En janvier, l’inflation avait pratiquement disparu des radars. Les chiffres de l’INSEE montraient une hausse des prix de seulement 0,3 % sur un an, un niveau qu’on n’avait plus vu depuis la belle époque d’avant la crise énergétique. Le répit aura duré exactement un mois. Ce vendredi 27 février, l’institut statistique a publié sa première estimation pour février 2026 : l’inflation grimpe à 1,0 %, soit plus du triple du mois précédent. Les prix alimentaires, eux, accélèrent à nouveau.
Le triple bond qui surprend les économistes
Le contraste est frappant. En janvier, les soldes avaient tiré les prix des vêtements et des chaussures vers le bas, et les tarifs de l’électricité profitaient encore d’un effet de base favorable. En février, ces deux effets se sont inversés d’un coup. La fin des soldes dans l’habillement a mécaniquement fait repartir les prix à la hausse. Côté énergie, c’est l’électricité qui joue un rôle central : en février 2025, les tarifs avaient fortement reculé en France, ce qui crée aujourd’hui un effet de base défavorable. Autrement dit, la baisse de l’an dernier rend la hausse de cette année plus visible statistiquement.
Sur un mois, la hausse atteint 0,7 % en février, après une baisse de 0,3 % en janvier. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui permet de comparer l’inflation française avec celle de ses voisins européens, affiche lui 1,1 % sur un an, contre 0,4 % en janvier. Selon l’INSEE, ce rebond s’expliquerait par la hausse saisonnière des prix dans les transports et la fin des soldes dans l’habillement et les chaussures. Ces mouvements étaient attendus. La surprise vient d’ailleurs : l’alimentation.
L’alimentation repart à la hausse, sans prévenir
Le secteur alimentaire accélère sur un an en février, confirme l’INSEE dans sa note du jour. Après des mois de décélération progressive depuis le pic historique de 2023, où les prix alimentaires avaient bondi de plus de 15 % en glissement annuel, la tendance semblait bien orientée. Mais plusieurs facteurs se conjuguent pour relancer les hausses.
Les négociations commerciales annuelles entre industriels et grande distribution, qui se sont achevées fin janvier 2026, ont débouché sur des relèvements de tarifs dans certaines catégories. Les marques nationales, en particulier, ont obtenu des hausses chez leurs distributeurs, invoquant des coûts de production toujours soutenus. Les marques de distributeur et les premiers prix avaient absorbé une partie du choc inflationniste en 2023-2024 en limitant leurs marges ; elles ont moins de marge de manoeuvre pour jouer les amortisseurs cette année.
Au rayon des produits concrets, les familles françaises constatent des hausses sur plusieurs postes. Les produits laitiers, beurre en tête, ont repris leur progression dans les linéaires après plusieurs mois de stabilisation. Les conserves de légumes et les plats préparés sont également concernés. Le poste fruits et légumes frais reste sous pression, tributaire des conditions climatiques et du prix du transport.
Ce qui augmente, ce qui résiste dans les rayons
Les courses du quotidien ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Selon les données de panel publiées par Kantar en début d’année, les ménages français avaient adapté leurs habitudes en basculant massivement vers les marques distributeur et le hard discount. Cette stratégie reste pertinente : les produits génériques affichent des hausses nettement inférieures à celles des grandes marques.
Parmi les postes qui résistent, les huiles alimentaires stabilisent après deux ans de forte volatilité. Le sucre, qui avait explosé en 2022-2023 à cause des mauvaises récoltes mondiales, se maintient à des niveaux élevés mais sans nouvelle accélération. Le café reste lui aussi orienté à la hausse, porté par des cours mondiaux qui n’ont pas décroché.
En revanche, certains produits protégés par leur saisonnalité ou leur faible dépendance aux imports affichent une hausse plus marquée que la tendance. La charcuterie, les fromages et certaines volailles sont dans le viseur depuis les revalorisations de début d’année. Les céréales et dérivés, après avoir bénéficié de la détente sur les marchés mondiaux en 2024, voient leurs prix se stabiliser à un niveau supérieur à celui d’avant 2022.
Les Français consomment plus, mais épargnent moins
L’INSEE a aussi publié ce vendredi des chiffres sur la consommation des ménages. Les dépenses en biens ont rebondi de 0,5 % en janvier, après une baisse équivalente en décembre. La consommation alimentaire en particulier a progressé de 0,6 % sur le mois. Les ménages recommencent à dépenser, y compris dans les rayons alimentaires.
Mais cette reprise de la consommation s’accompagne d’un signal inquiétant sur l’épargne. Le taux d’épargne des ménages français, parmi les plus élevés d’Europe, est passé sous la barre symbolique des 18 % au quatrième trimestre 2025, à 17,9 %. En moyenne sur l’année 2025, il s’élevait à 18,3 %. Le recul est progressif, mais il traduit un fait simple : les Français puisent un peu plus dans leurs économies pour maintenir leur niveau de vie face à des prix qui ne reculent plus.
Par ailleurs, le PIB de la France a progressé de 0,2 % au quatrième trimestre 2025, après 0,5 % au troisième, et de 0,9 % sur l’ensemble de 2025. Une croissance modeste, dans un contexte mondial tendu, mais qui situe la France dans la moyenne de la zone euro.
La BCE surveille de près, l’Espagne à 3 %
L’inflation française reste bien en dessous de la cible de 2 % fixée par la Banque centrale européenne. Mais ce rebond à 1,1 % sur l’indice harmonisé s’inscrit dans un contexte européen où plusieurs pays membres voient leurs prix repartir à la hausse. L’Allemagne affiche une inflation autour de 2,5 %, l’Espagne dépasse les 3 %, selon Eurostat. La France reste un bon élève en la matière, ce qui avait conduit la BCE à assouplir progressivement sa politique monétaire en 2025.
La question est maintenant de savoir si ce rebond de février est un simple soubresaut saisonnier ou le début d’une nouvelle tendance haussière. L’INSEE publiera ses résultats définitifs pour février fin mars 2026, avec un détail complet par catégorie de produits. Ces chiffres seront déterminants pour calibrer les anticipations sur les prochaines décisions de la BCE, dont la prochaine réunion de politique monétaire est fixée au 17 avril.