Des millions de femmes ont vu leur visage collé sur des corps nus par Grok, l’outil d’intelligence artificielle de Musk. Tollé mondial, enquête européenne, plaintes en série. Ce qui ressemblait à un dérapage technologique cache peut-être un calcul financier. Le parquet de Paris a transmis le 17 mars un signalement au gendarme boursier américain, la SEC, soupçonnant le milliardaire d’avoir provoqué la polémique pour gonfler la valorisation de ses sociétés X et X AI avant leur introduction en Bourse prévue en juin 2026.
Un scandale piloté depuis le sommet
La thèse du parquet, révélée par Le Monde et confirmée par TF1Info, tient en une ligne : la polémique des deepfakes sexuels « pourrait avoir été générée à dessein, afin de valoriser artificiellement les sociétés X et X AI ». Le scandale qui a choqué la planète n’aurait pas été un accident de parcours. Il aurait servi de rampe de lancement médiatique pour une opération financière de grande envergure.
L’enjeu est clairement identifié dans le signalement : l’introduction en Bourse d’une entité née de la fusion entre SpaceX et X AI, programmée pour juin 2026. Or, le réseau social X, l’ancien Twitter, perdait de la vitesse depuis des mois. Le parquet parle d’une plateforme « en perte manifeste de vitesse ». Grok, capable de fabriquer des images hyperréalistes à partir de simples photos, a soudainement propulsé X AI dans toutes les conversations, tous les journaux, tous les parlements.
Les propres messages de Musk comme preuves
Le signalement ne repose pas sur des spéculations. Selon Le Monde, le parquet s’appuie sur « plusieurs messages d’Elon Musk, postés en pleine polémique » et considérés comme « des incitations à générer des images non consensuelles ». En plein scandale, alors que des femmes découvraient des images d’elles dénudées fabriquées par Grok, le patron de X se réjouissait publiquement, « avec force émojis », des capacités de déshabillage de son outil.
Il est allé plus loin en relayant sa propre image modifiée par Grok, qui le montrait en bikini. Il a aussi salué la présence de l’application Grok dans les classements des magasins d’applications les plus téléchargées. Pour le parquet de Paris, le schéma est limpide : chaque polémique, chaque article, chaque plainte déposée gonflait la visibilité de Grok. Et chaque point de visibilité nourrissait la valorisation de X AI, pile au moment où ses investisseurs préparaient l’entrée en Bourse.
Paris alerte Washington par la voie diplomatique
Le 17 mars, le parquet de Paris a déclenché une procédure rare : une « transmission spontanée d’informations » au ministère américain de la Justice, via le bureau d’entraide pénale internationale. Le signalement visait les avocats français de la Securities and Exchange Commission, le gendarme boursier américain chargé de réguler les marchés financiers.
Ce type de coopération judiciaire transatlantique reste exceptionnel. Il suppose que la justice française considère les éléments assez solides pour mériter une enquête de l’autre côté de l’Atlantique. Le parquet n’a pas déposé de plainte formelle contre Musk, mais a fourni un dossier que la SEC pourrait exploiter si elle décide d’ouvrir sa propre procédure. Pour rappel, la SEC a déjà sanctionné Musk en 2018 pour un tweet annonçant un retrait fictif de Tesla de la Bourse « à 420 dollars l’action », une affaire réglée par un accord à l’amiable de 40 millions de dollars.
Deux fronts judiciaires, un même homme
Ce signalement tombe un mois avant la convocation prévue de Musk à Paris, dans le cadre d’une enquête préliminaire distincte portant sur le fonctionnement du réseau social X. Le milliardaire fait donc face à deux procédures simultanées en France, sans compter les procédures européennes : l’Union européenne a ouvert une enquête formelle contre X après la diffusion massive de deepfakes sexuels via Grok.
Aux États-Unis, la situation judiciaire de Musk s’est aussi compliquée. Un tribunal américain l’a récemment reconnu coupable de tromperie dans le cadre du rachat de Twitter, une condamnation qui a coûté des milliards en dommages et intérêts. Le patron de X cumule désormais un nombre de fronts judiciaires sans précédent pour un dirigeant d’entreprise technologique de premier plan.
Chronologie d’un scandale planétaire
Fin 2025, Grok ouvre une fonctionnalité permettant de générer des images hyperréalistes de personnes dénudées à partir de simples photos. Des femmes, des personnalités publiques, des mineurs sont ciblés. Les plaintes affluent dans plusieurs pays. L’UE lance une enquête contre X. En France, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire sur le réseau social.
Face à la pression, X AI restreint mi-janvier 2026 la génération d’images aux seuls abonnés payants et assure bloquer les contenus sexualisés « au sein des juridictions où cela est illégal ». Mais la manœuvre a fonctionné, si l’on suit le raisonnement du parquet : Grok est devenu un nom connu de tous, et la valorisation de X AI a grimpé à un niveau qui justifie une entrée en Bourse à grande échelle.
La SEC n’a pas encore réagi publiquement au signalement français. L’introduction en Bourse de l’entité SpaceX-X AI reste prévue pour juin 2026. D’ici là, Musk est attendu à Paris dans les prochaines semaines pour répondre aux questions du parquet. Le milliardaire de 54 ans, qui pesait plus de 400 milliards de dollars selon Bloomberg fin 2025, joue gros sur les deux tableaux : celui des tribunaux et celui des marchés.