Lundi, à l’aube, des gendarmes ont frappé simultanément dans quatre départements du sud de la France et dans plusieurs prisons. Bilan : 42 personnes placées en garde à vue, dont trois détenus considérés comme les cerveaux de la DZ Mafia, le groupe criminel qui domine le narcotrafic marseillais depuis trois ans. Un avocat lyonnais figure aussi parmi les suspects.

L’opération, pilotée par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille et exécutée par la section de recherches de la gendarmerie, ratisse large : Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, Gard, et jusqu’aux quartiers de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil. Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a annoncé une conférence de presse samedi à l’issue des gardes à vue, rapporte Le Figaro.

Des charges taillées pour la perpétuité

Ce qui distingue cette opération des précédents coups de filet, c’est la nature des infractions retenues. Pour la première fois contre la DZ Mafia, les magistrats ont utilisé le chef d’accusation de « direction d’un groupement criminel ayant pour activité le trafic de drogue », passible de la réclusion à perpétuité, selon Le Parisien. L’enquête cible aussi la « participation à une association de malfaiteurs » et le « blanchiment aggravé ».

La nuance est de taille. Les poursuites précédentes visaient des faits précis, un assassinat, un point de deal, un réseau de revente. Ici, c’est la structure même du groupe criminel que la justice cherche à pulvériser. L’objectif n’est plus de couper des branches, mais de déraciner l’arbre.

Parmi les 42 suspects, trois détenus sont identifiés par Le Parisien comme les chefs présumés de l’organisation : Amine O., Gabriel O. et Madhi Z. Tous trois pilotaient les opérations depuis leurs cellules, selon plusieurs sources proches du dossier citées par l’AFP. Un avocat lyonnais, soupçonné d’avoir facilité les activités des cadres incarcérés, a aussi été placé en garde à vue.

Née pendant le Covid, forgée dans le sang

La DZ Mafia est un phénomène récent. Le groupe a émergé pendant le confinement de 2020, au cœur de la cité de la Paternelle, dans les quartiers nord de Marseille. Son avantage de départ : une capacité à s’approvisionner en cannabis quand la France entière était à l’arrêt, selon 20 Minutes. Là où les réseaux concurrents tournaient au ralenti, la DZ continuait à livrer.

L’ascension s’est accélérée en 2023 avec une guerre ouverte contre un gang rival, le clan Yoda. Le bilan de cette seule année : 49 morts à Marseille en lien avec le conflit, d’après Le Parisien. La DZ Mafia en est sortie victorieuse, mais au prix d’une violence qui a choqué jusqu’aux enquêteurs. Le groupe recrutait ses tueurs à gages sur les réseaux sociaux, parfois des adolescents. L’un d’eux, un jeune de 14 ans, a abattu un chauffeur de VTC.

Le groupe a même emprunté aux cartels mexicains leurs méthodes de communication, en publiant des vidéos de propagande sur les réseaux sociaux pour revendiquer ou démentir des actions. Une source policière citée par 20 Minutes décrit la DZ comme « une hydre », « pas une organisation avec un chef ou une hiérarchie claire mais un groupe de personnes qui s’agrègent avec des gens en prison et à l’extérieur ».

Un empire géré depuis la cellule

Le paradoxe de la DZ Mafia tient en une phrase : ses chefs les plus dangereux étaient déjà derrière les barreaux quand ils dirigeaient le réseau. Cette réalité, que les enquêteurs documentent depuis plus de trois ans, pose une question brutale sur l’efficacité du système carcéral français face au crime organisé.

Gabriel O., l’un des trois présumés dirigeants, faisait déjà l’objet de plusieurs mandats de dépôt criminels avant ce nouveau coup de filet. Il est mis en examen pour son rôle présumé dans une tentative d’extorsion qui a coûté la vie à un proche du rappeur SCH durant l’été 2024, rapporte Le Figaro. Depuis Condé-sur-Sarthe, prison de haute sécurité créée précisément pour isoler ce type de profils, les cadres de la DZ continuaient à orchestrer le trafic.

Cette perméabilité des murs a poussé l’État à créer les Quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), des unités d’isolement total dans deux établissements pénitentiaires. Une réponse directe à l’incapacité du système classique à couper les communications entre les chefs incarcérés et leurs réseaux extérieurs.

Marseille, et bien au-delà

La DZ Mafia ne se limite plus aux quartiers nord. Le groupe s’est étendu le long de la vallée du Rhône et au-delà, avec des ramifications à Montpellier, Arles, Avignon, Nîmes, Alès et même Clermont-Ferrand, détaille 20 Minutes. Ses « shooters » sont loués comme des mercenaires à d’autres réseaux de trafiquants, transformant le groupe en véritable prestataire de violence.

L’ombre de la DZ Mafia plane aussi sur l’assassinat, en novembre dernier, du frère de Mehdi Kessaci, militant anti-drogue à Marseille, un drame qui avait provoqué une onde de choc dans la ville. C’est cette montée en puissance qui a convaincu les pouvoirs publics d’intensifier la riposte. Au moment de l’opération, 125 enquêtes policières étaient déjà ouvertes contre le groupe, selon Le Parisien.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a salué sur X la « détermination exceptionnelle » des enquêteurs et promis une « mobilisation totale ». « L’État ne cède rien face aux organisations criminelles : il les démantèle », a-t-il ajouté, cité par Le Figaro. Les gardes à vue, toujours en cours ce mardi, doivent se poursuivre jusqu’à la conférence de presse du procureur prévue samedi matin. C’est à ce moment-là que l’on saura si ce coup de filet suffira à briser l’hydre marseillaise, ou si d’autres têtes repousseront.