Deux jours. C’est le temps qu’il aura fallu entre la promesse de Donald Trump de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre » et la perte du premier avion de combat américain abattu par les forces iraniennes. Vendredi 3 avril, un F-15E Strike Eagle s’est écrasé dans le sud-ouest du pays, déclenchant une opération de sauvetage qui a viré au chaos : un second appareil touché, deux hélicoptères criblés d’éclats, un pilote porté disparu en territoire ennemi.
Un chasseur de 40 millions de dollars au sol
L’avion a été abattu au-dessus d’une zone que le Pentagone n’a pas précisée, dans le sud-ouest iranien. Le F-15E embarque deux membres d’équipage, un pilote et un officier des systèmes d’armes, qui se sont tous deux éjectés avant l’impact. Les forces spéciales américaines ont retrouvé l’un d’eux, vivant, sur le sol iranien. Du second, on ne sait rien, sinon que Washington et Téhéran le cherchent.
Le NYT rapporte que plusieurs task forces de sauvetage étaient prépositionnées en Irak et en Syrie, mais l’opération reste périlleuse : l’Iran conserve des systèmes antiaériens capables de frapper des appareils volant à basse altitude, exactement le profil d’un hélicoptère de secours.
L’effet domino : A-10, Black Hawks, tout prend
Au même moment, un A-10 Warthog, appareil d’appui rapproché engagé dans les recherches, a été touché par des tirs iraniens près du détroit d’Ormuz. Son pilote a réussi à rallier l’espace aérien koweïtien avant de s’éjecter. L’avion s’est écrasé au sol, mais le militaire est sain et sauf, confirme NBC News.
Deux hélicoptères UH-60 Black Hawk, déployés eux aussi pour retrouver l’équipage du F-15, ont été touchés. Plusieurs membres d’équipage ont été légèrement blessés. Tous ont regagné leur base. Les médias d’État iraniens affirment qu’un second Black Hawk a été abattu et diffusent une vidéo, mais Washington n’a pas confirmé.
En l’espace de quelques heures, ce sont donc au moins quatre appareils militaires américains qui ont été frappés par des tirs iraniens. Un bilan sans précédent depuis le début du conflit, le 28 février.
La suprématie aérienne remise en question
Le Pentagone avait martelé, depuis cinq semaines, que les États-Unis disposaient d’un « contrôle total » de l’espace aérien iranien. Mercredi soir encore, Donald Trump déclarait devant la nation que les objectifs militaires étaient proches. « On va les renvoyer à l’âge de pierre, là où ils méritent d’être », avait-il lancé. Son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait repris la formule sur les réseaux.
Quarante-huit heures plus tard, un chasseur gît dans le désert iranien et l’opération de récupération de son pilote mobilise l’ensemble de la chaîne de secours. Interrogé par NBC sur l’impact de cet incident sur les négociations avec Téhéran, Trump a balayé la question : « Non, pas du tout. C’est la guerre. Nous sommes en guerre, Garrett. »
Un précédent lourd dans cette campagne
Le F-15E abattu vendredi est le premier à tomber sous le feu ennemi iranien. Mais l’US Air Force avait déjà perdu trois appareils du même type le 2 mars, détruits par un tir allié au-dessus du Koweït. Les six membres d’équipage s’en étaient sortis vivants. Fin mars, un F-35A, le chasseur le plus avancé de l’arsenal américain, avait été endommagé par un tir iranien, selon le magazine 19FortyFive, qui évoque une embuscade par capteurs passifs.
Au total, c’est le septième avion de combat américain perdu ou endommagé en cinq semaines de conflit. Un rythme de pertes que les planificateurs du Pentagone n’avaient pas anticipé dans leurs scénarios publics, d’après CBS News.
L’Iran lance une chasse à l’homme
Du côté iranien, la télévision d’État a revendiqué la destruction du F-15 en premier, avant même la confirmation américaine. Les Gardiens de la Révolution ont diffusé des messages appelant les civils à participer aux recherches pour retrouver le pilote manquant. Une récompense a été promise, selon Times Now, sans que son montant ait été précisé.
Israël, allié opérationnel de Washington dans ce conflit, a annulé des frappes prévues dans la zone pour ne pas interférer avec les opérations de sauvetage, selon des responsables israéliens cités par plusieurs médias américains. Le renseignement israélien assiste les recherches.
La facture s’alourdit, le débat change
Cette journée noire remet sur la table une question que l’administration Trump a esquivée depuis le début : combien de pertes le conflit peut-il absorber avant de changer de nature dans l’opinion publique ? Un F-15E coûte environ 40 millions de dollars. Un A-10, 19 millions. Un Black Hawk, 21 millions. En matériel seul, la facture de ce vendredi dépasse les 100 millions de dollars, sans compter les hélicoptères endommagés.
Mais ce sont les pertes humaines potentielles qui pèsent. Depuis cinq semaines, le Pentagone n’a communiqué aucun bilan officiel des victimes américaines. Le sort du second pilote du F-15, quelque part dans le sud-ouest iranien, pourrait faire basculer le débat intérieur aux États-Unis. La dernière fois qu’un aviateur américain a été capturé par un pays ennemi remonte à 1999, lorsque le pilote d’un F-117 abattu au-dessus de la Serbie avait été récupéré après six jours de traque.
Sur le terrain diplomatique, la fenêtre se réduit. L’Iran affirme ne pas vouloir négocier tant que durent les bombardements. Washington conditionne tout cessez-le-feu au démantèlement du programme nucléaire. Entre les deux, les capitales européennes multiplient les déclarations d’inquiétude sans offrir de médiation concrète. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont appelé vendredi à une « désescalade immédiate », sans obtenir de réponse des deux belligérants.
Le Congrès américain examine la semaine prochaine le projet de budget défense de 1 500 milliards de dollars pour 2027. La facture du conflit iranien, initialement présentée comme une opération limitée de quelques semaines, risque désormais de devenir l’argument central des débats budgétaires à Washington.