Quatre ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour revoir Rue Bennett à l’écran. Le 12 avril, HBO diffuse le premier épisode de la saison 3 d’Euphoria, et le deuxième trailer dévoilé ce lundi confirme ce que les fans craignaient autant qu’ils l’espéraient : la série n’a pas adouci ses angles.
Rue face aux agents fédéraux au Mexique
La bande-annonce s’ouvre sur Rue (Zendaya) interrogée par des agents de la DEA. Les images la montrent avalant des sachets de drogue comme passeuse, travaillant avec des trafiquants au Mexique. Le personnage qui avait fini la saison 2 en pleine rechute semble avoir plongé plus profond encore. L’intrigue prend un virage que personne n’avait anticipé : Rue n’est plus seulement une consommatrice en difficulté, elle est impliquée dans le commerce lui-même.
Le reste du trailer redistribue les cartes. Cassie (Sydney Sweeney) épouse Nate (Jacob Elordi), les deux anciens lycéens concrétisant une relation que la saison 2 avait laissée en ruines. Plus surprenant, Cassie retrouve Maddy (Alexa Demie) pour tourner du contenu sur des plateformes de webcam. Les personnages ont quitté le lycée depuis plusieurs années, et le saut temporel se ressent dans chaque plan.
Deuxième série la plus regardée de l’histoire de HBO
Si le retour suscite autant d’attente, c’est que les chiffres de la saison 2 parlent d’eux-mêmes. Selon Deadline, les épisodes ont attiré en moyenne 16,3 millions de téléspectateurs toutes plateformes confondues, un record pour une série HBO hors Game of Thrones. La première de la saison 2 avait rassemblé 2,4 millions de spectateurs en direct, soit plus du double du lancement de la série en 2019. IndieWire rapportait que le premier épisode de la saison 2 avait explosé les records de Twitter le soir de sa diffusion, avec plus de 3,7 millions de tweets en une soirée.
En France, la série est diffusée sur Max (anciennement HBO Max) depuis le 13 avril selon Numerama, soit un jour après les Etats-Unis. Les huit épisodes sortiront au rythme d’un par semaine, le dimanche soir.
Tournée en pellicule 65 mm, une première pour la télévision
Le choix technique le plus radical se cache derrière l’image. Sam Levinson, créateur et réalisateur de la série, a tourné l’intégralité de la saison 3 sur pellicule 35 mm et 65 mm, avec un nouveau stock Kodak développé pour l’occasion. Selon ABC News et un communiqué de Warner Bros., Euphoria devient la première série télévisée narrative à utiliser un volume significatif de pellicule 65 mm.
Le format n’est pas anodin. Le 65 mm, c’est celui des productions IMAX, de 2001 : L’Odyssée de l’espace ou d’Oppenheimer. Levinson et le directeur de la photographie Marcell Rév, lauréat d’un Emmy, ont travaillé directement avec Kodak pour commercialiser ce nouveau stock dans les deux formats. L’objectif, selon HBO : offrir une image élargie qui accompagne les personnages dans leur sortie du huis clos lycéen vers un monde plus vaste et plus brutal.
Le site World of Reel soulève toutefois une question légitime. La compression du streaming, y compris en 4K, risque de gommer une partie de la résolution et des textures subtiles que le 65 mm apporte. Autrement dit, l’ambition visuelle de Levinson pourrait buter sur les limites du support de diffusion.
Une production marquée par les absences
La saison 3 ne sera pas celle d’Angus Cloud. L’acteur qui incarnait Fezco, le dealer au grand coeur devenu l’un des personnages les plus aimés de la série, est décédé en juillet 2023 à l’âge de 25 ans. Variety mentionne Eric Dane parmi les acteurs de retour avec la mention « feu », confirmant que la série intègre aussi la disparition de l’acteur qui jouait Cal Jacobs.
Barbie Ferreira, Storm Reid et Dominic Fike, présents dans les saisons précédentes, ne figurent pas tous dans le casting régulier annoncé. En parallèle, la liste des nouveaux visages compense largement. Sharon Stone, Rosalía, Natasha Lyonne, Danielle Deadwyler, Eli Roth, l’ancienne star de football américain Marshawn Lynch et même Trisha Paytas rejoignent l’aventure. Le casting ressemble davantage à celui d’un film indépendant ambitieux qu’à une série pour adolescents.
Sam Levinson, créateur adulé et contesté
Le retour de la série relance aussi les débats autour de son créateur. Sam Levinson écrit, réalise et produit seul les huit épisodes. Cette concentration du pouvoir créatif, rare dans l’industrie télévisuelle, a été saluée pour la cohérence visuelle d’Euphoria mais critiquée en interne. Des rapports de médias américains faisaient état, entre les deux saisons, de réécritures tardives de scénarios, de changements de direction imposés aux acteurs et de tensions sur le plateau.
L’acteur Colman Domingo, qui incarne Ali, le parrain des Narcotiques anonymes de Rue, ne semble pas partager ces réserves. Sur le tapis rouge des Golden Globes en janvier, il déclarait à Deadline : « On va avoir une saison terrassante, magnifique, épique, qui brise le moule de la télévision. Je pense que ça va devenir plus du cinéma que de la télévision. » Le tournage à Los Angeles s’est achevé en novembre 2025, après avoir bénéficié d’un crédit d’impôt californien de 19,4 millions de dollars.
Dernière saison, dernière chance
HBO présente cette saison 3 comme la conclusion de la série. Le synopsis officiel abandonne le vocabulaire adolescent pour un registre plus sombre : « Un groupe d’amis d’enfance se débat avec la vertu de la foi, la possibilité de la rédemption et le problème du mal. » La série quitte le terrain du récit d’apprentissage pour celui du drame existentiel.
Sam Levinson confiait au magazine Elle que ces épisodes explorent « ce que signifie être un individu avec des principes dans un monde corrompu ». Les premières images de décembre 2025 montraient déjà Rue poursuivie, confrontée à un nouveau dealer, dansant dans une fête qui ressemble davantage à un dernier tour de piste qu’à une célébration.
Reste le calendrier. Premier épisode le 12 avril aux Etats-Unis (le 13 en France sur Max), huit semaines de diffusion, et une concurrence inhabituelle pour un dimanche soir HBO. La dernière fois qu’Euphoria et The Last of Us se partageaient la programmation du dimanche, les réseaux sociaux s’étaient retrouvés coupés en deux camps irréconciliables. En 2026, c’est face à elle-même que la série joue sa réputation : celle d’une oeuvre qui a défini l’esthétique d’une génération, ou d’un phénomène que quatre ans d’absence ont rendu caduc.