11,3 milliards de dollars en sept jours. 5,6 milliards rien qu’en munitions les deux premiers jours. Et maintenant, une ardoise de 200 milliards soumise à la Maison Blanche. Vingt jours après le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, la facture militaire du Pentagone atteint des proportions que le Congrès lui-même peine à digérer.
Plus cher que l’Ukraine en trois ans
Selon les informations du Washington Post, le ministère américain de la Défense a transmis une demande de rallonge budgétaire de 200 milliards de dollars à la Maison Blanche. L’objectif : obtenir du Congrès un financement supplémentaire pour couvrir les opérations militaires au Moyen-Orient. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth n’a pas directement confirmé ce montant, se contentant d’indiquer qu’il « pourrait évoluer ».
La phrase qui a fait le tour des rédactions est venue dans la foulée. « Il faut de l’argent pour tuer les méchants. Nous allons de nouveau consulter le Congrès et nos équipes sur place pour nous assurer que nous sommes correctement financés », a déclaré Hegseth, rapporte BFM TV.
Pour mesurer l’ampleur de cette demande, il suffit d’un point de comparaison. Depuis 2022, le Parlement américain a voté au total 188 milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine face à la Russie, rappelle le Washington Post. Ce soutien s’est étalé sur plus de trois ans, et les soldats américains n’y combattent pas directement. En Iran, les troupes américaines sont engagées sur le terrain depuis moins de trois semaines, et la facture réclamée dépasse déjà ce plafond.
11 milliards la première semaine, le compteur s’emballe
Les premiers chiffres sur le coût réel de cette guerre ont été révélés par le New York Times quelques jours plus tôt. D’après le quotidien, la première semaine de l’offensive contre l’Iran a coûté plus de 11,3 milliards de dollars aux contribuables américains. Un total qui exclut de nombreuses dépenses liées à la préparation des frappes, aux déploiements logistiques et aux mouvements de troupes, ce qui laisse entendre que la réalité est encore plus élevée.
Le détail des munitions donne le vertige. Des responsables du Pentagone ont déclaré devant le Congrès qu’environ 5,6 milliards de dollars d’armement avaient été consommés au cours des seules 48 premières heures du conflit, toujours selon le New York Times. Missiles de croisière Tomahawk, bombes guidées, drones de surveillance : l’arsenal mobilisé depuis le 28 février a sollicité les stocks militaires américains à un rythme jamais vu depuis la seconde guerre du Golfe en 2003.
Le Congrès en embuscade
Le Washington Post estime que cette demande de rallonge « a peu de chances d’être approuvée » en l’état. Le montant est jugé colossal, y compris pour les standards du budget militaire américain. Pour l’exercice 2026, le Congrès a déjà voté une enveloppe de l’ordre de 900 milliards de dollars pour la défense. Y ajouter 200 milliards reviendrait à gonfler ce budget de plus de 22 % en plein exercice.
L’opinion publique pèse aussi dans la balance. Selon la BBC, l’intervention en Iran est loin de faire l’unanimité auprès des Américains, en grande partie à cause de la flambée des prix des carburants. Le baril de pétrole a bondi de 48 % depuis le début du conflit, d’après les données du marché reprises par le New York Times. Pour les automobilistes qui voient leur plein grimper chaque semaine, la guerre n’a rien d’abstrait.
L’incertitude politique est renforcée par la démission, mardi, de l’ancien chef du contre-terrorisme américain. Selon la BBC, ce dernier a quitté ses fonctions en déclarant que l’Iran ne représentait « aucune menace imminente » pour les États-Unis. Le FBI enquête désormais sur des fuites présumées dans cette affaire.
Trump vise les 1 500 milliards en 2027
Cette demande de rallonge s’inscrit dans une tendance plus large. Dès janvier, Donald Trump avait jugé insuffisant le budget de défense prévu et estimé que l’enveloppe « pour l’année 2027 devrait être de 1 500 milliards de dollars, et non pas de 1 000 milliards ». Soit une augmentation de 50 % par rapport au niveau actuel.
« Cela nous permettra de construire l’armée de rêve à laquelle nous aspirons depuis longtemps et, surtout, qui nous gardera en sécurité, quel que soit l’ennemi », avait alors écrit le président sur son réseau Truth Social, rapporte BFM TV.
Les États-Unis disposent déjà, de très loin, des dépenses militaires les plus élevées de la planète. Selon les données du SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), le budget militaire américain représentait en 2024 environ 39 % des dépenses militaires mondiales, devant la Chine (13 %) et la Russie (5 %). Avec 1 500 milliards, Washington creuserait un écart déjà vertigineux.
Pas de calendrier, pas de plafond
Ce jeudi encore, Pete Hegseth a enfoncé le clou en déclarant que les États-Unis n’avaient « pas de calendrier défini » ni de « délai fixé » pour la fin des opérations au Moyen-Orient, selon Al Jazeera. Une absence de limite temporelle qui alimente les inquiétudes budgétaires : si la guerre dure des mois, les 200 milliards demandés pourraient n’être qu’un premier versement.
Le parallèle avec les conflits passés éclaire la trajectoire. La guerre d’Irak (2003-2011) avait coûté environ 815 milliards de dollars sur huit ans, selon les estimations du Congressional Research Service. En Afghanistan, la facture totale sur vingt ans a dépassé 2 300 milliards d’après les calculs de la Brown University. En Iran, si le rythme de dépense de la première semaine se maintient, le seuil des 1 000 milliards pourrait être franchi en moins de deux ans.
Le vote du Congrès sur cette rallonge, qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines, sera un test décisif. Pas seulement sur le plan budgétaire, mais aussi politique : plusieurs élus républicains, pourtant alliés de Trump, ont commencé à exprimer des réserves sur le coût de l’opération. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 se rapprochent, et la facture de la guerre pourrait peser autant que la guerre elle-même dans les urnes.