Le scrutin le plus attendu de la semaine se joue cet après-midi au Palais Bourbon. Après plus de huit jours de débats, les députés se prononcent sur la proposition de loi créant un droit à l aide à mourir en France. Un vote solennel, serré, et chargé d émotion.
Un amendement qui a tout fait basculer
Le texte prévoyait à l origine que la personne malade s administre elle-même la substance létale. Mais lundi soir, les députés ont adopté un amendement porté par la gauche : désormais, le patient pourrait aussi confier ce geste à un soignant. Pour une partie de l hémicycle, c est une ligne rouge.
« J ai eu l honneur de diriger ces travaux lorsque j étais ministre et en arriver à me poser la question de savoir si je vote ou pas ce texte me fend le cœur », a lâché mercredi sur France Inter Agnès Firmin-Le Bodo, ex-ministre de la Santé et députée Horizons. Celle qui avait piloté les premières consultations ne cache plus son malaise. « Notre modèle français, c était un chemin de crête, et ce chemin de crête a été rompu », regrette-t-elle, rapporte Franceinfo.
Cinq conditions, deux textes
Concrètement, l aide à mourir resterait encadrée par cinq conditions cumulatives. Le patient doit être majeur, atteint d une maladie grave et incurable, souffrir de douleurs réfractaires ou jugées insupportables, et formuler une demande libre et éclairée, rappelle LCP Assemblée nationale. Les députés ont confirmé ces critères mardi lors de l examen du texte.
La proposition de loi sur l aide à mourir est couplée à un second texte, plus consensuel, portant sur le développement des soins palliatifs. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a d ailleurs présenté mardi un bilan de la « stratégie décennale » lancée en mars 2024 par Emmanuel Macron, selon Le Monde. L objectif affiché : garantir que tout malade demandant l aide à mourir puisse se voir proposer un accompagnement palliatif.
Le bloc central fracturé
C est là que le vote devient imprévisible. Le sujet transcende les clivages habituels. La gauche a globalement poussé pour élargir le texte, la droite est plus divisée, et le bloc central explose. Des députés Renaissance, Horizons ou MoDem annoncent qu ils voteront contre ou s abstiendront après l adoption de l amendement sur l administration par un tiers.
Résultat : impossible de prédire l issue du scrutin. Les comptages officieux oscillent entre adoption de justesse et rejet, selon Radio France. Chaque voix comptera.
Et après ?
Même si le texte passe l étape de l Assemblée, il devra encore être examiné par le Sénat, où la majorité de droite pourrait le réécrire en profondeur. Le parcours législatif est loin d être terminé. Mais le symbole est déjà là : pour la première fois, les députés français se prononcent sur la création d un droit à l aide à mourir. Quel que soit le résultat du vote, le débat a changé de dimension.