0,3 % d’inflation en janvier 2026. Le chiffre tombe, sec. Sauf qu’en faisant vos courses, vous avez plutôt l’impression que tout a doublé. Normal. Entre l’indice officiel et votre ticket de caisse, il y a un gouffre. On vous explique pourquoi.

Le fameux « panier de la ménagère » (qui n’a plus grand-chose d’une ménagère)

L’INSEE suit les prix de plus de 200 000 relevés chaque mois, dans environ 30 000 points de vente répartis sur tout le territoire. Le principe est simple sur le papier : on prend un panier de biens et services censé représenter ce que consomment les Français, et on regarde comment les prix bougent d’un mois à l’autre.

Ce panier contient à peu près tout. Alimentation, loyers, énergie, transports, vêtements, téléphonie, loisirs, santé. Chaque poste est pondéré selon sa part dans le budget moyen des ménages. L’alimentation pèse environ 16 %, le logement (hors achat immobilier) autour de 14 %, les transports 15 %. Ces pondérations sont recalculées chaque année pour coller aux habitudes de consommation.

En janvier 2026, l’IPC (indice des prix à la consommation) est passé à sa 9e génération, la base 2025. Un changement technique qui arrive tous les cinq à huit ans, histoire d’adapter la méthode aux nouvelles réalités. On n’achète plus la même chose qu’en 2015, et encore moins qu’en 1970.

200 000 prix relevés, mais lesquels ?

Concrètement, des enquêteurs de l’INSEE se rendent dans des magasins, des marchés, chez des prestataires de services. Ils notent les prix de produits précis, toujours les mêmes références d’un mois sur l’autre. Un paquet de pâtes Barilla 500g dans un Carrefour de Lyon en janvier, c’est le même paquet en février. Si le produit disparaît des rayons, ils le remplacent par un équivalent en ajustant pour la différence de qualité. C’est ce qu’on appelle le « raccordement qualité », et ça complique sérieusement les choses.

À ces relevés terrain s’ajoutent des données en ligne (sites marchands, comparateurs) et des flux de caisse transmis directement par certaines enseignes. La collecte s’est pas mal modernisée ces dix dernières années.

Pourquoi vous ne « sentez » pas le 0,3 %

C’est le nœud du problème. L’indice mesure une moyenne pondérée, pas VOTRE consommation personnelle. Si vous ne fumez pas, la baisse du tabac ne vous concerne pas. Si vous êtes locataire à Paris, la part logement dans votre budget explose par rapport à un propriétaire en province. Et si vous faites vos courses pour une famille de quatre, la hausse des produits alimentaires (+1,5 % sur un an début 2026) vous frappe bien plus fort que les 0,3 % globaux.

L’INSEE elle-même le reconnaît. Elle publie d’ailleurs un simulateur d’inflation personnalisée sur son site : vous entrez vos postes de dépenses, et vous obtenez votre propre taux. Spoiler, c’est souvent plus haut que le chiffre officiel.

Il y a un autre biais, purement psychologique celui-là. On retient les hausses. Le paquet de céréales qui passe de 3,20 à 3,80 euros, ça marque. La baisse du prix du gigaoctet de data mobile, beaucoup moins. Notre cerveau fait un calcul biaisé, orienté vers les mauvaises nouvelles. Les économistes appellent ça l' »inflation perçue », et en France, elle tourne historiquement 3 à 5 points au-dessus de l’inflation mesurée.

Le cas spécial de l’immobilier

Gros angle mort de l’IPC : l’achat immobilier n’est pas dedans. L’indice ne mesure que la consommation courante. Acheter un appartement, c’est considéré comme un investissement, pas une dépense de consommation. Du coup, quand les prix de l’immobilier grimpent de 20 % en dix ans dans les grandes villes, ça n’apparaît nulle part dans le chiffre d’inflation officiel. Les loyers, eux, sont comptés, mais leur pondération reste modeste.

C’est un débat récurrent chez les économistes. Eurostat planche sur un indice incluant les coûts d’acquisition des logements, l’IPCH-OOH. Mais il n’est pas encore intégré à l’indice principal.

Le saviez-vous ?

La première version de l’indice des prix date de 1914. À l’époque, il couvrait 34 articles dans la seule ville de Paris. Aujourd’hui, l’IPC suit plus de 1 100 familles de produits sur l’ensemble du territoire métropolitain et les DOM. Le panier s’est adapté au fil du temps : le Minitel en est sorti, les forfaits 5G y sont entrés.

Et ça sert à quoi, concrètement ?

Pas juste à alimenter les débats au comptoir. L’IPC hors tabac sert de référence pour indexer le SMIC (revalorisé automatiquement quand l’indice dépasse 2 % par rapport à la dernière revalorisation). Il sert aussi à réviser les pensions alimentaires, les rentes viagères, les baux commerciaux. Quand votre propriétaire augmente le loyer en se basant sur l’IRL (indice de référence des loyers), c’est un dérivé direct de l’IPC.

Bref, ce chiffre qui tombe chaque mois dans l’indifférence relative a des conséquences très concrètes sur le portefeuille de millions de Français. Que vous le « sentiez » ou non.