Lundi 6 avril, jour de retour pour des millions de vacanciers, les hôtesses et stewards d’EasyJet France ne seront peut-être pas à bord. Le syndicat UNAC a déposé un préavis de grève de 24 heures sur l’ensemble des six bases françaises de la compagnie low-cost britannique. Pour les passagers, c’est le pire calendrier possible.

Un vote massif contre la direction

Le détonateur de ce mouvement porte un nom technique : les NAO, les négociations annuelles obligatoires de 2026. Soumis au vote des personnels navigants commerciaux (PNC), l’accord proposé par la direction a été rejeté par plus d’un votant sur deux, avec un taux de participation de 70 %. Un score que l’UNAC qualifie de « vote sans appel » et de « rupture définitive » dans le dialogue social.

Derrière ce rejet, une accumulation de griefs. Les PNC dénoncent le non-respect de leurs plannings, la multiplication des changements de dernière minute et les déplacements forcés vers d’autres bases pour remplacer des collègues absents. Paris-Orly, Charles-de-Gaulle, Nice, Lyon, Bordeaux, Nantes : les six aéroports français où EasyJet opère sont tous concernés par le préavis, qui court de 0 h 01 à 23 h 59.

La deuxième grève en quatre mois

Ce bras de fer ne sort pas de nulle part. Fin décembre 2025, le syndicat majoritaire SNPNC-FO avait déposé un préavis pour les fêtes, avant de le retirer après des concessions jugées suffisantes. L’UNAC, syndicat minoritaire mais plus combatif, avait maintenu sa mobilisation avec un mot d’ordre radical : « objectif zéro décollage » le 1er janvier 2026. Des vols avaient été annulés ou retardés depuis les bases françaises.

Quatre mois plus tard, le scénario se répète. La fermeture de la base de Toulouse en mars 2025, après treize ans de présence, a redistribué une trentaine de salariés vers d’autres aéroports et cristallisé le sentiment d’une direction qui compresse les effectifs sans compenser la charge. L’UNAC affirme que les équipages sont « au bord de la rupture » et pointe une inégalité de traitement entre pilotes et personnels de cabine.

Pourquoi le lundi de Pâques

Le choix de la date est calculé. Le 6 avril tombe au premier jour des vacances scolaires de la zone A et coïncide avec les retours du week-end pascal. EasyJet, qui a transporté plus de 100 millions de passagers en 2024 à travers l’Europe, connaît traditionnellement un pic d’affluence à cette période. En ciblant ce jour précis, le syndicat maximise la pression sur une compagnie dont le modèle économique repose sur un taux de remplissage élevé et des rotations rapides.

L’ampleur réelle du mouvement ne sera connue qu’après les déclarations individuelles de grève, attendues samedi. La loi française impose aux personnels navigants de se déclarer grévistes 48 heures à l’avance, ce qui permet aux compagnies d’anticiper les annulations. Mais le taux de rejet des NAO laisse présager une mobilisation soutenue.

Ce que risquent les passagers

Des annulations de vols, d’abord, surtout sur les créneaux du matin. L’effet cascade peut paralyser une journée entière : un avion cloué au sol à 7 heures bloque les trois ou quatre rotations prévues dans la foulée. Des retards importants, ensuite, même sur les vols maintenus, si les équipages doivent être réorganisés au dernier moment.

EasyJet s’est dite « très déçue » par le préavis et assure vouloir « limiter au maximum les répercussions ». La compagnie promet d’informer directement les voyageurs concernés et de proposer des solutions de réacheminement. En pratique, cela signifie surveiller l’application et le site internet dans les 24 à 48 heures précédant le vol.

Indemnisation : ce que dit le droit européen

Depuis un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 23 mars 2021, une grève déclenchée par le personnel d’une compagnie pour obtenir de meilleures conditions n’est plus considérée comme une « circonstance extraordinaire ». Traduction concrète : si un vol est annulé lundi, les passagers peuvent prétendre non seulement au remboursement de leur billet ou à un réacheminement, mais aussi à une indemnisation forfaitaire de 250 à 600 euros selon la distance du trajet, en vertu du règlement européen CE 261/2004.

Le ministère des Transports rappelle, dans son guide mis à jour en 2026, que ces droits s’appliquent quel que soit le canal d’achat du billet. La compagnie est tenue de fournir repas et hébergement si l’attente dépasse certains seuils. Les associations de consommateurs conseillent de conserver toutes les preuves (mails, captures d’écran, reçus) pour faciliter une éventuelle réclamation.

Un climat social qui s’épaissit dans le low-cost

EasyJet France n’est pas un cas isolé. Le modèle des compagnies à bas coûts, bâti sur une productivité élevée et une pression constante sur les charges, génère des frictions récurrentes avec les équipages. En 2024, Ryanair avait fait face à des mouvements similaires en Espagne et au Portugal pendant l’été. Chez EasyJet, le chiffre d’affaires a grimpé à 8,75 milliards de livres en 2025, en hausse de 7 %, tandis que le nombre de passagers atteignait 90,7 millions. La question posée par les syndicats tient en une phrase : quand la croissance profite aux actionnaires, pourquoi les plannings des équipages se dégradent-ils ?

L’UNAC a laissé entendre que d’autres dates pourraient être ciblées en 2026, notamment pendant les prochaines vacances scolaires. Les passagers qui réservent un vol EasyJet pour les mois à venir ont intérêt à privilégier les assurances annulation et à garder un œil sur l’actualité sociale de la compagnie. Prochaine échéance : samedi 5 avril, quand les déclarations de grévistes donneront la mesure exacte de la mobilisation.