« Ce serait bien qu’ils prennent tout. » C’est en quelques mots que Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël, a déclenché une tempête diplomatique au Moyen-Orient.

Des propos tenus sur le canapé de Tucker Carlson

La scène se passe vendredi, lors d’un entretien diffusé sur la chaîne du commentateur américain Tucker Carlson. Huckabee est interrogé sur la « promesse biblique » de la terre d’Israël, censée s’étendre de l’Euphrate, en Irak, jusqu’au Nil, en Égypte. Est-ce que l’État hébreu moderne aurait le droit de revendiquer ces frontières ?

« Ce serait bien qu’ils prennent tout », répond Huckabee. Un territoire pareil engloberait le Liban, la Syrie, la Jordanie et une partie de l’Arabie saoudite.

L’ambassadeur a cherché à faire marche arrière dès le lendemain. Il a parlé d’une déclaration « quelque peu hyperbolique », précisant qu’Israël ne cherche pas à étendre son territoire et qu’il a « le droit à la sécurité » sur les terres qu’il contrôle actuellement.

« Rhétorique extrémiste »

Le rétropédalage est venu trop tard. Les capitales arabes ont réagi vivement tout au long du week-end.

L’Arabie saoudite a parlé de « rhétorique extrémiste » et d' »inacceptable », demandant au département d’État américain des clarifications officielles. L’Égypte a qualifié les propos de « violation flagrante » du droit international, en rappelant qu' »Israël n’exerce aucune souveraineté sur les territoires palestiniens occupés ni sur d’autres terres arabes ». La Jordanie, elle, a parlé de déclarations « absurdes et provocatrices », violant les normes diplomatiques et constituant « une atteinte à la souveraineté des États de la région ».

La Ligue arabe a publié un communiqué sans ambiguïté : « Des déclarations de cette nature, extrémistes et dépourvues de tout fondement, ne servent qu’à attiser les sentiments et à provoquer les émotions religieuses et nationales. » L’Organisation de coopération islamique a également condamné les propos, rapportent Al Jazeera et Deutsche Welle.

Huckabee n’en est pas à son coup d’essai

Chrétien sioniste affiché, Mike Huckabee a été nommé par Donald Trump à ce poste en 2024. Il s’oppose depuis longtemps à la solution à deux États et refuse d’employer le terme d' »occupation illégale » pour la présence israélienne en Cisjordanie. En 2008, il avait déclaré : « Il n’existe pas vraiment de peuple palestinien. »

En 2024, la Cour internationale de justice avait statué que l’occupation par Israël des territoires palestiniens était illégale et devait cesser immédiatement. Un avis que Huckabee récuse.

L’ambassadeur dit avoir plaisanté. Mais les gouvernements qu’il a visés, eux, n’ont pas ri.