Vingt-six pays membres, 5 milliards de dollars promis, et une Europe qui regarde de loin. Le Board of Peace, l’instance internationale créée par Donald Trump, tient sa toute première réunion jeudi 19 février à Washington. Sur la table : la reconstruction de Gaza. En coulisses, les critiques fusent.

Gaza d’abord, le monde ensuite

L’ordre du jour de cette réunion inaugurale tourne autour d’un seul dossier : la bande de Gaza. Selon Al Jazeera, les pays membres devraient annoncer 5 milliards de dollars de promesses de dons pour la reconstruction et l’aide humanitaire. Le Board prévoit aussi de détailler les contours d’une force internationale de stabilisation, chargée de maintenir l’ordre sur place.

Sauf que le projet ne s’arrête pas là. Trump l’a écrit sur Truth Social : le Board of Peace « présentera une vision audacieuse pour les civils de Gaza, puis, bien au-delà de Gaza, LA PAIX MONDIALE ». Rien que ça.

Le directeur de l’organe exécutif pour Gaza, le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, tempère. Sur CNN, il a rappelé qu’aucun pays « ne mettra la main au pot tant qu’il n’y aura pas de nouvelle structure de gouvernement à Gaza et un désarmement sur le terrain ». Les milliards restent virtuels pour l’instant.

L’Europe divisée, la France absente

C’est le point qui fait grincer des dents. Sur les 26 membres du Board of Peace, deux seulement viennent de l’Union européenne : la Hongrie de Viktor Orban, allié proche de Trump, et la Bulgarie, dont l’adhésion a provoqué une polémique interne (le premier ministre sortant ayant signé sans consulter le parlement, rapporte le Sofia Globe).

La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne ont tous décliné l’invitation. Même le pape a refusé son siège, estimant que les crises devraient être gérées par les Nations unies. L’UE envoie tout de même une observatrice, la commissaire Dubravka Suica. L’Italie, la Grèce, la Roumanie et Chypre font de même, sans pour autant adhérer.

Ce qui bloque ? La charte du Board donne à Trump un droit de veto exclusif sur les décisions, selon le site Axios. Et le président américain resterait à la tête de l’instance même après la fin de son mandat. Difficile d’y voir autre chose qu’un outil taillé sur mesure.

Un « ONU bis » ? Le débat est lancé

Trump lui-même a alimenté la comparaison. « Le Board of Peace pourrait remplacer les Nations unies », a-t-il déclaré en janvier. « L’ONU ne m’a jamais aidé », a-t-il ajouté. L’European Council on Foreign Relations parle d’un « projet descendant pour asseoir le contrôle de Trump sur les affaires mondiales ».

Du côté des membres, on trouve un mélange éclectique : Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Kazakhstan, l’Indonésie, le Pakistan, l’Albanie, le Kosovo. Des pays du Moyen-Orient qui assurent agir « par pragmatisme » pour Gaza, selon Al Jazeera. Mais une analyste de l’International Crisis Group nuance : « C’est surtout une question de ne pas froisser quelqu’un d’aussi imprévisible que Trump. »

Reste une question ouverte. Avec un budget basé sur des promesses, une charte contestée et la moitié des alliés occidentaux qui boudent, le Board of Peace peut-il peser face à l’ONU ? Ou finira-t-il comme un club diplomatique de plus, sans résultat concret sur le terrain ?