Quatre César pour Nouvelle Vague, trois pour L’Attachement, un discours en français de Jim Carrey et une salle debout pour Golshifteh Farahani. La 51e cérémonie des César, jeudi 26 février à l’Olympia, restera comme l’une des plus politiques et émouvantes de la décennie.

La soirée, présentée par Benjamin Lavernhe et présidée par Camille Cottin, a couronné L’Attachement de Carine Tardieu meilleur film. Nouvelle Vague, l’hommage de Richard Linklater à Jean-Luc Godard, repart avec quatre statuettes dont celle de la meilleure réalisation. Léa Drucker (Dossier 137) et Laurent Lafitte (La Femme la plus riche du monde) décrochent les César d’interprétation. Franck Dubosc, à 62 ans, reçoit son tout premier César pour le scénario original d’Un ours dans le Jura, rapporte franceinfo.

Mais au-delà du palmarès, c’est la charge politique de la soirée qui a marqué les esprits.

Benjamin Lavernhe ouvre le feu en version The Mask

Le maître de cérémonie a choisi de lancer la soirée en revisitant The Mask de Jim Carrey. Maquillé en vert, Benjamin Lavernhe a enchaîné une chorégraphie survoltée sur la scène de l’Olympia, alternant effets spéciaux et piques à destination des nommés. Le véritable masque du film, habituellement exposé au Musée du cinéma de Lyon, avait été apporté pour l’occasion. Jim Carrey, assis au premier rang, affichait un sourire jusqu’aux oreilles, rapporte France Télévisions.

L’acteur canado-américain de 64 ans a ensuite reçu un César d’honneur des mains de Michel Gondry, qui l’avait dirigé dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Surprise : Jim Carrey a prononcé l’intégralité de son discours en français. « Quelle chance j’ai eue de partager cet art avec tant de personnes », a-t-il déclaré, avant de conclure avec un clin d’oeil : « Comment était mon français ? Presque médiocre, non ? » La salle a ovationné, selon franceinfo.

Golshifteh Farahani fait trembler la salle pour l’Iran

Le moment le plus intense est venu de Golshifteh Farahani. Montée sur scène pour remettre le prix du meilleur scénario, l’actrice franco-iranienne a transformé son passage en tribune pour le peuple iranien. « Tout mon coeur est ailleurs, dans un pays dont les étoiles ont été réduites en poussière, en sang ou forcées au silence », a-t-elle lancé, la voix serrée.

L’actrice a évoqué la répression meurtrière des manifestations en Iran. « Le régime a tué des dizaines de milliers de personnes de la manière la plus brutale. C’est un cycle qui se répète depuis des années », a-t-elle poursuivi. « Le peuple iranien se bat depuis des décennies pour sa liberté, les mains vides, souvent seul. Je le sais, il finira par gagner. » La séquence, relayée par Canal+ sur les réseaux sociaux, a été visionnée plusieurs millions de fois en quelques heures, indique franceinfo.

Pierre Lottin, révélation masculine pour son rôle dans Dossier 137, a prolongé cet élan en rendant hommage à l’Iran, à Gaza et à l’Ukraine dans son discours de remerciement.

Catherine Pégard, baptême du feu à la Culture

Catherine Pégard, nommée ministre de la Culture quelques heures avant la cérémonie en remplacement de Rachida Dati, a assisté à sa première soirée officielle. L’accueil a été direct.

Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey depuis trente ans, l’a interpellée sur la menace de l’intelligence artificielle dans le secteur du doublage. « 85 % du public français ne regarde que de la version française », a rappelé le comédien. « Des acteurs aussi incroyables que Jim Carrey doivent être doublés par de vrais comédiens, pas par de l’intelligence artificielle, mais par des voix humaines, des émotions humaines pour un public humain. Il faut légiférer pour protéger les artistes et le public, plutôt que les intérêts des géants de la tech. »

Alison Wheeler a enfoncé le clou avec une vanne ciselée : « Dites donc, Catherine, vous en avez pas marre de sacrifier la culture sur l’autel du capitalisme le plus rance, alors que vous êtes nommée depuis deux heures ? » Le trait a déclenché une salve de rires dans la salle, rapporte France Télévisions.

Isabelle Adjani demande aux hommes de se lever

Avant de remettre le César du meilleur acteur à Laurent Lafitte, Isabelle Adjani a pris la parole pour les femmes victimes de violences. « Tous les hommes dans la salle, faites du bruit, levez-vous pour les femmes victimes de violences », a-t-elle lancé. « Vous vous levez aussi pour les femmes iraniennes, pour les femmes afghanes. » L’Olympia entier s’est levé dans un tonnerre d’applaudissements, selon franceinfo.

La séquence a fait écho au discours de Farahani plus tôt dans la soirée, donnant à cette 51e édition une dimension militante que les César n’avaient plus connue avec autant d’intensité depuis la cérémonie de 2020, marquée par les prises de parole sur les violences policières et le mouvement MeToo.

Linklater et Tardieu se partagent les honneurs

Côté palmarès, deux films dominent. Nouvelle Vague, tourné en partie en France, raconte l’effervescence de la Nouvelle Vague cinématographique des années 1960 à travers les yeux d’un jeune réalisateur américain fasciné par Godard. Le film cumule quatre César : meilleure réalisation, meilleure photographie, meilleurs décors et meilleur son. Richard Linklater, réalisateur texan de 65 ans connu pour la trilogie Before Sunrise, signe avec ce film son premier César.

L’Attachement de Carine Tardieu, porté par Pio Marmaï et Valéria Bruni Tedeschi, repart avec le César du meilleur film, celui de la meilleure adaptation et celui des meilleurs costumes. Le film raconte la rencontre entre un père veuf et une libraire féministe.

Franck Dubosc, sacré meilleur scénario original pour Un ours dans le Jura, a savouré ce premier César à 62 ans. L’an dernier, il était monté sur la scène de l’Olympia pour se remettre un « Césario », parodiant avec humour son absence chronique des nominations. Cette fois, la statuette était vraie.

La prochaine grande échéance du cinéma français tombe le 13 mai, date d’ouverture du 79e Festival de Cannes, où plusieurs films primés aux César pourraient concourir pour la Palme d’or.