonce officielle. Ce genre d’information, avant divulgation, vaut une fortune sur les marchés financiers.
Les perquisitions qui ont précédé l’arrestation ont visé deux adresses : l’une dans le Wiltshire, l’autre à Camden.
Le Premier ministre dans l’embarras
L’affaire est d’autant plus délicate que c’est Keir Starmer lui-même qui avait nommé Lord Mandelson ambassadeur britannique à Washington, en février 2025. Une nomination qui avait déjà suscité des questions au regard des liens connus entre Mandelson et Epstein. Le Premier ministre avait finalement limogé Mandelson en septembre 2025, après que de nouvelles informations sur la profondeur de leur relation avaient émergé.
Depuis, Starmer affirme publiquement que son ex-ambassadeur lui avait menti lors du processus de vetting. Le gouvernement britannique prévoit de publier les premiers documents relatifs à cette nomination début mars.
La chef de file des conservateurs, Kemi Badenoch, n’a pas mâché ses mots. Regarder l’homme nommé à notre plus haute fonction diplomatique se faire arrêter par la police est une image qui va marquer les esprits pour longtemps.
Transparence et justice
La famille de Virginia Giuffre, qui avait mis en cause l’ex-prince Andrew dans ses accusations contre Epstein, a salué l’arrestation. Ses proches ont salué les autorités britanniques pour avoir agi avec sérieux, en soulignant le contraste avec l’inaction aux États-Unis.
Selon la BBC, Lord Mandelson n’aurait pas agi pour des raisons de gain financier personnel. Son entourage affirme qu’il n’a commis aucun acte criminel.
Les consultations entre la police métropolitaine et le Crown Prosecution Service, l’équivalent du parquet, sont en cours. Des élus américains avaient, de leur côté, déjà réclamé que Mandelson réponde à leurs questions dans le cadre d’une enquête du Congrès sur les réseaux d’Epstein.
Ce n’est pas la première personnalité britannique rattrapée par cette affaire. L’ex-prince Andrew, frère du roi Charles III, avait été arrêté quelques jours plus tôt, le 19 février, dans sa résidence de Sandringham.
Sources : BBC News, Metropolitan Police