1er avril 1976. Dans un garage de Los Altos, en Californie, deux ingénieurs et un homme d’affaires signent un contrat de société. Steve Jobs a 21 ans, Steve Wozniak 25, Ronald Wayne 41. Le capital de départ tient dans une poignée de dollars. Cinquante ans plus tard, leur création vaut 3 700 milliards de dollars et dicte les usages quotidiens de 2,2 milliards de personnes. Apple fête son demi-siècle le 1er avril 2026, et les festivités ont déjà commencé.
Du bord de la faillite au sommet du monde
Le parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. En 1997, Apple frôle la disparition. Steve Jobs, licencié onze ans plus tôt par son propre conseil d’administration, revient aux commandes via le rachat de NeXT. L’entreprise emploie alors moins de personnel qu’aujourd’hui ne compte son campus de Cupertino. En interview pour CBS News, Tim Cook se souvient de son arrivée en 1998 : « Il avait une vision qui était si unique à l’époque. Il voulait viser le marché des particuliers. Tous les autres ciblaient les entreprises. » Cook quitte alors Compaq, premier fabricant mondial de PC, pour rejoindre un navire que tout le monde croit en train de couler.
La suite appartient à l’histoire industrielle. L’iMac en 1998, l’iPod en 2001, l’iPhone en 2007, l’iPad en 2010. Chaque lancement redessine un marché entier. Selon les données compilées par le journaliste David Pogue dans son livre Apple: The First 50 Years (608 pages, plus de 150 témoignages), la capitalisation boursière passe de 2 milliards de dollars à l’arrivée de Cook à plus de 3 700 milliards aujourd’hui. L’action a grimpé de 1 600 % depuis sa prise de fonction, rapporte Futura-Sciences.
Neuf produits en un mois, le feu d’artifice du cinquantenaire
Pour marquer le coup, Apple a choisi de frapper fort en mars. Neuf produits lancés en quatre semaines : iPhone 17e, deux iPad Air M4, deux MacBook Air M5, un MacBook Pro avec puces M5 Pro et M5 Max, deux écrans Studio Display, des AirPods Max 2 et des Powerbeats Pro 2 en collaboration avec Nike. Le tout couronné par une surprise que personne n’attendait : le MacBook Neo, un ordinateur portable à 599 dollars. Tom’s Hardware l’a qualifié de « révolution dans le segment abordable ». Un signal clair : Apple ne veut plus être réservé aux portefeuilles épais.
Le détail qui n’a pas échappé aux observateurs, c’est la personne qui a présenté le Neo sur scène. Pas Tim Cook, mais John Ternus, responsable du matériel informatique. Selon Bloomberg, Ternus est le favori pour succéder à Cook à la tête de l’entreprise.
Alicia Keys sur les marches de Grand Central
Le 13 mars, l’Apple Store de Grand Central à New York s’est transformé en salle de concert. Alicia Keys, dix-sept Grammy Awards au compteur, a donné un set improvisé sur les marches emblématiques du magasin, filmé à l’iPhone 17 Pro. Tim Cook, Greg Joswiak (directeur marketing), Deirdre O’Brien (directrice du commerce) et John Ternus étaient tous présents. Un rassemblement public de l’état-major au grand complet, fait rarissime chez Apple.
Les célébrations ont ensuite traversé les fuseaux horaires. À Chengdu, la chanteuse Chris Lee a performé à l’Apple Taikoo Li. À Séoul, le groupe de K-pop Cortis a investi l’Apple Myeongdong. Le patineur artistique Elladj Baldé s’est produit à Vancouver le 26 mars. Des événements ont été confirmés à Londres, en France et en Thaïlande. Apple a aussi lancé un compte « Hello Apple » sur Instagram, un virage inhabituel pour une entreprise historiquement allergique aux réseaux sociaux conversationnels.
Le conseil de Steve Jobs que Cook n’a jamais oublié
Dans l’entretien accordé à CBS News, Tim Cook a levé le voile sur un moment intime. Vers la fin de sa vie, Steve Jobs lui confie qu’il veut que Cook prenne sa place et lui glisse un conseil : « Ne demande jamais ce que je ferais, fais simplement ce qu’il faut. » Jobs redoutait le syndrome Disney, cette paralysie qui avait frappé l’empire de Mickey pendant des décennies, ses dirigeants tentant de deviner ce que Walt aurait décidé. Il voulait aussi que la transition se fasse dans le calme, pour la première fois dans l’histoire mouvementée de la direction d’Apple.
Cook a manifestement suivi le conseil. Sous sa direction, Apple a triplé de taille, a lancé l’Apple Watch, les AirPods et l’Apple Vision Pro, et a transformé les services (App Store, Apple Music, Apple Pay, iCloud, Apple TV+) en machine à revenus récurrents. Ces services représentent désormais plus d’un quart du chiffre d’affaires total, contre moins de 10 % en 2015.
Ce qui vacille derrière la vitrine
Le tableau n’est pas sans zones d’ombre. Le projet Apple Car, abandonné en 2024 après dix ans de développement et des milliards engloutis, reste le plus gros échec industriel de l’ère Cook. Apple Intelligence, la stratégie d’intelligence artificielle embarquée, peine à convaincre face à Google Gemini et ChatGPT. Et la question de la dépendance à l’iPhone (qui génère encore près de la moitié des revenus) hante les analystes financiers depuis une décennie.
Surtout, l’entreprise traverse une hémorragie de cadres dirigeants. Jeff Williams, chef des opérations et longtemps pressenti comme successeur de Cook, Lisa Jackson (environnement), Kate Adams (direction juridique), John Giannandrea (intelligence artificielle) et Alan Dye (design en chef) ont tous annoncé leur départ récemment, selon Futura-Sciences. Le Financial Times rapportait en novembre dernier que Cook lui-même pourrait quitter l’entreprise dès cette année. Interrogé sur sa retraite lors d’un passage sur Good Morning America le 17 mars, Cook a répondu : « Je ne peux pas imaginer ma vie sans Apple. »
Le grand rendez-vous du 1er avril
La fête d’anniversaire principale est prévue le 1er avril à Apple Park, le campus en forme d’anneau à Cupertino, bâtiment à 5 milliards de dollars que Steve Jobs a conçu pendant ses dernières années. Le terrain où il se dresse est celui où Jobs avait effectué un stage adolescent. Mark Gurman, de Bloomberg, rapporte que John Ternus sera « au centre de la scène » lors de cet événement. Le format exact (ouvert au public, réservé aux employés, diffusé en ligne) n’a pas été précisé.
Les regards se tournent aussi vers la suite. Les rapports de la chaîne d’approvisionnement indiquent que la production de masse des écrans OLED pour un iPhone pliable devrait démarrer en mai 2026. Si Apple confirme ce lancement, le cinquantenaire ne serait pas seulement une commémoration, mais le point de départ d’une nouvelle ère pour l’entreprise la plus valorisée du monde. Et un pied de nez supplémentaire au destin : Apple est née un 1er avril. Cinquante ans plus tard, personne ne rit.