L’Espagne ferme son ciel, l’Italie verrouille sa base de Sicile, et Trump accuse Paris d’avoir bloqué ses avions. En trois jours, trois piliers de l’OTAN ont refusé de servir de relais logistique à la guerre contre l’Iran. Du jamais-vu depuis la création de l’Alliance en 1949.

Trump tire sur Paris, l’armée française dément

Mardi 31 mars, à 13h20 heure française, Donald Trump dégaine sur Truth Social. Le message est sans ambiguïté : « La France n’a pas autorisé les avions à destination d’Israël, chargés de matériel militaire, à survoler son territoire. » Il ajoute, en lettres capitales : « Elle s’est montrée TRÈS PEU COOPÉRATIVE face au boucher d’Iran. Les États-Unis s’en souviendront. »

Quelques heures plus tard, BFMTV publie un démenti de source militaire française. Paris n’a pas restreint le survol de son espace aérien aux appareils américains. Les conditions restent identiques pour les atterrissages : seuls les avions de transport logistique peuvent se poser, sur les bases d’Istres et d’Avord. L’AFP a sollicité les autorités françaises et américaines pour des précisions, sans obtenir de réponse dans l’immédiat.

Selon Reuters, la France aurait en revanche refusé un transfert précis d’armes. Le Figaro note que Paris « n’a pas annoncé officiellement ou publiquement d’interdiction de survol », à la différence de l’Espagne. L’Élysée reste silencieux.

Madrid, la première à claquer la porte

L’Espagne n’a pas attendu les menaces. Le 30 mars, la ministre de la Défense Margarita Robles tranche : « L’utilisation des bases américaines en Espagne n’est pas autorisée, et l’utilisation de l’espace aérien espagnol pour des actions en lien avec la guerre en Iran ne l’est pas non plus. » Mot pour mot, devant la presse.

Pedro Sánchez avait posé le cadre dès début mars, en interdisant l’usage des bases de Rota et Morón de la Frontera pour toute opération liée au conflit. Résultat concret : 15 avions ravitailleurs KC-135 américains stationnés en Espagne ont été redirigés vers des bases en France et en Allemagne, fin février. L’économiste Carlos Cuerpo résume la position de Madrid : « Cette décision fait partie du choix de ne pas participer ou contribuer à une guerre initiée unilatéralement et contre le droit international. »

Trump avait déjà répliqué en menaçant de couper les échanges commerciaux avec l’Espagne. Madrid n’a pas bronché.

L’Italie bloque Sigonella, base cruciale en Méditerranée

Troisième front : la Sicile. Selon le Washington Post, l’Italie a refusé dans les derniers jours des droits d’atterrissage à des avions militaires américains à la base de Sigonella, dans l’est de l’île, après avoir déterminé que leurs plans de vol étaient liés à l’effort de guerre en Iran. Reuters confirme l’information, reprise par le Guardian dans son fil en direct du 31 mars.

Sigonella n’est pas n’importe quelle installation. C’est le principal hub logistique américain en Méditerranée orientale, un point de passage obligé pour les opérations vers le Moyen-Orient. Son verrouillage complique sérieusement les lignes d’approvisionnement.

Berlin pose la ligne rouge doctrinale

L’Allemagne ne ferme pas son ciel, mais pose un verrou politique. Mi-mars, le chancelier Friedrich Merz a déclaré que la guerre en Iran « n’est pas une affaire pour l’OTAN ». Six mots qui enterrent toute possibilité d’invoquer l’article 5 ou de transformer le conflit en opération atlantique.

Bloomberg résume la situation : « Les alliés de l’OTAN de Donald Trump augmentent leur résistance. » Trois des cinq plus gros contributeurs européens à l’Alliance refusent désormais de servir de base arrière. Pour retrouver un tel niveau de dissidence intra-OTAN, il faut remonter à 2003 et au refus franco-allemand de suivre Washington en Irak, sous Chirac et Schröder.

Un bras de fer aux conséquences concrètes

Au-delà des déclarations, les refus européens posent un problème logistique réel. Les bombardiers B-2 et B-52 qui opèrent depuis l’Europe doivent allonger leurs trajectoires. Les avions ravitailleurs, privés de l’Espagne et potentiellement de l’Italie, perdent des points d’escale stratégiques. Le détroit d’Ormuz, que Trump a érigé en ligne rouge non négociable, reste partiellement bloqué. L’Indonésie, importateur net de pétrole, a annoncé le même jour un rationnement du carburant à 50 litres par véhicule et par jour, preuve que les conséquences économiques du conflit irradient jusqu’en Asie du Sud-Est.

Côté américain, la rhétorique monte. Trump a déjà menacé l’Espagne de sanctions commerciales. La France, jamais nommément sanctionnée jusqu’ici, vient d’entrer dans sa ligne de mire. L’Italie pourrait suivre. La question n’est plus de savoir si les Européens coopéreront, mais jusqu’où Trump est prêt à punir des alliés qui refusent de l’être.

L’OTAN face à sa crise existentielle

L’Alliance atlantique a survécu à la guerre froide, à la chute du mur, aux divisions sur l’Irak. Chaque crise a produit des tensions, jamais une fracture opérationnelle de cette ampleur. En 2003, la France et l’Allemagne avaient refusé d’envahir l’Irak, mais n’avaient pas fermé leurs espaces aériens. En 1966, De Gaulle avait quitté le commandement intégré, pas l’Alliance.

Cette fois, trois pays membres ferment simultanément leurs infrastructures militaires aux opérations américaines. Pas par défiance idéologique : par conviction que la guerre en Iran est, selon les mots de Sánchez, « profondément illégale et profondément injuste ». L’Allemagne, qui a doublé son budget militaire sous Merz, refuse pourtant de mettre un centime dans ce conflit.

Le secrétaire américain à la Défense a confirmé mardi que « les discussions avec l’Iran sont réelles et s’intensifient ». Mais Téhéran conditionne toute négociation à un cessez-le-feu préalable. Et pendant que la diplomatie piétine, le fossé transatlantique se creuse. Le prochain sommet de l’OTAN, prévu en juin à La Haye, s’annonce comme le plus explosif depuis la création de l’Alliance.