Samedi soir, Donald Trump a posté sur Truth Social un message laconique : « Nous allons envoyer un grand bateau-hôpital au Groenland pour prendre soin des nombreuses personnes malades et qui n’y sont pas soignées. » Puis, en guise de ponctuation : « Il est en route !!! ». Aucun détail supplémentaire, aucun chiffre, aucun nom de navire.
Un sous-marin américain dans les eaux groenlandaises
Le communiqué présidentiel arrive peu après un incident discret, mais éclairant. Le Commandement arctique conjoint du Danemark a procédé à l’évacuation médicale d’urgence d’un membre d’équipage d’un sous-marin américain, dont le bâtiment se trouvait à sept milles nautiques au large de Nuuk, la capitale. Est-ce que le post de Trump découle de cette évacuation ? Aucune déclaration officielle ne le confirme. Mais le timing interpelle.
« Il n’y a pas de besoin d’aide médicale extérieure »
Le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a répondu le lendemain au micro de la chaîne publique DR. Sobre, ferme. « La population groenlandaise reçoit les soins dont elle a besoin. Elle les reçoit soit au Groenland, soit, si elle a besoin de soins spécialisés, au Danemark », a-t-il déclaré. « Il n’y a donc pas de besoin d’une initiative médicale spéciale au Groenland. »
Les faits lui donnent raison. Le territoire compte cinq hôpitaux régionaux, dont celui de Nuuk qui dessert l’ensemble de l’île. Les soins y sont gratuits, comme au Danemark. Lund Poulsen a ajouté qu’il n’avait pas été informé d’une éventuelle arrivée de navire américain, avant de conclure : « Trump tweete constamment à propos du Groenland. C’est sans aucun doute l’expression de la nouvelle normalité qui s’est installée en politique internationale. »
Sous la surface, un bras de fer qui dure
Le geste de Trump s’inscrit dans une tension qui court depuis plusieurs mois. Le président américain a plusieurs fois exprimé son souhait d’acquérir le Groenland, territoire autonome danois, invoquant son importance stratégique pour la sécurité nationale américaine. En janvier, il n’avait pas exclu d’y recourir par la force, une déclaration qui avait provoqué un tollé chez les alliés européens de l’OTAN.
Un accord dit « cadre » a depuis été trouvé entre Washington et le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, promettant une plus grande influence américaine sur l’île, sans en clarifier les contours précis. Deutsche Welle rapporte que le roi Frederik X a effectué une visite au Groenland la semaine passée, sa deuxième en moins d’un an, interprétée comme un signal de solidarité à l’égard du territoire face à la pression américaine.
Bref. Le bateau-hôpital est « en route », promet Trump depuis Washington. Le Danemark, lui, dit n’en avoir ni demandé ni besoin.