Deux cents millions d’utilisateurs concernés, et pas mal de colère sur les réseaux. Discord a annoncé le 9 février dernier le déploiement mondial d’un système de vérification de l’âge, prévu dès mars 2026. Tous les comptes seront considérés comme appartenant à des adolescents par défaut. Pour retrouver un accès complet, il faudra prouver sa majorité.

Le principe du « ado par défaut »

Le fonctionnement est simple : tant qu’un utilisateur n’a pas vérifié qu’il a plus de 18 ans, certaines fonctionnalités restent verrouillées. Impossible de déflouter les contenus sensibles, d’accéder aux serveurs réservés aux adultes ou de recevoir des demandes d’amis de la part d’inconnus sans alerte automatique. Discord appelle ça la politique « Teen-by-Default ».

Pour prouver sa majorité, deux options. Soit un selfie vidéo analysé par une intelligence artificielle directement sur l’appareil de l’utilisateur, sans envoi de données vers les serveurs de Discord, selon l’entreprise. Soit l’envoi d’une photo de pièce d’identité, qui serait supprimée après vérification. Discord précise que la plupart des comptes anciens pourront être validés automatiquement grâce à l’historique d’utilisation. Pour en savoir plus sur le fonctionnement technique de cette vérification, actu-ia.eu détaille les méthodes utilisées.

70 000 pièces d’identité dans la nature

C’est là que le bât blesse. En octobre 2025, un prestataire utilisé par Discord pour la vérification d’identité au Royaume-Uni a subi une fuite de données. Résultat : 70 000 documents d’identité se sont retrouvés en circulation. Discord a confirmé l’incident dans un communiqué officiel. Alors quand la plateforme demande aujourd’hui à ses utilisateurs de lui confier un scan de visage ou une copie de carte d’identité, la méfiance est là.

Sur X (anciennement Twitter), le communiqué de Discord a reçu une « note de communauté » rappelant cet épisode. Sur Reddit, les appels à résilier l’abonnement Nitro se sont multipliés.

Les recherches d’alternatives en hausse de 10 000 %

Aux États-Unis, les requêtes liées aux « alternatives à Discord » ont bondi d’environ 10 000 % en 48 heures, selon les données de tendances de recherche. Stoat, anciennement Revolt, une plateforme de discussion libre, a enregistré la plus forte progression. D’autres services comme Matrix ou Mumble voient aussi leur visibilité grimper.

Les lois qui poussent Discord à agir

La décision ne sort pas de nulle part. Au Royaume-Uni, l’Online Safety Act impose aux plateformes des obligations strictes de protection des mineurs. Dans l’Union européenne, le Digital Services Act (article 28) exige des mesures de sécurité pour les services accessibles aux jeunes. En France, la loi sur la sécurité du numérique renforce ces obligations. Aux États-Unis, des actions en justice ont été lancées en 2025 contre Discord pour insuffisance de contrôle. La plateforme avait déjà testé ce système au Royaume-Uni et en Australie.

Discord tente de rassurer, sans convaincre

Face à la levée de boucliers, Discord a mis à jour son communiqué le 10 février. « La vaste majorité des utilisateurs pourra continuer à utiliser Discord exactement comme elle le fait aujourd’hui, sans jamais se voir demander de vérifier son âge », écrit l’entreprise. Elle ajoute que pour la plupart des adultes, la confirmation d’âge se fera avec les informations déjà disponibles sur le compte.

Reste à voir si ces assurances suffiront. Le déploiement est prévu pour mars 2026, partout dans le monde, sans possibilité de contournement par VPN puisque la vérification est liée au compte et non à la localisation géographique.