Cinq plaies par arme blanche sur le grand-père, six sur la grand-mère, dont deux mortelles au thorax. Les corps d’un couple de septuagénaires gisaient sous une bâche dans leur propre cave, à Villers-Semeuse, près de Charleville-Mézières. Leur petite-fille de 16 ans et son petit ami de 15 ans ont avoué les faits.
Le procureur de la République de Reims, François Schneider, a détaillé jeudi 2 avril les résultats des gardes à vue et des autopsies. La qualification pénale a basculé : ce n’est plus un meurtre, c’est un assassinat. Avec préméditation, planification, et deux adolescents qui, selon le magistrat, n’ont montré « aucune émotion » face aux enquêteurs.
Quinze jours de préparation pour tuer ses propres grands-parents
Le projet remontait à « au moins quinze jours », selon les déclarations des deux adolescents rapportées par le procureur. La jeune fille vivait chez ses grands-parents, âgés de 71 et 74 ans, qui en avaient la garde depuis plusieurs années. Sa mère n’a plus la garde de ses deux enfants, la petite sœur étant placée en foyer.
Le couple s’opposait à la relation amoureuse de l’adolescente. L’interdiction a nourri le ressentiment. En garde à vue, la jeune fille a confié que sa grand-mère lui « aurait mis des gifles » à cause de cette relation, qui durait depuis quelques mois. Le passage à l’acte, selon le récit reconstitué par les enquêteurs, ne relevait pas du hasard.
Une intrusion clandestine, puis l’engrenage fatal
Le petit ami est entré dans le pavillon au cours du week-end, sans que les grands-parents ne le repèrent. Il s’est installé dans la chambre de l’adolescente. Lundi 31 mars au matin, vers 9 heures, la grand-mère a découvert le garçon. Elle s’est mise en colère.
C’est la petite-fille qui a porté les deux premiers coups de couteau sur sa grand-mère. Le grand-père, alerté par les cris, est accouru. Le jeune homme lui a alors porté un coup de couteau au thorax. Les autopsies, pratiquées mercredi, ont établi que les deux victimes étaient mortes d’hémorragies causées par les plaies au thorax. La grand-mère présentait aussi des traces de choc au visage.
Des voisins ont rapporté aux enquêteurs avoir entendu un cri lundi matin, aux alentours de 9 heures, en provenance de la maison. Personne n’a appelé les secours.
Les corps cachés dans la cave, la machine à laver en marche
Après les faits, les deux adolescents ont déplacé les corps au sous-sol. Les enquêteurs ont retrouvé les victimes dans la cave, parmi « un amas d’objets divers d’où dépassaient une jambe et un pied », selon les termes du procureur. Du sang maculait l’étage, les traces se raréfiaient au rez-de-chaussée. Le tambour de la machine à laver contenait lui aussi du sang : les suspects ont tenté de nettoyer les draps et leurs vêtements.
Dans l’évier de la cuisine, les policiers ont récupéré un couteau à la lame de 21 centimètres, nettoyé. Le médecin légiste estime que cette lame pourrait correspondre à l’arme du crime. Les volets du pavillon ont été fermés en pleine journée, un détail qui a rapidement intrigué le voisinage.
Un iPhone 17 acheté avec l’argent des victimes
Le mobile, selon le procureur, était « opportuniste » mais « pas crapuleux » : le couple voulait avant tout « rester ensemble ». Les adolescents ont néanmoins dérobé entre 3 000 et 4 000 euros en espèces au domicile des victimes. Avec cet argent, ils se sont rendus dans un hypermarché Leclerc de Sedan pour acheter des smartphones haut de gamme, selon France 3 Champagne-Ardenne. La vidéosurveillance du magasin fait partie des pièces du dossier.
Les deux suspects ont été interpellés mardi après-midi dans une friche industrielle à Sedan, grâce à un renseignement transmis par un tiers. Ils se cachaient dans une cabane de la friche Mory, entre Sedan et Wadelincourt.
« Froideur générale et absence d’émotion »
François Schneider a choisi ses mots. Les enquêteurs et les magistrats qui ont auditionné les deux mineurs « ont été frappés par leur absence complète d’émotion et leur froideur générale, hormis quelques pleurs ». Le procureur a souligné « un manque complet d’affects ».
La jeune fille n’était pas connue de la justice. Son petit ami, en revanche, est déjà poursuivi pour violences avec arme et devait comparaitre en avril. Au lycée Jean-Baptiste Clément de Sedan, où l’adolescente était scolarisée, rien ne laissait présager ce basculement. Le maire de Villers-Semeuse, Jérémy Dupuy, a décrit les victimes comme des « retraités très actifs », impliqués dans le tissu associatif local, « notamment à but social ». « Il n’y a jamais eu ni débordement ni problématique quelconque en lien avec la petite-fille », a assuré l’élu.
Détention provisoire requise, un dossier sous le code pénal des mineurs
Les deux adolescents ont été présentés jeudi après-midi à un juge d’instruction en vue de leur mise en examen pour assassinat. Le parquet a requis le placement en détention provisoire : en maison d’arrêt pour le garçon, en établissement pour mineurs pour la jeune fille.
La procédure s’inscrit dans le cadre du Code de la justice pénale des mineurs, entré en vigueur en septembre 2021. Ce texte prévoit une présomption de non-discernement pour les moins de 13 ans, mais aucune immunité pour les 15-16 ans. Selon les chiffres du ministère de la Justice, le nombre de mineurs poursuivis pour des infractions pénales a baissé de 25 % depuis 2016, mais les actes les plus violents, très minoritaires, progressent, comme le relevait Le Monde en mars 2025.
Le drame a provoqué une onde de choc dans cette commune de 4 000 habitants, aux portes de Charleville-Mézières. L’enquête du pôle criminel de Reims, qui a repris le dossier le 1er avril, se poursuit pour préciser les circonstances exactes des faits. La prochaine échéance judiciaire dépendra de l’instruction.