Des colonnes de fumée au-dessus de Téhéran. Des sirènes d’alerte à Tel-Aviv. Des explosions signalées jusqu’en Arabie saoudite, au Qatar, au Koweït et à Bahreïn. Ce samedi 28 février 2026, à partir de 09h30 heure de Téhéran, les États-Unis et Israël ont lancé ce que Donald Trump a qualifié d’«opérations de combat majeures» contre l’Iran. La riposte iranienne a suivi dans l’heure.
Téhéran pilonnée de 07h30 à Ispahan
Tout commence dans la nuit du vendredi au samedi. Israël annonce le premier avoir lancé une frappe dite «préventive» contre l’Iran. Des images diffusées par les médias iraniens montrent rapidement des panaches de fumée s’élevant au-dessus du quartier de Jomhouri et de la place Hassan Abad, en plein centre de la capitale. D’autres explosions sont signalées dans le quartier résidentiel de Seyyed Khandan, au nord de Téhéran.
Selon l’agence de presse Fars, plusieurs missiles ont également frappé l’avenue de l’Université et les abords du quartier général des Gardiens de la révolution islamique, les pasdarans. L’Associated Press rapporte qu’une frappe s’est produite près du bureau du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. La télévision publique israélienne affirme que Khamenei lui-même aurait été ciblé. À 86 ans, ce dernier n’avait plus été vu en public depuis plusieurs jours.
Au-delà de Téhéran, Al Jazeera et la BBC confirment des explosions dans au moins six villes iraniennes: Ispahan, Qom, Karaj, Kermanshah, Tabriz et Ilam, ainsi que dans la province de Lorestan. L’espace aérien iranien a été fermé dès les premières frappes, selon l’agence Tasnim.
L’armada américaine, du jamais-vu depuis 2003
Derrière l’annonce israélienne, c’est une opération militaire américaine de grande ampleur qui se déroule. Le Figaro a chiffré le déploiement: 50 000 soldats, 200 avions de combat et deux porte-avions positionnés dans la région au cours des semaines précédentes. Le plus important dispositif américain au Moyen-Orient depuis la guerre en Irak de 2003.
L’armée américaine a officiellement baptisé l’opération «Fureur Épique». Donald Trump l’a annoncée lui-même dans une vidéo publiée sur Truth Social: «Il y a quelques instants, les forces armées américaines ont commencé des opérations de combat majeures en Iran. Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes du régime iranien.» Il a ajouté vouloir «détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles», et «annihiler leur marine».
Reuters cite un responsable américain confirmant qu’il s’agit d’une «opération de plusieurs jours». Trump a aussi appelé directement le peuple iranien à s’emparer du pouvoir: «Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations.» Benjamin Netanyahu a tenu un discours similaire, évoquant la nécessité de «supprimer une menace existentielle».
Les Gardiens de la révolution tirent sur Israël et Bahreïn
La réponse iranienne n’a pas tardé. L’armée israélienne a confirmé avoir détecté des missiles lancés depuis l’Iran en direction du nord d’Israël. Des explosions ont été entendues à Haïfa, sans que l’on sache à ce stade s’il s’agissait d’impacts ou d’interceptions par le Dôme de fer. Ebrahim Azizi, président de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, avait prévenu: «Nous vous avons avertis ! Vous vous êtes engagés sur un chemin dont la fin n’est plus entre vos mains.»
Plus loin dans la région, l’agence de presse bahreïnie rapporte que le centre de services de la 5e Flotte de la marine américaine, basée à Bahreïn, a été visé par un missile iranien. Le Monde confirme des explosions signalées en Arabie saoudite, au Qatar, à Abou Dhabi et au Koweït. L’ensemble de la région du Golfe est en état d’alerte maximum.
Israël a de son côté déclaré «un état d’urgence spécial et permanent» sur l’ensemble de son territoire. Les Israéliens ont reçu pour consigne d’éviter les rassemblements, les écoles et le travail non essentiel jusqu’au lundi 20 heures. L’espace aérien israélien est fermé aux vols civils.
Le risque nucléaire, en toile de fond de chaque frappe
Officiellement, Washington justifie ces frappes en partie par l’obsession de Trump d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique. Le dirigeant américain a martelé: «Nous veillerons à ce que l’Iran n’obtienne pas d’arme nucléaire», ignorant les démentis répétés de Téhéran sur ses intentions militaires.
Ce qui rend la situation particulièrement explosive, c’est le moment choisi. Le ministre des Affaires étrangères d’Oman avait déclaré, quelques heures avant les frappes, que la paix était «à portée de main» et que les négociations indirectes entre Washington et Téhéran avaient «réellement progressé, de manière substantielle». L’Iran aurait accepté de ne pas constituer de réserve de matières nucléaires. Ces frappes ont interrompu un processus diplomatique qui semblait avancer.
Al Jazeera souligne que cette opération intervient huit mois après une première guerre de douze jours menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran. L’escalade est donc réelle: chaque offensive élargit le rayon des cibles, des frappes et des ripostes.
Paris protège ses ressortissants, les compagnies clouées au sol
En France, le ministère des Armées a précisé que «la priorité est la protection de nos ressortissants» et demandé aux Français présents dans la région de suivre strictement les consignes de l’ambassade de France en Iran. Le Quai d’Orsay n’a pas encore pris position publiquement sur les opérations militaires elles-mêmes.
Les compagnies aériennes ont réagi immédiatement. Air France a annulé ses vols prévus le 28 février à destination de Tel-Aviv et de Beyrouth. Lufthansa suspend ses liaisons vers Dubaï, Beyrouth et Amman. Turkish Airlines a également annulé plusieurs vols vers la zone, selon Le Figaro. Les marchés pétroliers, dont les cours dépendent directement de la stabilité du détroit d’Ormuz par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, ouvraient en forte hausse à l’heure où ces lignes étaient écrites.
Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait se réunir en urgence dans les prochaines heures. La Chine et la Russie, qui ont maintenu des relations économiques et diplomatiques étroites avec Téhéran, pourraient exercer leur droit de veto contre toute résolution américaine ou européenne. La Russie, dont les forces sont engagées en Ukraine depuis plus de quatre ans, suit l’opération de près, consciente que le précédent d’une offensive préventive contre un État souverain dépasse largement le seul cas iranien.