Vingt ans de prison. Une grâce refusée. Et une exécution que le Quai d’Orsay n’a pas pu empêcher. Chan Thao Phoumy, 62 ans, a été mis à mort le 4 avril 2026 à Canton, dans le sud de la Chine. C’est la deuxième fois en moins de dix-huit mois que la France perd un compatriote condamné à mort à l’étranger, mais cette fois, il n’y a pas eu d’accord diplomatique de dernière minute.
Arrêté en 2005, exécuté en 2026 : vingt ans d’une affaire oubliée
Né au Laos, naturalisé français, Chan Thao Phoumy n’avait rien d’un profil habituel. Arrêté en 2005 en Chine, il est d’abord condamné à la prison à vie pour sa présumée participation à un vaste réseau de trafic de méthamphétamine actif entre 1999 et 2003 sur le sol chinois. Le réseau aurait produit des tonnes de cette drogue synthétique.
L’affaire prend un tour plus grave après un nouveau procès. Des éléments nouveaux surgissent, selon les termes de la justice chinoise, et un tribunal de Canton requalifie la peine en mort. Les charges retenues : fabrication, transport, contrebande et trafic de méthamphétamine à grande échelle. En 2010, la sentence est définitive. Il faudra encore seize ans pour qu’elle soit appliquée.
Pendant deux décennies, ses avocats et la diplomatie française tentent d’obtenir une commutation. Le ministère des Affaires étrangères confirme avoir multiplié les démarches, « y compris pour obtenir une décision de clémence, à titre humanitaire ». En vain. Les autorités chinoises ont maintenu leur position jusqu’au bout.
Paris impuissant face à Pékin
Le communiqué du Quai d’Orsay, publié samedi 4 avril, est court mais cinglant. La France exprime sa « consternation » et dénonce une violation des droits : « Nous regrettons particulièrement que la défense de M. Chan n’ait pas eu accès à la dernière audience au tribunal. » En clair, son avocat a été écarté du dernier recours judiciaire. Une irrégularité que Paris pointe sans pouvoir rien y faire.
Cette impuissance contraste avec un autre cas récent. En février 2025, Serge Atlaoui, un Français condamné à mort en Indonésie dès 2007 pour trafic de drogue, avait été transféré en France après un accord diplomatique. La justice française avait alors commué sa peine en 30 ans de réclusion. Il était sorti libre en juillet 2025, après vingt ans de détention.
La différence entre les deux cas tient à un mot : négociation. L’Indonésie a accepté de traiter. La Chine, non. Pékin considère la peine de mort comme une affaire de souveraineté nationale, et les pressions étrangères comme une ingérence. Cette position est constante depuis des décennies.
La Chine, première championne mondiale des exécutions
Ce n’est pas un cas isolé dans un système pénal rare. Dans son rapport 2024, Amnesty International qualifie la Chine de « pays au monde ayant procédé au plus grand nombre d’exécutions », avec des milliers de condamnés tués chaque année. Le chiffre exact reste classé secret d’État : Pékin ne publie aucune statistique officielle sur les exécutions.
L’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM), qui suit de près les cas français, indiquait en 2025 que Chan Thao Phoumy faisait partie de quatre Français encore condamnés à mort dans le monde. Les trois autres : Nora Lalam, condamnée en 2005 en Algérie, et Stéphane Aït Idir ainsi que Redouane Hammadi, condamnés au Maroc pour l’attentat de Marrakech de 1994. Ces derniers sont toujours en vie.
Pour la France, abolitionniste depuis 1981, chaque exécution d’un ressortissant à l’étranger est un cas diplomatique. Mais le levier est maigre face aux grandes puissances qui maintiennent la peine capitale.
Une peine que la France ne peut qu’observer
Paris réaffirme dans son communiqué son opposition « partout et en toutes circonstances, à la peine de mort » et appelle à « son abolition universelle ». Ce type de formule est devenu ritualisé après chaque exécution d’un Français à l’étranger. La question est de savoir quel poids réel ces appels ont face à des pays qui ne sont pas engagés dans un traité d’extradition ou de coopération judiciaire contraignant.
Dans le cas de la Chine, les relations diplomatiques franco-chinoises sont suffisamment denses pour permettre des échanges discrets, mais pas pour imposer des décisions judiciaires. La France peut plaider, pas contraindre.
Chan Thao Phoumy avait 62 ans. Il était né au Laos, vivait en France, et est mort à Canton après vingt ans derrière les barreaux d’une prison chinoise. Sa famille a reçu les condoléances du ministère des Affaires étrangères.
Un débat que cette mort va rouvrir
Sa mort relance un débat récurrent en France : comment protéger des ressortissants français condamnés à mort dans des pays qui refusent toute pression extérieure ? La question est posée régulièrement au Parlement, sans trouver de réponse satisfaisante. Les outils disponibles restent diplomatiques : démarches, pressions bilatérales, appels publics. Aucun mécanisme ne permet de bloquer une exécution décidée souverainement par un État tiers.
L’ECPM et d’autres associations militent pour inscrire davantage la lutte contre la peine de mort dans les accords commerciaux et les traités multilatéraux que la France signe. Une piste que l’Union européenne explore, sans aboutir à ce stade à des mécanismes contraignants. La prochaine fenêtre de discussion : la session du Comité des droits de l’homme de l’ONU, prévue en octobre 2026.