12 000 macareux retrouvés morts en quelques semaines sur le littoral atlantique. Du jamais vu depuis 2014.
L’hécatombe silencieuse des plages de l’Atlantique
Sur la plage de Mimizan, dans les Landes, les promeneurs ne comptent plus les petits corps noirs et blancs posés sur le sable mouillé. Plus d’une centaine rien que sur trois kilomètres, un dimanche de février. Des macareux moines, ces oiseaux au bec coloré qu’on surnomme « perroquets de mer », et qui d’habitude ne s’approchent jamais des côtes.
Depuis la mi-janvier, les échouages se multiplient sur toute la façade atlantique, de la pointe du Finistère jusqu’au Pays basque. Et les chiffres donnent le vertige. Selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), au moins 12 000 cadavres ont été dénombrés sur le littoral français. Le parc naturel marin du Bassin d’Arcachon, lui, a compté 1 205 oiseaux morts rien qu’entre La Teste-de-Buch et Biscarrosse en une seule journée, le 17 février.
Épuisés, affamés, en hypothermie
Pourquoi un tel désastre ? La succession de tempêtes qui frappe la France depuis des semaines, dont la violente tempête Nils, a bouleversé l’écosystème marin. Les macareux vivent au large toute l’année, ne rejoignant la terre que pour se reproduire. Mais les vents violents les ramènent vers la côte et surtout, la nourriture devient introuvable.
« On retrouve les macareux dénutris, épuisés et en hypothermie », raconte Enrique Petit, soigneur animalier au Sea Shepherd Rescue, interrogé par BFMTV. Les tempêtes poussent les poissons en profondeur, les eaux deviennent trop troubles pour la pêche. « Le ratio entre l’énergie dépensée et l’énergie qui rentre leur est très défavorable », résume-t-il. Bref, les oiseaux brûlent leurs réserves sans pouvoir les reconstituer.
Le phénomène rappelle l’hiver 2014, quand plus de 50 000 oiseaux marins avaient péri dans les mêmes circonstances. Mais cette fois, le vice-président de la LPO, Dominique Chevillon, tire la sonnette d’alarme sur France Info : « Depuis un mois et demi, les conditions sont très difficiles. Il y a une hécatombe en cours. »
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Des bénévoles mobilisés jour et nuit
Face à l’urgence, les centres de soins saturent. L’association Paloume, près de Mont-de-Marsan, a reçu 200 oiseaux en 72 heures, dont 190 macareux. Le centre LPO Aquitaine affiche complet et lance des appels à bénévoles sur les réseaux sociaux. À Ustaritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, le centre Hegalaldia a recueilli 300 oiseaux ces derniers jours.
Le protocole est rodé mais exigeant : réchauffer d’abord (la pièce est maintenue à 27 degrés), hydrater trois fois par jour, puis réalimenter avec de la soupe de poisson avant de passer au solide. Stéphane Maury, responsable animalier d’Hegalaldia, détaille le rythme sur France Info : « 7 heures hydratation, 8 heures soupe, midi hydratation, 13 heures soupe. En petites quantités. » Les survivants finissent par une séance de piscine pour retrouver leur étanchéité, avant d’être relâchés.
Un signal climatique de plus ?
La LPO signale que le phénomène dépasse les frontières françaises. Les côtes espagnoles et portugaises sont touchées aussi, avec un demi-millier d’oiseaux échoués recensés par la fédération BirdLife, rapporte BFMTV. La surpêche, qui raréfie déjà les stocks de poissons, aggrave la situation.
L’association landaise Paloume a ouvert une cagnotte en ligne pour financer le matériel de soin. La LPO en appelle aux dons des particuliers. Reste une question que personne ne pose vraiment : à quel rythme ces épisodes vont-ils se répéter ?