Pole position le samedi, victoire le dimanche, et des larmes à l’arrivée. Kimi Antonelli n’a que 19 ans, mais il vient de graver son nom dans les livres d’histoire de la Formule 1. Son triomphe au Grand Prix de Chine, ce 15 mars, raconte bien plus qu’un simple exploit de jeunesse. Il révèle une discipline en pleine mutation, où les certitudes d’hier ne valent plus rien.

Le week-end parfait d’un adolescent

La veille, Antonelli avait déjà frappé fort en décrochant la pole position à Shanghai, devenant le plus jeune pilote de l’histoire à signer le meilleur temps en qualifications. Ce dimanche, il a transformé l’essai avec une maîtrise qui a sidéré le paddock. Parti en tête, brièvement doublé par Lewis Hamilton au premier virage, l’Italien a repris les commandes dès le deuxième tour. Il ne les a plus lâchées.

Son coéquipier George Russell, vainqueur à Melbourne huit jours plus tôt, a tenté de revenir. Peine perdue. Chaque fois que le Britannique signait un tour rapide, Antonelli répondait au tour suivant. Marge finale : 5,5 secondes. Un gouffre à ce niveau.

« Merci à mon équipe, qui m’a permis d’accomplir ce rêve. J’avais dit hier que je voulais ramener l’Italie au sommet », a déclaré le vainqueur, la voix brisée par l’émotion, rapporte Le Parisien. Aucun pilote italien n’avait gagné en F1 depuis la victoire de Giancarlo Fisichella au Grand Prix de Malaisie en 2006, sur une Renault. Vingt ans d’attente effacés d’un coup.

Avec cette victoire, Antonelli devient le deuxième plus jeune vainqueur de l’histoire, juste derrière Max Verstappen, sacré à 18 ans et 228 jours en Espagne en 2016. Russell conserve la tête du championnat avec quatre points d’avance sur son coéquipier, mais la dynamique a basculé.

Hamilton contre Leclerc, le duel que Ferrari n’avait pas prévu

Derrière les deux Mercedes, le spectacle est venu des Ferrari. Hamilton, pour son deuxième Grand Prix en rouge, et Charles Leclerc se sont livrés un combat acharné pendant les deux tiers de la course. Les deux pilotes se sont doublés et redoublés à six reprises, passant côte à côte dans des freinages où un dixième de seconde séparait l’accrochage de la manœuvre parfaite.

Leclerc a fini par lâcher un commentaire radio devenu viral : « C’est en fait un sacré beau combat. » Hamilton, lui, a résumé la situation à la BBC : « C’est l’une des courses les plus agréables que j’ai connues depuis très longtemps. » Le septuple champion du monde décroche sa première place de podium sous les couleurs de Ferrari. Leclerc termine quatrième, à quelques secondes de son coéquipier.

Ce duel interne pose une question que la Scuderia devra trancher rapidement : lequel de ses deux pilotes reçoit la priorité stratégique ? Les deux courses de 2026 n’ont pas encore livré de réponse claire. Pour l’instant, Ferrari semble laisser le volant parler.

McLaren à l’arrêt, Red Bull en perdition

Si Mercedes domine et Ferrari divertit, le reste du plateau souffre. Les deux McLaren de Lando Norris, champion du monde en titre, et d’Oscar Piastri n’ont tout simplement pas pris le départ. Problèmes électriques distincts, voitures immobilisées dans les garages pendant que les feux passaient au vert. « C’est tout simplement agaçant », a lâché Norris devant les caméras de Sky Sports, pointant du doigt le nouveau bloc moteur hybride 50/50 thermique-électrique imposé par le règlement 2026.

Red Bull n’est pas mieux loti. Verstappen, quadruple champion du monde, a abandonné à une dizaine de tours de l’arrivée. Son coéquipier Isack Hadjar, qui s’était plaint tout le week-end des performances de sa monoplace, a arraché une huitième place pour décrocher ses premiers points avec l’écurie autrichienne. Maigre consolation pour une équipe habituée à tout dominer.

Fernando Alonso, lui, a vécu un calvaire d’un autre genre. Le pilote Aston Martin a dû retirer ses mains du volant en pleine ligne droite pour tenter de calmer les vibrations transmises par le moteur Honda, selon les images captées par la réalisation. Son directeur technique Adrian Newey avait prévenu avant le début de saison : au-delà de 25 tours, les pilotes risquent des lésions nerveuses permanentes. Alonso a abandonné au 33e tour.

Les nouvelles règles ont redistribué les cartes

Deux Grands Prix disputés, et le constat est limpide : le règlement technique 2026, le plus ambitieux depuis des décennies, a dynamité la hiérarchie. Les monoplaces sont désormais propulsées par un moteur dont la part électrique a doublé, passant de 25 % à 50 % de la puissance totale. L’aérodynamique active, avec des ailerons qui changent de configuration en temps réel, ajoute une couche de complexité inédite.

Mercedes, qui traversait le désert depuis 2022, a visiblement mieux digéré cette révolution que ses rivaux. McLaren et Red Bull, les deux forces dominantes de 2024 et 2025, se retrouvent à la peine. L’histoire de la F1 enseigne que les grands changements réglementaires produisent presque toujours des surprises : Brawn GP en 2009, Mercedes en 2014, Red Bull en 2022. L’édition 2026 ne fait pas exception.

Côté français, Pierre Gasly a confirmé la bonne forme d’Alpine en terminant sixième, tandis qu’Hadjar a limité la casse pour Red Bull. La prochaine manche, prévue du 27 au 29 mars à Suzuka au Japon, dira si Mercedes est réellement intouchable ou si Shanghai n’était qu’un mirage. Un mois de pause forcée suivra, après l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison de la guerre au Moyen-Orient.