Soixante-dix morts en quarante-huit heures, des autoroutes bloquées par des bus en flammes, quatre matchs de liga annulés. Le Mexique, pays co-hôte de la Coupe du monde 2026, s’est réveillé cette semaine dans un bain de sang qui met la FIFA dans une position très inconfortable.

Guadalajara au cœur de la tempête

Tout part de lundi. L’armée mexicaine annonce avoir tué Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », patron du cartel Jalisco Nouvelle Génération, l’un des plus violents au monde. La riposte ne s’est pas fait attendre. Des membres présumés du cartel ont incendié des commerces et érigé des barricades de véhicules en feu dans plus d’une demi-douzaine d’États, rapporte l’Associated Press. Le bilan provisoire dépasse les 70 morts, selon Deutsche Welle. Le problème, c’est que Guadalajara, capitale de l’État du Jalisco, doit accueillir quatre matchs du Mondial cet été. Son stade Akron est même programmé pour des barrages dès le 26 mars, avec le Congo, la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie. Autant dire que le calendrier est serré.

Les gouvernements sortent les avis de voyage

L’Allemagne a été la première à réagir. Le ministère des Affaires étrangères a mis à jour ses conseils aux voyageurs pour le Mexique, déconseillant « urgemment » de se rendre dans les zones touchées et appelant ses ressortissants sur place à rester confinés chez eux. Christoph Ploss, coordinateur du tourisme du gouvernement allemand, a enfoncé le clou dans le quotidien Handelsblatt : « La FIFA doit travailler avec les gouvernements du Canada, des États-Unis et du Mexique pour garantir que les supporters ne soient pas mis en danger. » Plusieurs autres pays ont suivi en actualisant leurs propres recommandations.

La FIFA observe, le football mexicain souffre

Treize matchs sont prévus au Mexique, dont le prestigieux match d’ouverture à Mexico le 11 juin. Le gros du tournoi se joue aux États-Unis (78 rencontres), le Canada en accueille 13 aussi. Mais le symbole est fort : le coup d’envoi de la compétition est censé partir du Mexique. Côté FIFA, on joue la montre. « Nous suivons la situation de près au Jalisco et restons en communication constante avec les autorités », a déclaré un porte-parole à Reuters. Traduction : on attend de voir si ça se calme. Trois mois et demi avant le coup d’envoi, c’est encore jouable. Mais la fenêtre se réduit. Sur le terrain mexicain, les dégâts sont déjà concrets. Quatre matchs de première division (hommes et femmes) ont été reportés dimanche. Le tournoi WTA de Mérida, à l’est du pays, a pu se tenir normalement, mais la police a renforcé sa présence autour du site.

Les commerçants redoutent le pire

Maria Dolores Aguirre tient une épicerie à Tapalpa, dans l’État du Jalisco. « Le gouvernement va devoir déployer énormément de sécurité. Ça va avoir un impact, les gens vont y réfléchir à deux fois avant de venir », a-t-elle confié à l’Associated Press. Le tourisme fait vivre sa ville, comme beaucoup d’autres dans la région. Andreas Rettig, directeur général de la Fédération allemande de football, a réagi dans l’Augsburger Allgemeine : « Espérons que cette situation de quasi-guerre se calme rapidement et ne dégénère pas davantage. Mes pensées vont à tous les Mexicains qui subissent ces violences. » Reste une question que tout le monde se pose sans oser la formuler clairement : si la violence persiste, la FIFA peut-elle se permettre de maintenir les 13 matchs au Mexique ? Le match amical Mexique-Islande, prévu mercredi à Querétaro, servira de premier test grandeur nature.